Paris, 11 fév 2019 (AFP) - "Il faut sauver le droit d'asile" a estimé lundi l'ancien directeur général de l'Ofpra, Pascal Brice, en déplorant la "complète faillite" de l'actuel règlement européen de Dublin qui régit l'accueil des demandeurs.

"On est aujourd'hui dans une situation en France, mais aussi en Europe, aux États-Unis, dans de nombreuses parties du monde occidental (...) où il faut sauver le droit d'asile" , a affirmé l'ancien patron de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) lors d'une rencontre organisée par l'Institut Montaigne et Terra Nova.

"Un problème de fond est que, pendant des décennies, on a eu en Europe des politiques de migration restrictives". Dans ce contexte "l'asile est un problème", et "quand vous êtes payé pour défendre l'asile vous devenez un problème", a ajouté M. Brice, qui revient sur ses six années à la tête de l'Ofpra dans un livre "Sur le fil de l'asile" à paraître mercredi.

Pascal Brice est arrivé au terme de son mandat le 28 décembre et personne n'a encore été nommé pour le remplacer, suscitant l'inquiétude de plusieurs ONG et de certains parlementaires membres du conseil d'administration.

Pour M. Brice, "la principale menace aujourd'hui est l'externalisation" des demandeurs d'asile vers des pays tiers, de l'autre côté de la Méditerranée notamment. Cette inquiétude est apparue avec l'accord controversé UE/Turquie de 2016 permettant le renvoi de réfugiés.

L'ancien patron de l'Ofpra a aussi déploré la "complète faillite du système de Dublin", qui confie le traitement de la demande d'asile au pays d'entrée en Europe, mais génère des "effets terribles", en imposant un délai de six, voire 18 mois pour redéposer une demande dans un autre pays.

"Dublin provoque du désordre. Laisser des gens dans les rues de Paris ou Nantes c'est du désordre" et "vous êtes sûr que vous provoquez la montée de certains mouvements politiques", a-t-il ajouté, en jugeant "incroyable de voir que tant de technocrates pensent encore que nous devons poursuivre sur cette voie" en Europe.

La réforme du système européen d'asile est dans l'impasse depuis plus de deux ans à Bruxelles.

Il a aussi regretté une "logique de la dissuasion" prévalant selon lui, dans certains pays comme l'Allemagne ou la France, avec "l'idée que plus les conditions seront dures pour les demandeurs d'asile, moins ils viendront".

Plaidant pour une "reconnaissance mutuelle entre les agences" nationales et pour leur "indépendance", il a mis en garde contre les risques "d'approche politique de l'asile" et de "dumping" entre pays.

Cette indépendance est au coeur des inquiétudes des ONG et d'une partie du personnel de l'établissement, qui a lancé une pétition fin janvier pour dire sa crainte que "la mainmise du ministère de l'Intérieur" se renforce si le choix se fait "uniquement" parmi les personnalités présentées par Beauvau.

Le chef de l'Etat doit trancher, sur proposition des ministères des Affaires étrangères et de l'Intérieur.

M. Brice a enfin défendu l'idée d'une "législation humanitaire complémentaire pour les gens qui ne correspondent pas à l'asile, mais sont en situation de détresse humanitaire, y compris les déplacements liés au changement climatique".

Publié le 11/02/2019 04:56
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