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Le coup d'Etat monétaire 4/ 2008-2014 : La BCE monte en puissance...et accumule les erreurs
Auteur : Mathieu Mucherie
De toutes les grandes Banques centrales au monde, la BCE se distingue largement par le sens donné au terme "indépendance". Et par ses pouvoirs renforcés suite à la crise économique et financière de 2008, qui ne la dispensent pas de commettre toujours d'erreurs en matière de politique monétaire. Pendant ce temps, la crise perdure, et pourrait même s'aggraver.
A paraître Rentrée 2014
91 pages
171min de lecture
Expert
ISBN: 978-2212-86941-5
Mathieu Mucherie
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La BCE se prétend fédéraliste mais en posant des conditions aux aides, elle n’agit clairement pas en acteur fédéraliste. Elle se prétend transparente, quand les comparaisons internationales ne plaident pas en sa faveur.  Plus grave, nos banquiers centraux considèrent désormais que la politique monétaire est un sujet trop étroit pour eux. L’activité économique, les taux d’intérêt, l’obligation de respecter (plus ou moins) des cibles d’inflation et d’éviter des crises, tout cela est indigne de leurs vastes talents. Alors ils investissent d’autres missions, de préférence des territoires mal défendus. Ils viennent déjà de faire main basse sur la supervision bancaire, un domaine où pourtant leurs compétences sont douteuses, leurs instruments en risque de télescoper leurs missions traditionnelles, et leur impartialité sujette à caution. 

Demain, ils prétendront (ils commencent déjà) ne pas pouvoir détendre les conditions monétaires par crainte d’alimenter des bulles sur les prix d’actifs. On comprend mieux les chantages vis-à-vis des pays périphériques, les annexions institutionnelles (politique de taux de changes, supervision bancaire), le dialogue difficile avec les autorités allemandes. Et on se dit que certaines tendances ne sont pas soutenables. Si l’on se fie aux précédents historiques des régimes de changes fixes dotés de banquiers centraux indépendantistes, tout cela devrait se terminer très mal.

 

Découvrez également sur Atlantico éditions les parties 1, 2 et 3, ainsi que le digest : 

 

Au sommet européen des 28 et 29 juin 2012, l’Espagne a obtenu que le MES pourrait recapitaliser les banques sans passer par leur instance de tutelle. Autrement dit, l’Etat espagnol va bénéficier d’une faveur particulière. Il ne devra pas nationaliser les banques pour en assurer la solvabilité. Moyennant quoi, la dette publique espagnole ne sera pas pénalisée par l’état déplorable de son système bancaire. La différence de traitement est notable. Les Espagnols sont mieux traités que les Irlandais qui sont mieux traités que les Grecs qui eux-mêmes sont mieux traités que les Chypriotes. Sans plus d’explications. Lorsque l'Irlande a en pratique monétisé une partie de la garantie publique apportée à ses banques, utilisant une entourloupe pour contourner les traités qui l'interdisent, le président de la BCE s'est contenté de dire que la BCE "prenait note" de l'opération. Mais c'était un cas exceptionnel (comme la Grèce avait été un cas exceptionnel) : l'Irlande a pu revenir sur les marchés, elle est le " bon élève " de la zone euro selon les professeurs impartiaux de la BCE. Maintenant, c'est au tour de Chypre d'être un cas exceptionnel. Demain, l’Italie sera blanche ou noire aux yeux de la BCE en fonction de la docilité de son nouveau gouvernement. Après demain, la France sera traitée d’une façon exceptionnelle, parce qu’à ce moment-là, ce sera l’existence de la zone monétaire qui sera en jeu. Mais où est la cohérence dans le temps ? Et la justice ? Et l’analyse économique ?

Les règles à géométrie variable dans le temps et dans l’espace constituent un pouvoir discrétionnaire fabuleux. Faut-il intervenir ou froncer les sourcils face au marché quand les taux longs nominaux sont à 5% ? À 8% ? Ou à 15% ? Seule la BCE le sait. Mieux vaut être dans les petits papiers de cette institution.

Meltzer notait que tout pas vers l’indépendance devait être clairement défini par la loi et que les plus grands échecs de la FED au cours de l’Histoire relèvent de son incapacité à clarifier son rôle de prêteur en dernier ressort. L’interprétation étant laissée aux gouverneurs de la Banque centrale, à certains moments, ils agissent d’une certaine façon, et puis d’une tout autre façon à d’autres moments, vis-à-vis d’autres acteurs, selon les humeurs du Comité, c'est-à-dire en générant de l’incertitude. J’ose à peine imaginer ce que Meltzer penserait de la BCE au cours de la crise des pays périphériques !

Avec les mécanismes dits de solidarité (de simples prêts), la BCE a pris ses précautions. D'abord, un État doit faire une demande d'aide, or sous la pression des marchés, ce n’est pas facile. Ensuite, cette demande doit être assortie d'un plan de mesures dans lequel l'Etat s'engage à améliorer sa situation, plan accepté par les autres Etats. C'est alors que le plan est présenté à la BCE pour étude et décision. L'intervention de la BCE est donc conditionnée par des plans d’ajustements structurels. Ceci n'a rien à voir avec ce que ferait la FED si un jour elle devait soutenir le financement du déficit américain. C'est pour éviter ce genre de critiques potentielles que la BCE s'est ainsi protégée, pas pour défendre son capital financier qui n’est pas menacé (et qui pourrait être durablement négatif sans aucune conséquence, comme dans d’autres Banques centrales), mais pour défendre son capital indépendantiste.

L’indépendance serait menacée si des achats se faisaient sur injonction d’un gouvernement. Or, c’est la BCE qui détermine elle-même l’opportunité, le calendrier, l’instrument, le montant, la communication, la maturité des titres achetés et leur nationalité. Il n’y a pas de menace, mais c’est déjà trop. Donc la BCE va au SMP puis à l’OMT à reculons, alors qu’une action monétaire doit être franche et massive pour mobiliser le canal de transmission le plus puissant, celui des anticipations. Certaines citations de banquiers centraux mélangent candeur et cynisme: "It would be ideal if we didn't need to use it, the OMT, at all“, ont affirmé plusieurs officiels de Francfort. Quand on dit d’un mécanisme qu’il ne devrait pas idéalement être activé, on envoie un message bien particulier au marché obligataire qui comprend qu’il doit abaisser les taux nominaux dans les pays PIIGS ("whatever it takes") mais pas trop (stratégie du bord du gouffre). 

Pour un pays comme l’Italie qui a joué le jeu depuis 1957, le choc est rude. On avait fait la promesse à Rome de taux d’intérêt allemands en échange d’une renonciation définitive aux dévaluations : " l’euro-contrat ". L’Italie a respecté sa part du marché, ainsi que les normes budgétaires, mais désormais ses taux longs sont 200 points de base plus hauts qu’en Allemagne et les apparatchiks de la BCE lui disent que c’est " conforme aux fondamentaux ", et que cela pourrait empirer comme en 2011 si le gouvernement ne s’exécute pas dans un certain nombre de domaines qui n’ont strictement rien à voir avec les déterminants des taux d’intérêt. Même les plus hauts serviteurs de la Banque d’Italie commence à trouver le temps long et confient (mezza voce encore à ce jour) que l’euro est désormais un jeu de dupes. Quand on ne précise pas quels sont les " fondamentaux " en question, et quand des banquiers centraux transnationaux envoient par des lettres secrètes aux Premiers ministres la liste de leurs demandes, l’affectio societatis est menacé.

 

 

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Atlantico éditions, A-book, e-book, Eyrolles, Mathieu Mucherie, BCE, crise économique, bulle financière, zone euro, monnaie, Euro, monétarisme, independance
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