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Spotify a levé avec succès de nombreux fonds.
Pari sur l'avenir
4 milliards pour Snapchat, Spotify ou Uber : les start-up à la mode valent-elles vraiment autant ?
Publié le 27 novembre 2013
Les start-up parviennent à lever des sommes considérables d'argent alors même qu'elles perdent plusieurs millions chaque année. Si les investisseurs sont prêts à miser sur ces entreprises, c'est dans l'espoir de découvrir la prochaine pépite du Web.
Erwan le Nagard est spécialiste des réseaux sociaux. Il est l'auteur du livre "Twitter" publié aux éditions Pearson et, Social Media Marketer. Il intervient au CELSA pour initier les étudiants aux médias numériques et à leur utilisation.
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Les start-up parviennent à lever des sommes considérables d'argent alors même qu'elles perdent plusieurs millions chaque année. Si les investisseurs sont prêts à miser sur ces entreprises, c'est dans l'espoir de découvrir la prochaine pépite du Web.

Atlantico : Les succès de plusieurs levées de fonds d’entreprises numériques, notamment celles de Spotify et Tumblr, ont attiré l’attention de nombreux observateurs. Dans quelle mesure peut-on dire que ces entreprises bénéficient de leur image de marque dans ces opérations ? Sont-elles plus en vogue qu’elles ne sont rentables ?

Erwan Le Nagard : A l’heure actuelle, il est clair que ces entreprises ne sont pas rentables. Elles perdent toutes plusieurs millions chaque année : Spotify enregistre 59 millions de dollars de pertes nettes en 2012, Twitter plus de 80 millions de dollars sur la même période. Cependant, ce sont des entreprises en forte croissance qui comptent parmi les plus fortes audiences du web : 200 millions d’utilisateurs actifs pour Twitter, 24 millions d’utilisateurs actifs dont 6 millions d’abonnés pour Spotify, 149 millions de blogs sur Tumblr. On peut effectivement dire que ce sont des entreprises qui bénéficient de leur image de marque, qui sont en vogue et qui rendent les marchés impatients, mais on ne nage pas dans une complète irrationalité car elles réussissent à envoyer régulièrement des signaux positifs aux marchés. Par exemple, Spotify s’est enorgueilli d’avoir dégagé 435 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012, soit plus de deux fois plus par rapport à l’année précédente. J’ose espérer que les investisseurs sont suffisamment lucides pour tenter de construire des services qui s’épanouissent sur le long terme, comme auparavant Google, Amazon ou eBay. Ils n’investissent pas les mêmes montants sur une dizaine de plateformes similaires, ils semblent privilégier les meilleurs acteurs, ou tout du moins les plus prometteurs, et soutenir leurs activités.

Quelles sont les spécificités de ces business modèles fondés en grande partie sur la gratuité ? Ont-ils d’ores et déjà fait leurs preuves ?

Pour être précis, on ne peut pas vraiment placer au même niveau Tumblr, Twitter et Spotify car leurs business modèles sont différents bien qu’ils reposent en grande partie sur un business d’audience. Plus ces sites ont d’audience, plus ils ont de membres inscrits et plus ils peuvent potentiellement augmenter leurs revenus en valorisant les contenus produits sur leur plateforme ou directement leur base d’utilisateurs. Par exemple, Tumblr exploite cette audience pour permettre aux annonceurs de lancer des campagnes publicitaires et vend les capacités de personnalisation de l’interface à ses utilisateurs (thèmes premium). Twitter vend aussi des espaces publicitaires, aux formats intégrés directement dans le flux de publications, et revend en complément sa base de données de contenus (Firehose). Enfin, Spotify a fait le choix d’un modèle à mi-chemin entre la publicité et les contenus premium, en proposant des abonnements à ses utilisateurs. C’est sur ces abonnements que le service dégage le plus de revenus (7 fois plus que la publicité), même s’ils sont en baisse sur le dernier exercice. Le risque, c’est d’être trop dépendant de la publicité. Les cadres dirigeants de Twitter l’ont eux-mêmes reconnu, puisque le site de microblogging tire ses revenus de la publicité à hauteur de 85%.

Comment expliquer un tel intérêt des investisseurs ? Que peuvent-ils espérer de l’argent placé dans ces entreprises ?

Dans un contexte innovant et fortement concurrentiel, je pense que tous les investisseurs ont pour souhait de découvrir la prochaine pépite du web et construire des services de long terme. Si le montant de la valorisation de Spotify est hallucinant, on comprend aisément que le choix des investisseurs porte sur cette plateforme qui s’inscrit quasiment comme une innovation de rupture pour l’industrie de la musique. Le modèle de la plateforme est de mieux en mieux rodée, et les investisseurs peuvent espérer qu’elle devienne rentable assez rapidement dans le sens où Spotify dispose d’une très large base d’utilisateurs du service gratuit supporté par les revenus publicitaires, le coût pour chaque nouvel abonné est marginal et le service prend de la valeur pour lui avec le temps. Spotify est devenu un service "indispensable" pour ses membres, ce qui limite potentiellement l’arrivée d’un nouvel entrant sur le marché. L’enjeu pour une entreprise comme Spotify est d’essayer de maintenir cette position de force en intensifiant la valeur d’usage de son service et en augmentant les revenus par utilisateur. A l’inverse, Twitter et Tumblr sont plutôt dans la position de nouveaux entrants qui ont encore tout à construire.

Ces modèles économiques sont-ils voués à se diriger, à plus ou moins long terme, vers des modèles payants ou semi-payants pour satisfaire leurs investisseurs ?

A l’exception de Spotify, les deux autres entreprises ont volontairement évité de générer des revenus trop rapidement, pour ne pas détruire la valeur et les usages de leurs services, en rendant la publicité trop envahissante ; elles n’ont donc pas encore abattues toutes leurs cartes dans la monétisation de leurs services. Cependant, ce serait un non-sens de rendre ces sites 100% payants. Ils vont d’abord élargir leurs offres publicitaires tout en continuant d’acquérir de nouveaux utilisateurs et en concentrant l’activité de leurs membres, puis s’aventureront peut-être sur le terrain des contenus premium, la revente de données ou de contenus à des annonceurs. 

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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