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Une France de rentiers… et les autres : à partir de quel seuil l'absence de croissance empêche-t-elle de fait toute ascension sociale ?

Publié le 18 novembre 2013
La question de la mobilité sociale, chère à la République, est mise à mal par une croissance atone. Et cet immobilisme social est favorisé par la politique fiscale asphyxiante de l'Etat sur les particuliers et les entreprises.
Bernard Marois
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Bernard Marois est Docteur en Sciences de Gestion et professeur émérite en finance à HEC ainsi que Président du Club Finance HEC qui réunit plus de 300 professionnels de la finance.Il est  également consultant auprès de grandes banques et d'...
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La question de la mobilité sociale, chère à la République, est mise à mal par une croissance atone. Et cet immobilisme social est favorisé par la politique fiscale asphyxiante de l'Etat sur les particuliers et les entreprises.

Atlantico : Plusieurs responsables politiques se sont récemment alarmés des blocages de l’ascenseur social français. Ces blocages sont-ils avérés ? Se sont-ils aggravés ? Quelle part de responsabilité la crise porte-t-elle dans cette évolution ?

Bernard Marois : La crise a de toute évidence contribué à créer une sorte de catalyseur qui bloque aujourd'hui pratiquement toute forme d'ascension sociale en France. L'absence de croissance actuelle rend logiquement plus difficile les créations entrepreunariales, ces dernières représentant l'un des premiers leviers de la mobilité sociale dans les économies développées. Les deux années de quasi-stagnation qui se sont écoulées ont d'ailleurs démontré la difficulté croissante qu'ont les jeunes qui souhaitent monter un projet dans l'Hexagone. Si l'on constate toujours que les jeunes diplômés conservent une plus forte probabilité de mobilité sociale que ceux qui restent moins formés, bon nombre d'entre eux pensent à partir à l'étranger pour y trouver un meilleur environnement et de meilleures opportunités, sans compter évidemment ceux qui y sont déjà partis.

Voir aussi : 41% des jeunes diplômés de master pensent à l'expatriation

Pour ceux qui sont sans diplômes, la situation est bien pire puisque l'on sait que 36% des jeunes (15-29 ans) sans diplômes sont au chômage (chiffres Insee, 2010). Si le manque de croissance décourage les jeunes diplômés, c'est bien le problème du chômage qui paralyse les non-diplômés en bas de l'échelle sociale. Le problème est d'autant plus grave si ces jeunes partent dans le sillon du chômage de longue durée, qui les rend de plus en plus inemployables à mesure que le temps passe.

La mobilité sociale est par ailleurs souvent liée à la prise de risque (création d'une marque, commercialisation d'un brevet, développement de valeur ajouté dans une entreprise...). Cela nécessite néanmoins que la pression fiscale soit suffisamment modérée, sans quoi de telles entreprises sont rendues économiquement impossibles.

Faut-il en déduire que la société française est particulièrement inégalitaire, ou tend à le devenir, ou d'autres facteurs entrent-ils en jeu ?

L'inégalité est un sujet extrêmement complexe, ne serait ce que parce qu'on la considère avec des critères relatifs. La France est certainement moins inégalitaire que les Etas-Unis mais elle l'est plus que le Danemark et la Suède par exemple. On peut néanmoins remarquer que les fameux "1%" ont vu leurs revenus augmenter de 10% sur les dernières années (2004-2008), soit bien plus que le reste de la population (la moitié la plus riche des Français n'ayant vu ses revenus augmenter de seulement 5% sur la même période, NDLR). L'inégalité se renforce donc sur un pourcentage extrêmement faible de la population qui contourne, de plus, bon nombre de réglementations fiscales.

Il est cependant nécessaire de remarquer qu'en parallèle le niveau du SMIC est anormalement élevé en comparaison de nos voisins, ce qui pose des problèmes évidents de compétitivité à notre économie. On ne peut donc pas penser la question des inégalités françaises de façon simpliste et univoque, contrairement à ce que voudraient croire certains économistes. On ne peut s'empêcher pour autant d'admettre que la crise contribue à accroître ces inégalités actuellement, les jeunes privilégiés étant pratiquement les seuls à pouvoir échapper, via l'exil et le patrimoine, aux contraintes économiques locales (baisse des salaires, hausse des impôts, faible emploi...).

Comment croissance et mobilité sociale sont-ils liés ? Existe t-il un seuil de croissance en dessous duquel la possibilité de mobilité sociale devient nulle ? Comment l'expliquer concrètement ?

Ce lien est difficilement contestable, puisque le chômage tend à diminuer, comme chacun sait, dans les périodes de croissance pour arriver à des taux de 5 à 6% de la population active, ce qui représente à peu près le niveau de ce que l'on appelle le "chômage incompressible". A de tels niveaux, les chercheurs d'emplois sont à l'honneur puisqu'ils peuvent faire jouer la concurrence, se valoriser, et ainsi s'insérer dans le monde du travail de manière optimale, processus qui représente la première étape de l'ascension sociale. A l'inverse, avec un taux de chômage de 10,5% comme c'est le cas actuellement, les entreprises rechignent logiquement à embaucher tout en pratiquant une politique de limitation des hausse des salaires.

S'il n'est pas difficile d'affirmer que croissance et mobilité sociale sont bien liées, il est moins aisé de donner un seuil fatidique de croissance en dessous duquel la mobilité sociale serait bloquée. On sait cependant qu'il faudrait une croissance oscillant entre 2 et 2,5% pour relancer l'emploi en France, puisque notre pays accueille chaque année 300 000 nouveaux candidats sur le marché du travail. Comme déjà dit plus haut, la mobilité sociale reprend lorsque le chômage baisse, ce qui par supposition laisse entendre que le seuil à maintenir serait d'environ 2%. Nous en sommes hélas très loin aujourd'hui.

Quelles sont les catégories socio-professionnelles qui souffriront le moins dans cette période de croissance faible ? Par quels mécanismes parviendront-ils à s'en protéger ?

On pourrait penser en premier lieu aux rentiers, mais il faut préciser que seuls ceux qui disposent d'importantes masses financières pourront vraiment continuer à s'en sortir. Les employés de secteurs qui restent malgré tout porteurs (aéronautique, informatique, technologies de l'information, luxe...) seront eux aussi épargnés dans une certaine mesure, en comparaison des emplois de l'industrie (30 000 emplois perdus en 2012) ou des services.

Existe-t-il des méthodes pour sortir de cette fatalité qui semble faire que croissance molle et société de rentiers aillent de paire ?

Je pars du principe que lorsqu'un pays se retrouve dans une situation démographique positive, il est en mesure de produire de la croissance s'il adopte une politique économique un tant soi peu intelligente. De nombreuses pistes déjà bien connues existent aujourd'hui pour relancer l'activité, en premier lieu la diminution du coût du travail (notamment la partie cotisations) qui permettrait d'endiguer la désindustrialisation et les drames sociaux qui y sont liés. Une meilleure gestion des comptes publics est aussi nécessaire, en particulier dans un pays qui consacre 30% de son PIB aux dépenses de santé. 

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çàcloche
- 19/11/2013 - 05:02
privilégier les rentiers
pratiquement impossible aux enfants des classes pauvres de lutter à armes égales avec les enfants des rentiers.
prochain
- 18/11/2013 - 20:14
RIEN naejnaej sur lea principale rente les STATUTS
Cette rente et les garanties qui vont avec rend toute mobilité impossible, vivement une étude comparative avec nos voisins et un audit général sans quoi ON pédale dans le vide.
naejnaej
- 18/11/2013 - 17:38
Comme d'habitude...
Les plus démunis doivent faire des sacrifices et accepter qu'on baisse le SMIC, avec lequel on ne peut déjà avoir une vie décente, ou qu'on arrête de se faire soigner, ça coûte trop cher...
Rien sur l'Euro inadapté, rien sur l'évasion fiscale, rien sur les banques spoliatrices, rien... Les plus démunis doivent payer, c'est cela une société juste!!