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Pour réussir durablement, il faut réunir de nombreuses conditions : des produits attractifs, un marché solvable, une capacité de communication et de mise en marché, des équipes se remettant en cause, un souci constant de la qualité perçue.
© Reuters
Pour réussir durablement, il faut réunir de nombreuses conditions : des produits attractifs, un marché solvable, une capacité de communication et de mise en marché, des équipes se remettant en cause, un souci constant de la qualité perçue.
Sans lendemain

Ces innovations françaises qui auraient pu tout changer mais qui ont loupé le coche

Publié le 09 octobre 2013
La France occupe la 3ème place dans le classement 2013 des pays les plus innovants réalisé par l'agence Reuters, juste derrière les Etats-Unis et le Japon. Néanmoins, quelques contre-performances figurent au palmarès de l'Hexagone.
Jean-Pierre Corniou est directeur général adjoint du cabinet de conseil Sia Partners. Il est l'auteur de "1,2 milliards d’automobiles, 7 milliards de terriens, la cohabitation est-elle possible ?" (2012).
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Jean-Pierre Corniou
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Jean-Pierre Corniou est directeur général adjoint du cabinet de conseil Sia Partners. Il est l'auteur de "1,2 milliards d’automobiles, 7 milliards de terriens, la cohabitation est-elle possible ?" (2012).
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La France occupe la 3ème place dans le classement 2013 des pays les plus innovants réalisé par l'agence Reuters, juste derrière les Etats-Unis et le Japon. Néanmoins, quelques contre-performances figurent au palmarès de l'Hexagone.

L’innovation est le moteur de l’économie. C’est parce que nous innovons sans cesse avec un rythme qui ne cesse de s’accélérer depuis le début de la révolution industrielle que nous sommes capables aujourd’hui de vivre beaucoup mieux et beaucoup longtemps que par le passé. Sans disserter à l’infini sur la relativité de la notion de  progrès, on observe simplement que malgré de nombreuses insuffisances, voire même de graves dégâts, la machine économique a été en mesure de changer en profondeur les conditions de vie non seulement dans les pays développés pionniers de la révolution industrielle, mais aussi, et c’est nouveau, sur l’ensemble de la planète comme en témoigne l’essor de la classe moyenne dans de nombreux pays émergents.

Cette réussite est due à des femmes et à des hommes qui ont décidé de chercher de nouvelles voies dans tous les domaines qui influent sur notre cadre de vie. Ces savants, chercheurs, entrepreneurs ont créé les conditions scientifiques et techniques de la mise en œuvre de nouveaux procédés, de nouveaux produits et de nouveaux services. C’est une longue chaîne de talents qui affrontant les idées dominantes de leur époque ont osé sortir des chemins tous tracés de la routine pour affronter le risque du changement. Certains ont réussi, et ont pu laisser leur nom dans l’histoire et parfois même s’enrichir. D’autres, la plupart d’entre eux d’ailleurs, sont restés dans l’anonymat même si parfois leurs idées ont réussi à être reprises par d’autres et, finalement, se sont imposées. Dans cette longue galerie de portraits, illustres ou modestes, les Français ont largement tenu leur place et à toutes les époques les scientifiques et entrepreneurs français ont su ouvrir de nouvelles pistes prometteuses. Dans certains cas, ces prouesses individuelles ont trouvé un large succès public et ont quitté le laboratoire pour devenir des innovations sociétales. Sommes-nous capables de continuer à écrire l’histoire de la science, de la technique et de l’innovations comme nos prédécesseurs ont réussi à le faire depuis 250 ans ?

Juger d’un pays par sa capacité à innover est un exercice d’autant plus difficile que la globalisation numérique estompe les frontières géographiques et temporelles. Les produits se diffusent rapidement, les pratiques sont plus lentes à faire évoluer. Faut-il, pour être un peuple innovant, inventer l’iPhone ou l’utiliser dans toutes les sphères de la société pour bouleverser les processus de travail et d’accès à la connaissance ? La France est sixième au palmarès mondial des dépôts de brevets et quatrième pour les dépôts de brevets en Europe. Cette position suffit-elle à développer les marchés et créer les emplois nécessaires ?  La France en proie au doute ne se sent plus une nation innovante et remet en cause ses propres capacités de changement. L’histoire jugera. Mais il est intéressant de comprendre cette cloison bien fragile qui sépare le succès de l’échec.

Nation d’ingénieurs, adepte des Lumières, la France a su inventer les concepts et les machines propices à la transformation. N’oublions pas que le système métrique est une invention française, officialisée par le décret du 18 germinal an III,  qui a induit à un bouleversement majeur de la société et a connu un succès universel. Quelques années plus tard, sur les traces de Pascal, Charles-Xavier Thomas, de Colmar,  invente l’arithmomètre en 1820, première machine à calcul industrielle, et devient d’ailleurs riche. Pourquoi n’a-t-il pas fondé alors ce qui aurait pu devenir IBM ? Il a fallu attendre un siècle pour que les Américains le fassent. Pour réussir durablement, il faut réunir de nombreuses conditions : des produits attractifs, un marché solvable, une capacité de communication et de mise en marché, des équipes se remettant en cause, un souci constant de la qualité perçue. Ces vertus sont le propre d’entreprises à la fois innovantes et pérennes. Mais ses conditions sont difficiles à réunir dans la durée. Car pour réussir, il faut aussi être en phase avec l’époque. Ce synchronisme — ni trop tôt, ni trop tard — est un facteur largement lié au hasard et à la chance, pas seulement au talent.

L’histoire économique a démontré l’inventivité de la France dans tous les domaines structurants de la société : l’énergie, les transports, la santé. Nous sommes aujourd’hui un des rares pays au monde à maîtriser l’ensemble des composants d’un système moderne de défense. Dans chaque secteur d’activité, nous avons su créer des champions mondiaux. Les firmes du CAC 40 sont devenues mondiales et la plupart d’entre elles sont championnes prospères de leur secteur. Mais certains échecs ont été cruels et apparaissent comme  des stigmates indélébiles de quelques graves erreurs stratégiques et de gâchis économiques et financiers.

Dans le monde du transport, malgré notre expertise globale, nous avons enregistré de graves contre-performances. Mettre en service le paquebot France en 1962, acte de souveraineté sous le patronage du président de la République,  fut une décision trop tardive et rapidement condamnée à l’échec dès 1965 alors que le marché du transport transatlantique était déjà marqué par l’essor des jets commerciaux, le Boeing 707 étant en service sur l’Atlantique nord depuis 1958,. L’épopée de l’Aérotrain est aussi intéressante. Est-ce que financer sur fonds publics en 1967 l’aérotrain de Jean  Bertin, système révolutionnaire de transport à grande vitesse en site propre sur coussin d’air, alternatif au système de transport sur voie ferrée, était  alors une bonne décision ? Ce système allait démontrer sa performance technique en atteignant 430 km/h, mais aussi son inefficacité énergétique après la crise du pétrole de 1974 pour être finalement abandonné en 1977. Il peut être considéré comme une innovation ratée même si  les recherches ont été poursuivies dans le monde, mais avec une technologie différente, la sustentation magnétique comme à Shanghai.

Citons également Concorde. Magnifique projet technique et industriel, projetant les compétences aéronautiques de la France et de la Grande-Bretagne dans un domaine mythique, le transport de passager à vitesse supersonique, Concorde s’est heurté aussi bien au protectionnisme américain, agressé par ce produit qui n’avait pas été conçu par une firme américaine, qu’aux contraintes énergétiques et de sécurité.

Dans ces deux cas, la technique n’était probablement pas appropriée puisque personne n’a à ce jour repris les concepts. Le passage au marché est une étape difficile où l’idée brillante se confronte brutalement aux réalités économiques, coût de production et de maintenance, impact environnemental, compatibilité avec les contraintes d’exploitation de réseaux et de flottes. Mais on peut aussi penser que le succès du TGV et d’Airbus doit beaucoup à ces échecs commerciaux.

Plus graves sont les initiatives sans lendemain aucun. On peut citer le système SECAM de télévision en couleur, le Minitel, lancé en 1982, mais aussi le Plan informatique pour tous de 1985 avec les fameux ordinateurs MO5 de Thomson. Dans ces trois cas, la technique n’était pas en cause, mais le refus obstiné et orgueilleux de s’inscrire dans une logique de standards de fait internationaux a coupé les industriels de tout espoir d’exportation. Innover seul dans une économie ouverte suppose une prise de risque considérable que le poids de l’Etat en France a permis d’absorber, mais au prix de dépenses sans lendemain et souvent même d’un retard pour rattraper les standards mondiaux. Minitel n’a pas préparé l’économie de l’internet, tant les modèles d’affaires étaient différents, même si quelques acteurs ont pu y trouver les bases de leurs ambitions. Mais le programme Télétel a été sans conteste une remarquable réussite technique et commerciale, avec neuf millions de terminaux, jusqu’au début des années 2000. L’expérience Télétel fut observée de très près par tous les autres pays, dont les Etats-Unis, alors que se préparaient les bases de l’internet qui très vite allait rendre désuets l’ergonomie, la rapidité, le caractère fermé du système  et la qualité de services du minitel. Finalement la France a abandonné le Minitel. Quel bilan établir de cette expérience ? Il n’est pas sûr que les entreprises françaises qui ont utilisé les services Télétel  soient mieux préparées au monde du web que leurs concurrentes étrangères.

Innover suppose également pour des entreprises robustement  installées dans leur métier la difficile décision d’accepter de remettre en cause leurs choix et leur doctrine. On peut estimer que l’obstination légitime mise par Dassault Aviation à vendre son Rafale, produit complexe et coûteux au sommet de la technique, a retardé le développement de drones en France, l’armée étant contrainte d’acquérir aujourd’hui du matériel américain. Or les drones de surveillance et de combat, ultimement appelés à remplacer les chasseurs pilotés, représentent aujourd’hui une voie majeure de développement des flottes aériennes mondiales. Ayant la capacité technique de les développer, les industriels comme leur client public, ont refusé de le faire depuis vingt ans, laissant les Etats-Unis et Israël prendre une avance considérable sur ce marché prometteur. On peut également penser, comme le débat sur les échecs commerciaux des industriels l’a mis en évidence, que le choix de la filière française de centrales EPR n’a pas permis de développer d’autres filières plus économiques et plus accessibles. La France en revanche s’est dotée des moyens de développer une filière hydrolienne compétitive.

Ces exemples se situent tous dans des domaines pour lesquels l’action publique reste prépondérante, soit par ce qu’il s’agit de secteurs régaliens, liés à la souveraineté nationale, soit parce que la demande publique joue un rôle clef dans le mise en marché. La place de l’Etat en France comme stratège économique, la proximité de corps entre industriels et pouvoirs publics, le rôle de la recherche publique, comme le CEA, expliquent cette spécificité. Elle existe également dans d’autres pays dès lors qu’il s’agit de souveraineté nationale.

Mais il est aussi vrai que les marchés grands publics, qui ne font pas l’objet d’une même attention de l’Etat, n’échappent pas aux erreurs comme aux réussites à partir d’intuitions différentes sur l’évolution des marchés. Dans le domaine clef de l’électro-mobilité, l’histoire tranchera là encore sur la compétition de fait entre Bolloré et son système intégré d’auto-partage et Renault et la vente de voitures électriques. L’un propose une rupture globale dans l’usage de l’automobile, l’autre reste sur un modèle classique d’accession à la propriété individuelle, tempéré par la location des batteries. Car l’innovation n’est plus seulement technique, elle se situe désormais largement dans les modèles d’usage. On peut dans le domaine de la mobilité saluer le remarquable succès de l’organisation du covoiturage avec blabla.com qui s’affiche comme un leader mondial. Il faut aussi suivre avec intérêt la tentative de transformation des métiers des postiers avec la mise à disposition à chaque facteur d’un téléphone intelligent, Facteo, leur permettant de devenir des acteurs multi-services. Si un service public de cette taille confronté à une contraction de son marché historique, le courrier, peut se renouveler, ce sera une innovation sociétale marquante.

Il faudrait également citer pour être complet la pharmacie, la chimie et les matériaux pour lesquels des industriels préparent  le futur et qui s’inscrivent dans les 34 plans de la nouvelle France industrielle. N’en doutons pas, la France peut maîtriser l’innovation dans la grande majorité des secteurs économiques, y compris bien naturellement le service. Elle a les ressources intellectuelles, l’expertise et le tissu économique pour le faire. Certaines seront des succès, d’autres des échecs. Car innover c’est aussi reconnaître le droit à l’échec. Et donc admettre et même se féliciter de la rémunération du succès. C’est une culture de l’initiative qui doit être développée à tous les niveaux, dans toutes les entreprises, et dès l’école. Car si l’alchimie de la réussite de l’innovation a sa part de mystère, on sait que c’est en multipliant les initiatives, les prises de risque, sans relâche, que l’on verra germer les activités de demain.

 

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Beaumanoir
- 12/10/2013 - 01:48
A mich2pains, toutes mes excuses, merci de me corriger
j' etais en train de repondre aux c...ries d' ISGA. Je recoltais sur le net des infos sur des personnes que j' ais connues et lui pas apparemment. Puis je me suis dit que c' etait peine perdue et j' ais cru supprimer le message, un morceau est reste.
Je regrette d' avoir participe a la pollution de ce site, et je vous remercie de me corriger .
jurgio
- 11/10/2013 - 18:25
La France n'a pas été perdante de l'informatique
Pour la simple raison que la calculatrice n'en est pas à l'origine. On tombe généralement d'accord qu'à l'origine de l'ordinateur, c'est la carte perforée (Hollerith) et les prémisses de la bureautique ont été les matériel de saisie et d'impression (les noms de sociétés comportaient souvent : tabulating, tabulators, etc.). Cet essor fit la fortune d'IBM et quand l'ordinateur fit son apparition, après les années de guerre perdues par l'économie européenne, la base installée des Américains sur toute la planète avait une masse financière telle que Bull n'aurait jamais fait une concurrence dangereuse. Même l'informatique de la Grande-Bretagne, seul pays où IBM n'était pas majoritaire (vrai encore au début des années 1970) s'est effondrée. Sans compter que l'Europe ne s'est accordée pour fonder une in dustrie des composants qui est le socle sade l'électronique.
gluck
- 11/10/2013 - 17:50
Concorde?
Je ne suis pas certain qu'on puisse mettre Concorde dans la catégorie des échecs. Sans le Concorde, je doute que l'Europe aurait pu développer Airbus.
J'apprends également que la France serait leader dans le domaine des hydroliennes. Où ces engins ont t il été installés?
De même, l'histoire des voitures électriques Bolloré et Renault est une vaste blague. Qui achète ou va acheter ces véhicules , à part des marchés captifs, payés par le contribuable?