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Le monde de l'entreprise dubitatif face à Hollande : les virages idéologiques passent, les blocages demeurent...

Publié le 28 mai 2013
Le monde des affaires a pratiquement renoncé cette semaine à comprendre comment la France était gouvernée. La majorité des grands patrons ne le diront jamais publiquement mais ils ne comprennent plus rien. Un coup à gauche. Un coup à droite.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ. ...
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Le monde des affaires a pratiquement renoncé cette semaine à comprendre comment la France était gouvernée. La majorité des grands patrons ne le diront jamais publiquement mais ils ne comprennent plus rien. Un coup à gauche. Un coup à droite.

L’hommage rendu en fin de semaine au ministre allemand Gerhard Schröder, par François Hollande a laissé tout le monde pantois. Le père des réformes de fond qui ont permis à l’Allemagne d’affronter la crise mondiale en position de champion avait été tellement renié et vilipendé par les socialistes français que tous les observateurs ont beaucoup de mal à comprendre que le  président de la République le donne désormais en modèle. La majorité de ses électeurs surtout ont du mal à avaler ce nouveau revirement.

Dans le même temps Pierre Moscovici annonce la fin de la chasse aux gros salaires en comptant sur l’autorégulation au sein même de l’entreprise. On s’en remet donc au marché après avoir considéré que c’était le royaume des voyous…

Le monde des affaires ne regrette pas que le président de la République en vienne ainsi à du pragmatisme qu' il réclame depuis si longtemps, mais il craint d’expérience qu'un tel virage "libéral" ne soit payé très cher à ceux à qui on avait promis une autre politique. Tout le problème est là. "Comment accepter l’inverse de ce pourquoi on a voté ?"

Les chefs d’entreprise savent très bien que les intentions plutôt aimables que le président de la République avait exprimées à leur adresse lors de sa conférence de presse  n’ont été suivies d’aucun effet.

Plus grave ils ne réussissent jamais à obtenir des précisions sur la politique choisie.  A Matignon, ils n’ont pas d’interlocuteurs connaissant la mécanique de l’économie. Le Premier ministre gagne du temps en recevant les partenaires sociaux et en les assurant que les conférences sur la retraite s’étaleront sur plus de six mois. Pas question d’aborder la question des dépenses publiques. En fait le Premier ministre ne cache pas à ses visiteurs que les manifestations à Paris le préoccupent, tout comme celles qui continuent de perturber la région nantaise en opposition au projet d’aéroport auquel il tient beaucoup.

Jean-Marc Ayrault est comme emmêlé dans des désaccords et des contradictions. Il doit à la fois gérer les virages idéologiques du président tout en garantissant que le cap des promesses électorales sera maintenu. C’est impossible.

La grogne, voire la colère, du côté de la majorité socialiste, est beaucoup plus paralysante que les tergiversations verbales de Jean-François Copé.  Du coup, "maintenant que la France a obtenu un délai de deux ans pour revenir dans les clous, que le président a promis de faire des reformes structurelles (et le discours très consensuel tenu au SPD à Leipzig, est un signe adressé aux marchés) ; maintenant que le pouvoir croit avoir sécurisé les marchés,  tout se passe comme si la majorité socialiste avait obtenu que l’on mette entre parenthèses toutes les réformes un peu douloureuses. Au moins jusqu’à la fin de l’année et comme au début de 2014 on entrera en campagne électorale, vous avez compris disent les patrons "qu’on ne bougera pas une oreille". Voilà comment les perspectives de Matignon sont perçues par les visiteurs.

Du côté de Bercy, les dirigeants d’entreprise n’obtiennent pas plus d’informations. Les contacts ne sont pas de bonne qualité. Pierre Moscovici, très affaibli par l’affaire Cahuzac, s’est mis aux abonnés absents. Il voyage un maximum en Europe. Son interview accordée aux Echos, jeudi, annonçant le retrait du gouvernement du dossier des hautes rémunérations, passe pour être un baroud d’honneur. Tout comme l’appui remarqué apporté à Christine Lagarde, alors qu'au PS, on n’est pas mécontent qu'elle soit en difficulté. Pierre Moscovici pourra dire  au président, "regarde, j’aurai fait le job de caresser les marches  jusqu’au bout !!!"

Les socialistes pur sucre qui le soupçonne déjà d’avoir couvert Cahuzac, ne lui pardonneront jamais cette incartade au pays de "l’ultra libéralisme".

Ses collaborateurs ne parient donc pas sur son maintien en fonction au-delà du mois de juillet. Beaucoup commencent à chercher des points de chute. La question est de savoir ce que François Hollande pourrait lui proposer, on parle de le recaser à l’Elysée en attendant que le futur gouvernement économique européen soit installé. L’idée étant à terme de le proposer comme président de ce gouvernement. Les Allemands ne seraient pas contre. Beaucoup aussi commencent a spéculer sur la réorganisation de Bercy mais là François Hollande ne laisse filtrer aucune information. La réorganisation de Bercy pour lui est le signe de sa difficulté à manager les hommes, donc il préfère ne pas en parler et gagner un peu de temps. Le temps que le changement devienne évident à tous. 

Toujours à Bercy, la plupart des ministres comme Benoît Hamon ou Fleur Pellerin n’existent pas en dehors de la sphère socialiste, et encore !  Fleur Pellerin qui s’est spécialisée dans le développement des nouvelles technologies est assez écœurée par l’épisode Dailymotion qui a abîmé durablement l’image de la France dans les pays anglo-saxons. Elle s’est fait vertement remise en place la semaine dernière à New-York lors d’un road show auprès d’investisseurs à qui elle essayait de venter les mérites de la place de Paris.

Au passage, l’épisode Dailymotion va coûter 50 millions à Orange puisque Stéphane Richard, le PDG d’Orange va devoir recapitaliser cette pépite  pour éviter qu'elle ne se dégrade.

A Bercy toujours, Arnaud Montebourg se tait sauf pour dire du bien de telle ou telle initiative que ça en devient caricatural. Depuis qu’il s’est fait remettre en place par le président puis par le Premier ministre pour excès de paroles hostiles envers ses camarades de gouvernement, le ministre du Redressement industriel, trouve tout le monde très bien… Sa grammaire politique se résume désormais à des phrases qui se composent d’un sujet, d’un verbe et d’un compliment. "Bolloré en Afrique, c’est un exemple du génie français… la société Doux reprise par Calmes et les amis d'Alain Madelin, c’est un exemple d’efficacité, jusqu’à PSA Peugeot-Citroën où 'tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil'". Même quand la firme de  Sochaux confirme ses fermetures d’usines et annonce le déplacement des 600 salariés de Meudon. "Un simple déménagement", dit Najat Vallaud-Belkacem en absence d’Arnaud Montebourg. Pour le maire de Meudon, qui est aussi sénateur des Hauts-de-Seine, Hervé Marseille, c’est 600 emplois en moins sur la commune. Ça aurait mérité un commentaire du ministre de l’Industrie.

Les grands patrons attendent d’un ministre du gouvernement autre chose que du politiquement correct, surtout après des flots de critiques. Les grands patrons comme les petits attendent d’un gouvernement qu'il soit cohérent et fasse la pédagogie de la réalité.

A propos de réalité, c’est Emmanuel Macron  qui  à l’Elysée, reçoit les visiteurs chargés de conseils, d’informations, ou de critiques. Il reçoit sans délai, il écoute tout avec beaucoup de courtoisie et dit qu'il va transmettre au président ce qui lui parait essentiel. Tout le monde pense qu'il transmet. En fait, tout cela n’a que peu d’effets immédiats. François Hollande écoute sûrement tout mais répond rarement. "En fait, il agit sous la contrainte des circonstances", explique un grand patron. Plutôt que d’anticiper et d’assumer une réalité que tout le monde connait. On voit bien qu'il est contraint d’accepter les conditions européennes sans le reconnaître et  pour annoncer qu' il faudra engager des réformes, il profite d’un voyage à Leipzig, et d’un hommage à Gerhard Schröder alors qu' il a toujours dit que le modèle allemand n’était pas applicable. Pourquoi n’a-t-il pas dit cela le jour de sa conférence de presse ?  C’eut été plus clair. Le résultat c’est que l’opinion publique a un sentiment de confusion et d’inefficacité dans la gouvernance.

Le résultat politique est que sa base électorale se consume progressivement (à moins de 20%) avec une gauche de la gauche qui s’estime trahie, sans pour autant avoir convaincu des partisans au centre ou de l’opposition.

Le résultat économique est que les agents créateurs de richesse n’ont toujours pas de stratégie claire qui leur permettrait de restaurer un début de confiance. Pour le monde des affaires, l’année 2013 est plantée, 2014, aussi. Dans ces conditions, personne ne comprend pourquoi le président s’entête à promettre un renversement de la courbe du chômage à la fin de l’année.

Un groupe de hauts fonctionnaires de Bercy, proches du Parti socialiste et des DRAC a fait la liste des dossiers qui sont bloqués pour des raisons politiques ou idéologiques.

Le dossier sur les paradis fiscaux pourraient avancer très vite si on acceptait l’idée d’une amnistie fiscale pour les exilés qui reviendraient en France. la fraude fiscale et l’évasion représenteraient 1000 milliards d'euros en Europe. Tous les grands pays européens sont donc concernés. La France aurait près de 60 milliards d’euros à récupérer. Les spécialistes savent que l’amnistie fiscale permettrait d’en rapatrier une grande partie. A condition de ne pas matraquer les exilés. Il ne s’agit pas de les exonérer de toute sanction mais il faudrait :

  • un, que les conditions de retours soient clairement expliquées et garanties ;
  • deux, que les sanctions financières ne soient pas confiscatoires sinon les expatriés ne reviendront pas ; Bercy a imaginé des sanctions limitées au paiement de l’impôt non réglé avec une pénalité de retard ;
  • trois, il faudrait surtout oublier toutes sanctions pénales. Parce qu'actuellement, ce qui empêche un contribuable de rapatrier sa fortune c’est le  risque d’aller en prison. Mais c’est là où le bas blesse.

Ces trois séries de conditions sont actuellement inacceptables pour une grande partie du Parti socialiste viscéralement attachée à la question morale. Quitte à bloquer la réforme. On va donc mettre en place une panoplie de sanctions très sévères mais qui ne pourront pas être appliquées. Faute de justiciables.

Le dossier des baisses de dépenses publiques bloque sur un point très simple. Pour les syndicats de fonctionnaires, toute baisse des dépenses publiques est susceptible d’entamer la qualité du service publique. Donc circulez, il n y a plus rien à voir. Le gouvernement n’arrive à rien dans ce domaine. Alors François Hollande a semble-t-il passé un accord tacite avec ses amis de la Cour des comptes, Didier Migaud en tête, au terme duquel, c’est un grand classique,  la Cour alerte l’opinion sur des dérives financières de l’Etat. Du coup, la Cour des comptes n’a jamais sorti autant de rapports dénonçant l’excès de dépenses publiques ; le dernier en date visait l’Education nationale le jour où l’Assemblée votait la loi autorisant le recrutement de 60 000 agents supplémentaires. Et ce rapport dit noir sur blanc que l’Education nationale française n’a pas de problème d’effectifs mais d’organisation et d’efficacité.

Le problème c’est que la durée de vie de ce type de rapport est très courte. En 24h, le corporatisme enseignant a réussi a l’enterrer. Il faudra donc recommencer.

Le dossier des dépenses sociales est encore plus épineux parce que protégé par tous les syndicats qui vivent au chevet des organismes de gestions, caisse nationale de maladie, UNEDIC, caisses de retraites, famille, etc. etc.. là encore toute modification du système est susceptible de le dérégler ; par conséquent n’ y touchons pas.

Le dossiers sur le  logement dont la loi cadre de relance du secteur sera présentée dans les quinze jours en Conseil des ministres a déjà fait l’objet d’un marchandage qui risque de lui faire perdre de vue l’objectif de relancer la construction sans que cela ne pèse trop sur le budget de l’Etat. Pour tout le monde, le seul moyen de faire baisser les prix et de rendre le logement plus accessible est d’accroître l’offre de logements. Mais si on accroît les droits à construire, si on libère les terrains en ville, on fait un cadeau aux promoteurs immobiliers. 

Pour le cabinet de Cécile Duflot, le moyen de loger le maximum de gens qui ne peuvent pas se loger est de les aider à payer leurs loyers ou de subventionner les logements. Ce qui limite ses ambitions, c’est évidemment l’étroitesse du budget.

Pour le dossier de l’énergie, les amis de Mme Cécile Duflot, sont devant la même problématique. Un certain nombre de chercheurs pensent que le sous-sol français contient des réserves importantes de gaz de schiste qui pourraient offrir une source d’énergie abondante et pas chères comme d’ailleurs dans beaucoup de pays. Le parti des écologistes  bloque la recherche de gaz de schistes, ils bloquent l’expérimentation sous le prétexte que l’exploitation serait polluante et perturbantes. Il s’oppose à l’expérience sans savoir ce que représente cet enjeu. Sans savoir si les techniques d’exploitation ne pourraient pas évoluer pour être moins abrasives.

Cette accumulation de blocages explique que le parti majoritaire soit de plus en plus coupé en deux.

D’un côté, ceux qui voudraient passer en force et réformer parce qu' ils expliquent que la faillite leur sera fatale dans deux ans et que cette faillite fera le lit des extrémistes. Ils appréhendent d’avoir à prendre cette responsabilité.

De l’autre, ceux qui veulent calmer le jeu des reformes, considérant que le tissu social va craquer devant les politiques de rigueur.

Jusqu’au mois de décembre, le monde des affaires et notamment celui de la PME-PMI (qui avait été déçu par Sarkozy) a pensé que François Hollande appartenait au clan des réformateurs et qu'il allait reformer assez vite les structures (organisation du travail, fiscalité, et baisse des dépenses publiques). Depuis janvier, le monde des affaires pense que François Hollande a du mal à manager ses équipes, à s’imposer et que son talent est de gagner du temps en attendant que le cycle de la crise se retourne. A l’un de ses amis qui lui disait en privé cette semaine qu’il ne pourrait pas réaliser ses promesses électorales, il a répondu assez vertement, "tu te trompes je les respecterai.. !"

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2bout
- 26/05/2013 - 17:13
Du fascinant enthousiasme de @bobecler
... à la réalité.
Pour ma gouverne, quelle est profession ?
Ravidelacreche
- 26/05/2013 - 11:57
dubitatif face à Hollande, y'a de quoi :o))
Boniment:
Définition par Robert-Houdin
"Le boniment doit persuader, convaincre, entraîner. Ardente improvisation, préparée de longue main et souvent revue et corrigée par l'usage, le boniment doit atteindre les dernières limites de l'éloquence, éblouir le public par un étalage de phrases sonores et emphatiques."(...)
Mais que verra-t-on chez vous ? allez-vous demander.
Ce que vous verrez, messieurs, c'est ce qui n'a pas de précédent et n'aura jamais d'imitation. Ce que vous verrez, ce sont des merveilles, des impossibilités, des miracles enfin ! Le détail en est indescriptible. Je vous dirai seulement : entrez, et vous serez non seulement satisfaits, mais ivres de joie, transportés d'admiration, abasourdis.
Imragen
- 26/05/2013 - 11:37
Donc la France n'est pas gouvernée...
On dit tout et son contraire et on ne fait rien, en attendant que ça sèche....
C'est sûrement sur la réduction des dépenses publiques que les refus d'agir sont les plus dangereux,
Et on crée une Commission chargée de proposer quelque chose...
Dans deux ans, la dette aura augmenté, le déficit se sera creusé, les impôts auront augmenté (c'est la seule chose que sait faire le PS), le chômage atteindra le fond des abîmes.
Mais Taubira éxultera et le mur des cons se remplira...