En direct
Best of
Best of 15 au 21 juin
En direct
© Reuters
Contre les idées reçues
L’innovation ne se résume pas à la technologie
Publié le 30 janvier 2013
"The Economist" montrait récemment en couverture "Le Penseur" de Rodin assis sur des toilettes et se demandant "N"allons-nous plus jamais inventer quelque chose d"aussi utile ?". Dans une tribune publiée sur son site internet le quotidien Le Monde se demande quant à lui : "Sommes-nous arrivés au bout de l'innovation technologique ?"
Jean-Yves Prax est spécialiste en management de la connaissance et de l'innovation, fondateur de Polia Consulting.Il intervient en accompagnement des entreprises dans leurs mutations organisationnelles, culturelles, managériales, stratégiques provoquées...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Yves Prax
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Yves Prax est spécialiste en management de la connaissance et de l'innovation, fondateur de Polia Consulting.Il intervient en accompagnement des entreprises dans leurs mutations organisationnelles, culturelles, managériales, stratégiques provoquées...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
"The Economist" montrait récemment en couverture "Le Penseur" de Rodin assis sur des toilettes et se demandant "N"allons-nous plus jamais inventer quelque chose d"aussi utile ?". Dans une tribune publiée sur son site internet le quotidien Le Monde se demande quant à lui : "Sommes-nous arrivés au bout de l'innovation technologique ?"

Innovation et compétitivité sont des mots très à la mode en ces temps de crise, véritable psalmodie incantatoire dans la bouche de certains dirigeants.  Tout le monde envie le succès des innovateurs qui ont réussi, chaque commune de France rêve d’avoir sa propre Silicon Valley, toutes les classes politiques se pressent à rendre hommage à Steve Jobs, pourtant le chantre du capitalisme libéral… mais au final on ne sait pas très bien pourquoi et comment ces innovateurs ont réussi, ni vraiment ce qu’est l’innovation !

Il est vrai que l’innovation est un concept très multiforme : innovation de rupture, radicale, innovation incrémentale, innovation d’usage… une « véritable auberge espagnole », permettant à chacun d’apporter ce qu’il veut, y compris ses propres fantasmes.  Ainsi la première formulation de la politique des pôles de compétitivité, relaie de la Stratégie de Lisbonne : « Par la mise en réseau des acteurs de l’innovation, elle a comme objectifs finaux (…) le développement de l’emploi dans les territoires ». Formulation à laquelle on aimerait souscrire, en théorie, mais qui est une véritable aberration sur le plan de la mise en œuvre opérationnelle (mise en réseau = innovation = emploi MAIS limité au territoire !).

Sans faire ici un cours sur l’innovation, attardons nous un moment sur quelques grandes fausses idées, très persistantes dans notre culture française, qui font tant de mal à l’innovation. 

 

  1. 1.      Focalisation trop forte sur la technologie

L’innovation ne se limite pas à la technologie : 80% des innovations sont de nature sociale, financière, marketing, solidaire... Citons en vrac : -le succès planétaire de Jean-Claude Decaux, avec le mobilier urbain, -le microcrédit, un machin associatif qui représente un encours de plus de 30 milliards d’euros ! ou encore -une marque de  fringues fondée dans une baraque de plage par une bande de surfeurs hippies et qui réalise un CA de plus d’un milliard de dollars (QuickSilver)…  Les exemples comme cela sont innombrables, tout autour de vous.

Pendant que nos yeux (et les enquêtes) sont systématiquement braqués sur nos secteurs high-tech  du spatial, de l’aéronautique, du nucléaire et du numérique… nos fleurons de la compétitivité se cachent dans des entreprises provinciales au capitalisme familial (Michelin, Auchan, Sodexo …) et dans des secteurs comme le tourisme, l’agroalimentaire, la distribution, le luxe et la mode, les services à la personne… d’ailleurs excédentaires dans la balance commerciale.

 

  1. 2.      Une politique fiscale qui n’a rien compris à l’entrepreneuriat

Malheureusement ce modèle de « capitalisme familial », qui nous est envié dans le monde car il est garant de la stabilité de l’actionnariat, de l’investissement sur le long-terme, d’une capacité de prise de risque, et d’un modèle certes « paternaliste », mais social… ne survivra pas longtemps aux attaques intérieures incessantes d’une fiscalité confiscatoire et aux convoitises extérieures des prédateurs étrangers, fonds de pension en tête. De même, la récente révolte des « pigeons » a mis en lumière le fossé d’incompréhension entre nos politiques et la classe des « entrepreneurs ». Nul ne semble s’émouvoir que Londres soit devenue la 6e ville française ! Plus que la fuite des « vieux » capitaux, c’est la fuite des « jeunes » cerveaux qu’il faut redouter.

 

  1. 3.      Amalgame entre Innovation et Recherche

Il ne suffit pas de dépenser plus d’argent (public) en recherche pour avoir plus d’innovation et force est de constater que la France est autant reconnue pour ses échecs commerciaux que pour ses prouesses créatives ! Car l’innovation ne se limite pas à l’invention d’un procédé, mais suppose un lancement sur le marché réussi. Lancement qui traverse souvent une série de flops préliminaires, et doit affronter l’arrivée de nouveaux entrants (fast second). Le corollaire est que, -certes l’invention peut être le déclencheur, -mais les phases aval d’industrialisation, marketing sont aussi déterminantes dans le succès final. Il est nécessaire de reconsidérer le système d’aide publique à l’innovation, aujourd’hui encore beaucoup trop axé sur les phases amont.

 

  1. 4.      Vision colbertiste trop axée sur les grands projets, les grandes firmes et les grandes écoles

Certes la France peut se vanter de grands projets emblématiques, comme l’Airbus, le TGV et son expertise nucléaire, menés de main de maître par nos grands ingénieurs des corps... Mais le premier levier de compétitivité et d’emploi, le seul atout possible pour une sortie de crise aujourd’hui, ce sont bien les petites, voire très petites entreprises. Celles qui n’apparaissent pas dans les enquêtes du BCG, celles qui n’ont pas forcément les moyens de déposer des brevets, et pourtant celles qui, tous les jours pour survivre, créent des innovations dans les domaines les plus extravagants. Celles qui, si on leur donne une chance de se développer chez nous, deviendront nos grandes réussites de demain.

 

  1. 5.      Trop d’importance sur le BizPlan, pas assez sur l’homme

Une certaine vision technocrate dominante, tentation à vouloir tout modéliser, objectiver, à vouloir « maîtriser le risque », ce véritable « syndrome du Retour sur Investissement » constitue en fait l’une des principales barrières à l’innovation. Au Poker, vous pouvez avoir tantôt une bonne main, tantôt une mauvaise… mais à la table de la finale mondiale, il n’y aura que des « bons joueurs ».

Il faut accompagner l’entrepreneur tout au long de son parcours du combattant, l’assister pendant ses échecs, l’aider à se relever, à recommencer, comme le ferait un coach avec un sportif de haut niveau. S’il « plante » une première entreprise, considérons que c’est un formidable gain d’expérience. Il reviendra, plus fort. Car s’il est bien une qualité commune à tous les entrepreneurs innovants qui ont réussi c’est la PUGNACITÉ.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Semaine de canicule : ces erreurs qui vous feront encore plus ressentir la chaleur alors que vous cherchiez l’inverse
02.
Amazon : 11,2 milliards de profit, 0 dollars d’impôts payés… : mais dans quel état erre un certain capitalisme ?
03.
Pourquoi l’influence de Melania Trump sur son mari dépasse de loin ce qu’on en voit
04.
Et la galaxie Benalla s'enrichit d'une nouvelle recrue : Mimi, la reine des paparazzis, qui "fabriqua" Macron...
05.
L'homme qui combat la bien-pensance pour sauver le monde agricole
06.
Amin Maalouf et Boualem Sansal, deux lanceurs d'alerte que personne n'écoute. Est-ce parce qu'ils sont arabes ?
07.
Retour des moustiques tigre : voilà comment s'en protéger efficacement cet été
01.
Retour des moustiques tigre : voilà comment s'en protéger efficacement cet été
02.
Pourquoi les Francs-maçons ne sont certainement pas les héritiers des constructeurs de cathédrale qu’ils disent être
03.
Vol MH370 : "le pilote se serait envolé à 12 000 mètres pour tuer l'équipage dans la cabine dépressurisée ", selon un nouveau rapport
04.
Dents de la mer : les grands requins blancs remontent vers le Nord aux Etats-Unis, faut il redouter la même chose en Europe ?
05.
L'homme qui combat la bien-pensance pour sauver le monde agricole
06.
Meghan & Harry : all is not well in paradise; Mariage sous couvre-feu pour Laura Smet; Laeticia Hallyday, délaissée ou entourée par ses amis ? Voici & Closer ne sont pas d’accord; Taylor Swift & Katy Perry se câlinent vêtues d’un burger frites de la paix
01.
L'Ordre des médecins autorise Jérôme Cahuzac à exercer la médecine générale en Corse
02.
Ce piège dans lequel tombe le gouvernement en introduisant le concept d’islamophobie dans le proposition de loi Avia sur la lutte contre les contenus haineux
03.
Et la banque centrale américaine publia une bombe sur les "méfaits" du capitalisme financier
04.
Acte II : mais comment définir la ligne suivie par le gouvernement en matière de politique économique ?
05.
Cash Investigation : pourquoi le traitement des semences par les multinationales est nettement plus complexe que le tableau dressé par l’émission de France 2
06.
Nominations européennes: le jeu dangereux d’Emmanuel Macron face à l’Allemagne
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Laurent H
- 05/02/2013 - 01:08
Distinguons Innovation et Recherche
Bonjour Jean-Yves,

Vous avez raison : on a trop souvent tendance à confondre Innovation et Recherche. J'ai d'ailleurs écrit un billet sur le sujet il y a quelques temps (http://laurent.hausermann.org/archive/2012/11/11/rapport-gallois-distinguons-la-recherche-et-l-innovation.html)

Combien de fois avez-vous entendu dans les médias que les entreprises qui innovaient etaient celles qui s'en sortait le mieux ? Ils enchainent souvent en flattant notre cerveau jacobin et centralisateur : cela serait la responsabilité des pouvoirs publics que de donner les moyens d'opter pour une demarche innovante. En favorisant par exemple son département R&D, cette équipe mystérieuse qui aurait des idées neuves sur tout. Il suffirait alors de créer de nouveaux produits ou services et de les commercialiser pour atteindre un succès immédiat ; "over the night" disent les américains. Ces nouveaux produits seraient pour plusieurs années, voir plusieurs décennies des succès commerciaux assurant alors des centaines d'emplois autour de l'innovation ainsi créée.

Bref, essayons tous de faire changer cet état d'esprit trop ancien. Les temps ont changé.

Laurent
Gengis
- 30/01/2013 - 12:37
Du génie français ...
En effet, il aura tant été dit et répété que le Français innove, crée et qu'ensuite la distribution lui échappe, comme la toile d'un peintre qui serait acheté trois sous pour se retrouver en fond de quelque panneau publicitaire ...
Il faut de tout en économie, mais enfin ! il s'agit et d'encourager (du moins de ne pas décourager) l'esprit de créativité, d'inventivité si français (le système "D" aussi !), puis d'avoir les atouts pour éviter que le relais (la mise sur marché) ne soit au bénéfice de là-bas ou d'ailleurs qu'en... France !
...
Je crois qu'il est impératif :
1- Changement d'une culture française si inconsciemment collective qui fait la moue au mieux face à l'enthousiasme du succès ;
2- Un pouvoir publique qui n'entrave pas cet enthousiasme ;
3- Un pouvoir privé, banques, investissements, qui comprenne que le risque sain est celui du financement et non celui de la finance.
...
Ainsi, on avancera. On applaudira bien un jour une success-story dans notre beau pays, n'est-ce pas ?