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Ce qui a changé la donne, c'est la découverte de l'installation de l'islam en France.
Mise à mort ?
Mise en place d’un observatoire : trop de laïcité finira-t-il par tuer la laïcité ?
Publié le 11 décembre 2012
Le président Hollande a annoncé ce weekend la création d’un observatoire de la laïcité sur la base d’un projet datant de la présidence Chirac. Il aura comme missions de constater l’état de la laïcité, de prévenir certains conflits, de préparer l’inscription de la loi de 1905 dans la constitution ainsi que de faire des propositions quant à la transmission de la morale laïque à l’école.
Eric Deschavanne est professeur de philosophie.A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxièmehumanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina...
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Eric Deschavanne est professeur de philosophie.A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxièmehumanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina...
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Le président Hollande a annoncé ce weekend la création d’un observatoire de la laïcité sur la base d’un projet datant de la présidence Chirac. Il aura comme missions de constater l’état de la laïcité, de prévenir certains conflits, de préparer l’inscription de la loi de 1905 dans la constitution ainsi que de faire des propositions quant à la transmission de la morale laïque à l’école.

Atlantico : Les divers partis politiques sans exception brandissent la laïcité comme un étendard à la moindre occasion. Quel sens ce mot recouvre-t-il encore aujourd'hui ?

Eric Deschavanne : Il faut distinguer trois niveaux de signification. La laïcité peut d'abord désigner la dimension la plus profonde de la civilisation européenne moderne, à savoir le basculement du monde de l'hétéronomie religieuse (Dieu est la source de la loi) vers celui de l'autonomie démocratique (dans lequel l'homme fabrique lui-même ses lois). Ce n'est du reste pas seulement la politique mais la culture dans toutes ses dimensions qui nous apparaît comme étant de part en part l’œuvre du génie humain.

Sur le plan de la philosophie politique, la laïcité désigne plus spécifiquement le principe de séparation du politique et du religieux. Ce principe libéral conduit à prohiber à la fois l'instrumentalisation de l’État par une religion et l'instrumentalisation d'une religion par l’État. Il garantit la coexistence pacifique des religions et leur épanouissement dans la sphère de la société civile. Comme l'illustre la démocratie américaine depuis deux siècles, une société peut à cet égard être à la fois très religieuse et néanmoins laïque.

Le troisième niveau est celui du sens que revêt la notion de laïcité en France, où l'exigence de neutralisation de l'espace public est plus affirmée. La laïcité en vient à être confondue avec la loi de 1905, laquelle stipule que la République ne reconnaît ni ne finance aucun culte. Il s'agit d'une concrétisation particulière du principe de séparation du politique et du religieux qui est liée au conflit qui a opposé l’Église catholique et l'idée républicaine depuis la Révolution Française.

Inscrire la loi de séparation de l’Église et de l’État dans la constitution, "prévenir certains conflits", pourquoi la France a-t-elle si peur de ses religions ? Bien que François Hollande s’en défende, faire respecter une charte de la laïcité ne ressemble-t-il pas l’application d’un dogme d’un nouveau genre ?

La gauche, pour des raisons historiques, porte l'idéal de la laïcité. Son dernier grand combat mené contre l’Église au nom de la laïcité  - le projet, en 1981, d'unifier l'école libre et l'école publique – fut toutefois perdu.  Cet échec a signé la fin d'un conflit séculaire et l'avènement d'un consensus sur les compromis qui étaient le fruit de cette histoire. La laïcité semblait alors ne plus devoir constituer un enjeu politique.

Ce qui a changé la donne, c'est la découverte de l'installation de l'islam en France. La France n'a pas peur des religions, elle a peur de l'islam ! L'islam pose deux problèmes à la République : celui de l'adaptation aux mœurs d'une société laïque et celui du financement de ses lieux de cultes. La réponse politique oscille entre deux pôles - la « laïcité positive » que voulait promouvoir Nicolas Sarkozy, et  ce l'on pourrait appeler la « laïcité identitaire » à la mode Marine Le Pen. Lorsqu'il s'efforçait de négocier avec les musulmans, Nicolas Sarkozy (qui s'était en 2003 prononcé contre le projet de loi visant à prohiber les signes religieux ostentatoires à l'école) entendait également réformer la loi de 1905 afin de faciliter le financement public des mosquées et la mise en place d'un islam de France. La « laïcité identitaire » se caractérise à l'opposé par la défense sourcilleuse de l'interdit du financement public des cultes et par la volonté de prohiber les signes religieux dans l'espace public. La crainte exacerbée du communautarisme conduit à une radicalisation antilibérale du discours sur la laïcité.

La gauche oscille entre ces deux pôles : elle occupe une position inconfortable car contradictoire. D'un côté elle se veut dépositaire de la tradition laïque, dont elle a fait un fer de lance dans le feu de l'action antisarkozyste. D'un autre côté, elle incline volontiers, de par sa volonté de combattre l'islamophobie, vers une conception ouverte et libérale de la laïcité, c'est-à-dire vers cette « laïcité positive » tant honnie quand elle avait comme défenseur Nicolas Sarkozy.

La proposition de constitutionnaliser la loi de 1905 – démagogique et absurde – s'inscrivait tout à fait dans la ligne de la laïcité identitaire.  Elle ne se concrétisera probablement pas. Cette proposition était en effet triplement stupide : d'abord parce que la loi de 1905 n'est pas assimilable au principe intangible de la séparation du religieux et du politique, dont elle ne fait qu'organiser la mise en œuvre d'une manière spécifique, discutable et négociable ; ensuite, parce qu'il faudrait du même coup constitutionnaliser l'exception que représente le concordat  d'Alsace et de Moselle, ce qui constituerait le comble de l'absurde ; enfin, parce qu'il est contradictoire, et donc également contre-productif, de transformer la constitution en joujou électoral - le marbre dans lequel on prétend graver les principes s'avérant ainsi n'être qu'un chiffon de papier que la première nouvelle majorité venue peut se permettre de jeter à la poubelle.

L’une des missions de cet observatoire est la création d’une morale laïque. Celle-ci a-t-elle du sens dans un pays qui tire historiquement l’essentiel de ses valeurs morales du catholicisme ?

Le concept de morale laïque fait référence au projet des pères fondateurs de la République française, lesquels ne pouvaient consentir, en un temps où, rappelons-le, l'Église était hostile à la démocratie, de lui abandonner le terrain de l'éducation morale des enfants. L'idée  d'un Jules Ferry n'était cependant pas tant d'opposer la morale laïque à la morale catholique que de promouvoir une « morale commune » - c'est-à-dire en fait une morale chrétienne laïcisée, dont les principes seraient justifiés par la raison et non plus fondés sur une théologie.

On peut se demander s'il est aujourd'hui pertinent de ranimer un tel projet. Les leçons de morale laïque type troisième république font rétrospectivement sourire par leur caractère naïvement dogmatique et édifiant. Gageons que les concepteurs de la nouvelle morale laïque voudront s'épargner ce ridicule. Nous aurons donc sans doute droit à quelques considérations fumeuses sur l'esprit critique et, sur le versant objectif, à des contenus d'éducation civique sans attrait.  Ce qui pourrait être intéressant, ce serait de promouvoir le pluralisme en invitant des représentants des différentes religions à confronter leurs points de vue sur les questions morales. Mais il est fort peu probable qu'une telle conception puisse avoir l'aval de la gauche laïcarde.

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Michel THYS
- 12/12/2012 - 10:25
Liberté de conscience ?
@ Carcajou :
Selon moi, la liberté de conscience et la liberté de religion, bien que constitutionnelles, ne sont que symboliques, pas effectives. Elles ne sont pas innées. Elles s'acquièrent.
Exemple extrême, a contrario : un musulman, même de chez nous, risque gros s'il ose révéler son apostasie. Il ne bénéficie pas de l'article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 ... ("Toute personne a droit à la liberté de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction". C'est intolérable, à mes yeux.
Michel THYS
- 12/12/2012 - 10:17
L'irrationalité atavique de l'être humain ...
« Interdire les religions », aussi dogmatiques soient-elles, est évidemment impossible (on a vu l'échec de l'URSS, et le regain de l'orthodoxie ensuite !). Et pour cause :
Michel de PRACONTAL écrit dans « L'imposture scientifique en dix leçons » (2005), page 141 : « La pensée magique n'a jamais disparu de nos cultures supposées modernes et rationnelles, probablement parce qu'il s'agit d'un mode de raisonnement inhérent à la condition humaine. La pensée dite rationnelle n'a rien de naturel, c'est une construction, une ascèse, un exercice qui demande un travail continuel. L'éternel « retour de l'irrationnel » n'est en fait que la manifestation récurrente d'une forme de pensée qui ne nous a jamais quittés ». 
Il faudra donc encore de nombreuses générations avant que la croyance religieuse ne devienne minoritaire au niveau mondial
http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html
Michel THYS
- 12/12/2012 - 10:14
L'irrationalité atavique de l'être humain ...
@ Einstein 42 :
Depuis quelques dizaines d'années, du moins dans la plupart des pays intellectualisés, la religiosité est en chute libre (sauf celle des musulmans). D'abord parce qu'aucun « Dieu » ou « Allah » n'a jamais donné le moindre indice concret et objectif de sa présence réelle (leur existence apparaît donc comme subjective, imaginaire et donc illusoire), et ensuite parce l'aspiration à l'autonomie et à la responsabilité individuelle est plus forte que l'incitation religieuse à la soumission.
Sous nos latitudes, les églises sont désertes, sauf aux enterrements et à la Noël.
Mais toutes les religions(sauf l'islam) réagissent par des tentatives de reconfessionnalisation des consciences, de réinvestissement de l'espace public, notamment médiatique, et par une recléricalisation de la politique, notamment européenne.
(à suivre).