En direct
Best of
Best of du 30 novembre au 6 décembre
En direct
Flash-actu
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Une grande majorité de l’opinion croit encore que la France est riche et puissante, alors qu‘elle est complètement fauchée !

02.

Affaire d’espionnage russe en Haute Savoie, qui manipule qui ?

03.

Quand les masques tombent : et Greta Thunberg assuma au grand jour la réalité de son idéologie

04.

Entrepreneurs : Tous en grève !! Petite leçon de chose aux Français qui soutiennent le mouvement

05.

Grève du 5 décembre : COUP DE STUPÉFACTION !

06.

Yann-Arthus Bertrand prépare son décès ! Il a chez lui un "cercueil biodégradable". Son corps l'est également

07.

Retraites : cette spirale infernale qui risque de plomber aussi bien le gouvernement que les syndicats

01.

La mystérieuse disparition du maire de Kiev...

01.

Quand les masques tombent : et Greta Thunberg assuma au grand jour la réalité de son idéologie

02.

Grève du 5 décembre : COUP DE STUPÉFACTION !

03.

Une grande majorité de l’opinion croit encore que la France est riche et puissante, alors qu‘elle est complètement fauchée !

04.

PISA : l’école primaire, cette machine à fabriquer de l’échec

05.

Retraite : la grève va tuer le projet du gouvernement mais faire la fortune des plans d’épargne par capitalisation

06.

Pourquoi les seniors doivent absolument se préoccuper d’ingérer suffisamment de vitamine K

01.

Une grande majorité de l’opinion croit encore que la France est riche et puissante, alors qu‘elle est complètement fauchée !

02.

Quand les masques tombent : et Greta Thunberg assuma au grand jour la réalité de son idéologie

03.

Réchauffement climatique : respect des engagements ou pas, les températures pourraient grimper de 3°C d'ici la fin du siècle

04.

Abus de droit ? Le CSA de plus en plus contestable

05.

Egalité (mais juste pour moi) ! Les Français sont-ils les pires tartuffes qui soient en matière d’aspiration à la justice sociale ?

06.

Grève du 5 décembre : COUP DE STUPÉFACTION !

ça vient d'être publié
pépites > Social
Syndicats vs gouvernement
"Mardi noir" à la veille de la présentation du projet de réformes des retraites
il y a 37 min 32 sec
décryptage > Social
Sauver les retraites, oui. Mais lesquelles…?

Mais qui croit encore que la France dispose du meilleur système de retraites au monde ?

il y a 1 heure 51 min
décryptage > Science
Parker Solar Probe

Jamais une mission spatiale ne s’était autant approchée du soleil. Voilà ce que la Nasa en a appris

il y a 3 heures 3 min
décryptage > Religion
Allah, des sous !

Imam, c'est pas un métier... Et c'est bien pour ça qu'ils sont si rares

il y a 3 heures 33 min
décryptage > Economie
Vers des guerres commerciales sans issue ?

OMC : le système d’arbitrage des conflits commerciaux poussé à la panne sèche par les Etats-Unis

il y a 3 heures 52 min
décryptage > Environnement
Fibre sociale

Grève du 5 décembre : le conflit social sur les retraites place écolos & décroissants au pied de leurs 1001 contradictions

il y a 4 heures 16 min
Rien que ça !
Chicha, piscine gonflable et système "chromecast" : les objets improbables dont disposait un détenu dans sa cellule de prison
il y a 21 heures 22 min
décryptage > Culture
Atlanti-culture

"Le chant du périnée" : Une conférence musicale pianotée par André Manoukian

il y a 23 heures 52 min
décryptage > Culture
Atlanti-culture

"La fin de l’individu ; voyage d’un philosophe au pays de l’intelligence artificielle" de Gaspard Keonig : Bientôt la naissance d’une intelligence égale à celle de l’Homme ?

il y a 23 heures 58 min
light > Media
Franche rigolade
Johson, Trudeau et Macron se moquant de Trump à l'Otan : SNL recrée la vidéo et parodie les trois chefs d'Etat
il y a 1 jour 22 min
décryptage > International
CCG

Sables mouvants dans le Golfe : le dernier sursaut du Roi Salmane pour la paix

il y a 1 heure 29 min
décryptage > Environnement
Convergences

Retraites : l’heure de la divagation des luttes a sonné

il y a 2 heures 12 min
décryptage > Economie
Complexité

Fraude massive à la TVA dans le e-commerce : pourquoi il est urgent de simplifier notre système fiscal

il y a 3 heures 18 min
décryptage > France
SOS productivité

L’efficacité des organisations : grande oubliée de la réflexion en matière de politiques publiques et privées

il y a 3 heures 43 min
décryptage > Social
Atlantico Business

Retraite : les partenaires sociaux ont négocié pendant 18 mois sans interruption pour en arriver aujourd’hui à exiger de tout remettre à plat. Mais qu’ont-ils fait pendant tout ce temps ?

il y a 4 heures 8 min
décryptage > France
Perdant perdant

Retraites : cette spirale infernale qui risque de plomber aussi bien le gouvernement que les syndicats

il y a 4 heures 31 min
pépites > Economie
Fraude
E-commerce : Fraude à la TVA massive découverte par Bercy
il y a 21 heures 51 min
décryptage > Economie
LES ENTREPRENEURS PARLENT AUX FRANÇAIS

Entrepreneurs : Tous en grève !! Petite leçon de chose aux Français qui soutiennent le mouvement

il y a 23 heures 58 min
décryptage > Culture
Atlanti-culture

Théâtre : "Berlin 33" de Sébastien Haffner : Seul (en scène et dans la salle) face à Hitler

il y a 1 jour 4 min
pépites > Politique
Oupsi
Retraites : Jean-Paul Delevoye avait oublié de faire état de ses liens étroits avec le monde de l'assurance
il y a 1 jour 1 heure
© Reuters
La loi sur le mariage pour tous continue de créer la polémique en France.
© Reuters
La loi sur le mariage pour tous continue de créer la polémique en France.
Du berger à la bergère

Réponse à Roland Hureaux : les sept chantages des adversaires du mariage homosexuel

Publié le 09 décembre 2012
L'universitaire Roland Hureaux pointait du doigt les "sept chantages inacceptables" des partisans du mariage homosexuel dans un article publié le mois dernier sur Atlantico. Le philosophe Eric Deschavanne a décidé de faire le même exercice, mais dans le sens inverse.
Eric Deschavanne est professeur de philosophie.A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxièmehumanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Eric Deschavanne
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Eric Deschavanne est professeur de philosophie.A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxièmehumanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
L'universitaire Roland Hureaux pointait du doigt les "sept chantages inacceptables" des partisans du mariage homosexuel dans un article publié le mois dernier sur Atlantico. Le philosophe Eric Deschavanne a décidé de faire le même exercice, mais dans le sens inverse.

J'ai lu avec intérêt sur le site Atlantico l'article de Roland Hureaux, "les sept chantages inacceptables des partisans du 'mariage' unisexe". L'auteur y présente de manière à la fois panoramique et critique les arguments dont usent les partisans du mariage homosexuel : cependant, en dénonçant le "terrorisme intellectuel" auquel ceux-ci se livreraient, il se place dans la fâcheuse posture de l'autocontradiction ; son réquisitoire revêt en effet lui-même la forme d'un "chantage au chantage", inacceptable dans la mesure où il vise à disqualifier a priori d'éventuels contradicteurs. Or, si le chantage à l'homophobie est assurément condamnable, la liberté, l'égalité, la laïcité et l'amour sont en revanche des arguments recevables, même si, bien entendu, ils peuvent et doivent être discutés. A des fins pédagogiques (afin de montrer que le procédé est aisément réversible) je voudrais à mon tour dénoncer "les sept chantages des adversaires du mariage pour tous". L'accusation n'est bien sûr pas à prendre au pied de la lettre : par-delà la recherche purement formelle de symétrie, mon objectif est simplement de pointer les faiblesses de l'argumentation des "antis" au regard des critères d'un humanisme libéral.

Perte des repères et négation du droit naturel : le chantage à la décadence

Que n'a-t-on pas entendu !? En rompant avec la conception multiséculaire du mariage et de la filiation, la réforme du mariage pour tous, véritable "aberration anthropologique", conduirait inéluctablement à la perte des repères, à la décadence, à l'effondrement de la civilisation, voire, si l'on en croit Serge Dassault, à l'extinction de l'espèce humaine. Pour les plus tempérés, c'est "l'ordre symbolique" qui est subverti, la réforme du mariage et de la filiation constituant à leurs yeux une révolution langagière : il n'y aura plus, nous annonce-t-on, ni maris ni femmes, ni pères ni mères ; la dimension structurante de la différence sexuelle sur le psychisme humain serait ainsi vouée à disparaître.

Ce catastrophisme a pour arrière-plan philosophique une certaine conception du "droit naturel". L'idée est que le droit a une dimension objective en tant qu'il s'ajuste à une nature humaine intangible. En l'occurrence, on rappelle que la famille est une communauté naturelle, une organisation structurée par la différence des sexes et la différence des générations : une famille, c'est un père, une mère et des enfants. Or, dans cette perspective, ce qui est doit être : une famille c'est, et donc ce doit toujours nécessairement être, un père, une mère et des enfants. La nature et la tradition sont nos codes, et la volonté humaine, fut-elle démocratique, n'y peut rien.

La réforme, on l'a suffisamment répété, ne concerne pourtant qu'une minorité, et même une minorité dans la minorité : les homosexuels qui souhaiteront se marier, ceux qui voudront et pourront avoir des enfants demeureront sans doute une poussière dans les statistiques. Qu'importe au regard des adversaires de la réforme, cette poussière menacerait l'ordre du monde ! L'argument du bon sens est à l'évidence réversible : après que la loi sera votée, l'hétérosexualité restera la norme, l'altérité sexuelle subsistera, la quasi-totalité des enfants auront toujours leur père, leur mère et leurs repères. L'égalité abstraite n'abolit que les différences de droits, non les différences réelles.

La dénonciation de l'égalitarisme et de la bienpensance : le chantage à l'idéologie

Le mariage homosexuel étant "contre-nature", sa promotion est une démarche insensée - "hybris" (démesure) auraient dit les Grecs, orgueil de la créature, considéreront les croyants. Comment expliquer une telle folie, un artifice aussi délirant ? Qu'est-ce qui peut rendre à ce point aveugle à la nature humaine authentique ? Pour être favorable au mariage pour tous, il faut nécessairement, selon ses adversaires, être en proie à un délire idéologique. L'origine de cette pathologie ? Elle est identifiée depuis deux siècles, c'est-à-dire depuis que la révolution des droits de l'homme est venu perturber "l'ordre naturel" (politique et familial) dont l'Eglise s'est voulue le garant. Il s'agit de cette funeste idéologie de la liberté et de l'égalité qui a conduit à instaurer la démocratie et la laïcité, à autoriser le mariage d'amour et le divorce, puis à ôter à l'homme son statut de chef naturel de la famille - l'égalité entre l'homme et la femme devant inéluctablement aboutir à la négation de la différence des sexes et au triomphe de la "théorie du genre".

C'est cette idéologie "droitdelhommiste" bienpensante, individualiste et égalitariste qui a subverti le droit naturel hérité d'Aristote et de Thomas d'Aquin ; c'est elle qui, depuis quelques décennies, met à mal la conception multiséculaire de la famille et du mariage. Fort heureusement, il existe quelques pôles de résistance hors de l'Occident décadent - dans le monde musulman par exemple, où l'on ne cède pas au chantage idéologique et où l'on sait encore que la complémentarité naturelle de l'homme et de la femme doit prévaloir sur l'égalité indifférenciée.

L'argument de "la pente glissante" : le chantage au relativisme

Si l'on donne aux homosexuels l'accès au mariage, pourquoi ne reconnaîtrions-nous pas demain le mariage incestueux, la polygamie ou la polyandrie ? C'est l'argument bien connu de la "pente glissante", sorte de chantage au relativisme généralisé : si vous ne voulez pas que le pire arrive, évitez surtout de mettre le doigt dans l'engrenage de la réforme !

Si le mariage est une affaire d'amour et de liberté, que répondre au père qui demande sa fille en mariage ou au monsieur qui voudrait que la loi française reconnaisse sa seconde femme (dans la mesure bien entendu où les dames sont consentantes) ? A ceux qui objectent qu'il n'existe pas de revendications en ce sens dans l'espace public on fera observer que la polygamie est en France une réalité, si bien qu'une demande de reconnaissance légale (au nom du multiculturalisme ou d'une conception libérale de la laïcité) ne paraît pas inconcevable. Que pourrait-on lui opposer s'il fallait toujours que le droit s'ajustât sur les mœurs ?

Que les adversaires du mariage pour tous se rassurent, le droit démocratique est lui aussi par essence normatif : il n'a pas vocation à légitimer toutes les pratiques existantes. Il n'est pas anormal en revanche qu'il reflète les mœurs démocratiques, lesquelles cristallisent les valeurs communes. L'inceste n'est pas compatible avec notre conception de la protection de l'enfance ; la polygamie est une pratique archaïque provenant de cultures où l'égalité entre l'homme et la femme n'est pas reconnue. On observe par ailleurs que le lien familial, y compris lorsqu'il se construit hors mariage, continue de s'organiser en prenant pour fondement le couple amoureux. Rien n'empêcherait pourtant la formation de familles fondées sur un polyamour égalitaire durable : force est cependant de constater qu'il existe une autorégulation de la société civile, laquelle n'a besoin ni de l'Etat ni de l'Eglise pour se garder de sombrer dans le relativisme.

L'institution du mariage contre l'amour : le chantage à la famille

Les partisans du mariage pour tous seraient des benêts, des bisounours. Pensez donc : ils s'imaginent que le mariage a un quelconque rapport avec l'amour ! Pis : le mariage constituerait à leurs yeux la consécration de l'amour ! Quelle naïveté, si caractéristique du sentimentalisme de nos sociétés féminisées ! Le mal, du reste, est ancien : déjà dans les pièces de Molière les jeunes gens revendiquaient le droit de se marier par amour; il n'a cessé depuis d'empirer, la faute à Rousseau, au romantisme et au cinéma hollywoodien.

Or, explique-t-on, le mariage est une institution. L'amour est enfant de bohème ; il est capricieux par essence, tandis que la famille requiert la stabilité. Il n'y a pas de mariage fondé sur l'amour ni de famille en dehors du mariage ; l'Etat, garant de l'intérêt général, a pour devoir de protéger cette "cellule de base" sans laquelle la reproduction de la société ne serait pas assurée. Il lui faut pour cela prévenir les dérèglements du désir, veiller au respect des contrats et au bon gouvernement des familles, assurer la filiation et organiser les successions. CQFD.

L'argument n'est pas dépourvu de fondement : la dimension institutionnelle du droit de la famille est en effet incontournable. La question qui se pose depuis quelques décennies est cependant de savoir s'il faut - et dans quelle mesure - prendre en considération l'évolution des mœurs, ou s'il faut au contraire plier celles-ci aux exigences du Code Napoléon. Si les progressistes jacobins s'imaginent volontiers que la loi peut transformer les mœurs, les conservateurs autoritaires sont victimes de l'illusion symétrique et inverse selon laquelle le droit pourrait contrarier leur évolution. Or, si l'opinion publique voit aujourd'hui dans le mariage la consécration de l'amour, cela tient notamment au fait que plus de la moitié des enfants naissent hors mariage : c'est désormais l'enfant, et non plus le mariage, qui fait la famille. L'Etat a toujours pour vocation de conforter le lien familial : simplement, cela ne passe plus par la défense de "l'institution du mariage", mais par des réformes du droit de la famille qui permettent de garantir à tous la reconnaissance et la pérennité de ce lien - sans qu'il faille pour autant transiger avec les valeurs communes (la liberté et l'égalité, bien entendu, mais aussi l'intérêt de l'enfant, la prohibition de l'inceste, l'amour, la forme "couple").

"Droit de l'enfant" versus "droit à l'enfant" : le chantage à la protection de l'enfance

Parmi les valeurs communes que le droit de la famille se doit de préserver, il y a bien entendu la protection de l'enfance. Oubliant soudainement que dans le cadre de la conception "multiséculaire" de l'institution du mariage, l'enfant était principalement considéré comme un moyen d'assurer la perpétuation de la famille, les adversaires du mariage pour tous s'engagent sur le terrain "bienpensant" des droits subjectifs. Ils opposent, comme au temps des révoltes contre le divorce et l'avortement, le "droit de l'enfant" à la revendication égoïste et narcissique des méchants adultes. Le désir d'enfant (celui des autres bien sûr) devient à leurs yeux aussi suspect que l'amour ; déversant leur trop-plein de charité, ils manifestent un souci obsessionnel du bonheur des enfants d'autrui, exigeant au nom du principe de précaution que l'Etat empêche la réalisation des projets parentaux des couples pas comme il faut.

Si l'on entend par "droit" une créance de l'individu sur l'Etat, il est évident qu'il n'existe pas de "droit à l'enfant" : l'Etat n'a pas l'obligation de fournir un enfant à qui en manque. En revanche, la liberté de fonder une famille est un droit fondamental. Elle se traduit par la liberté de procréer, mais aussi par la possibilité de formuler un demande d'adoption (droit aujourd'hui garanti en France aux homosexuels célibataires). S'il existe des raisons universalisables d'interdire le recours à la PMA (procréation médicalement assistée) ou à la GPA (gestation pour autrui), il faut les expliciter et poser un interdit valable pour tous les couples. Si, en revanche, on juge licite l'un ou l'autre de ces moyens, il faut qu'il soit accessible à tous, abstraction faite de l'orientation sexuelle.

Pour quel motif légitime pourrait-on priver spécifiquement les couples homosexuels de la liberté de fonder une famille ? Invoquer l'intérêt de l'enfant (son bonheur, son équilibre) ne suffit pas ; si l'on voulait que le bonheur de l'enfant primât systématiquement sur la liberté de l'adulte de fonder une famille, il faudrait faire passer à tous les couples un permis de faire des enfants. Après tout, la totalité des criminels, pervers, tortionnaires, sadiques, psychopathes que la terre a jusqu'ici portée sont nés de parents hétérosexuels !

Conscients de la difficulté, les adversaires de l'homoparentalité préfèrent mettre en avant "le droit de l'enfant d'avoir un père et une mère". Curieux droit, en vérité, qui devrait logiquement conduire à la prohibition de l'accouchement sous x, à l'obligation faite à la mère de déclarer le père ainsi qu'à celle faite au père de reconnaître l'enfant. Soit un couple de lesbiennes formant le projet d'avoir un enfant en recourant à l'insémination artificielle avec donneur (IAD) : le droit de l'enfant d'avoir un père et une mère commanderait à l'Etat d'intervenir afin que le projet ne se réalise pas, et donc que l'enfant n'advienne jamais à l'existence ! Le droit de l'enfant, jusqu'à présent, se concevait comme droit à la protection et à l'éducation de l'enfant existant ; les adversaires du mariage pour tous ont inventé le droit de l'enfant à ne pas naître !

Quand les psys s'en mêlent : le chantage scientiste à la filiation

Théologiens et conservateurs de tous poils reçoivent le renfort d'éminents psychanalystes ou pédo-psychiatres dénonçant la menace que la loi ferait peser sur la "filiation". L'argumentation est trop complexe pour être résumée en quelques mots, mais il importe simplement ici d'en rappeler le principe. Selon la conception "multiséculaire" de la filiation, expliquent en substance les psys hostiles à l'homoparentalité, la filiation juridique qui institue le lien de parenté ne peut jamais être dissociée de la filiation biologique : soit elle la conforte, soit elle lui substitue, dans le cadre de l'adoption par exemple, la fiction d'une analogie ; le droit fait alors "comme si" l'enfant était né de l'union charnelle de ses parents adoptifs. L'important serait que le droit puisse alimenter de manière crédible la représentation par l'enfant des conditions de sa venue au monde (de la "scène originaire" dont il est issu).

Le droit de la filiation, c'est le cœur de l'argument, aurait pour fonction essentielle de permettre une saine structuration psychique de l'enfant. En escamotant les termes de "père" et de "mère", en concevant surtout la possibilité d'une filiation radicalement dissociée de la filiation biologique ou de sa représentation psychique, la réforme du mariage pour tous, indissociable de la reconnaissance de l'homoparentalité, priverait les enfants qui vivent dans un contexte homoparental (version minimaliste), voire l'ensemble des enfants (version maximaliste) des bienfaits psychiques du droit de la filiation.

Le "catastrophisme", apanage le plus souvent des dépositaires de traditions méfiantes à l'égard de la modernité, se trouve ainsi conforté, grâce aux psys, par l'autorité de la science. Certes, la psychanalyse n'est pas une science exacte et les psys sont divisés sur le sujet - sans que l'on sache bien si leurs différends s'expliquent par l'idéologie ou par des considérations véritablement scientifiques (susceptibles d'êtres invalidées par l'expérience). Il faut en outre souligner que l'autorité du discours des psys se fonde sur l'expérience de la "clinique", c'est-à-dire sur l'examen de cas pathologiques, ce qui introduit un biais dans le rapport au réel.

Sans se situer sur leur terrain, il est toutefois permis d'opposer aux arguments des psys hostiles à l'homoparentalité deux grandes objections. La première est une objection de principe : il n'est pas admissible de fonder le droit sur la science (c'est la définition même du scientisme) en instituant une "psychanalyse d'Etat". Le législateur sortirait de son domaine de compétence en entreprenant ainsi de trancher les différends scientifiques. Ajoutons qu'il faut aussi distinguer le droit et la morale. Les arguments des psys sont assurément sensés et dignes d'attention : la liberté de fonder une famille n'étant pas incompatible avec la réflexion et la responsabilité des individus, ils conservent, même si l'on ne peut s'en réclamer pour justifier une interdiction légale, leur valeur de mise en garde ou de conseils adressés aux couples homosexuels.

La deuxième objection porte sur le fond des choses. De manière conséquente, les défenseurs du droit de la filiation "classique" vont jusqu'à prétendre qu'il est préférable pour un enfant de n'avoir qu'un seul lien de filiation (un père ou une mère) plutôt que d'être rattaché à "deux pères" ou à "deux mères" - ce qui constituerait selon eux un mensonge nuisible au développement psychique de l'enfant. Il est difficile d'adhérer à cette vision de l'intérêt de l'enfant. Le droit de la filiation a sans doute des effets sur l'inconscient, mais il a avant tout pour fonction d'instituer un lien qui s'impose aux volontés individuelles en vue de protéger des intérêts objectifs. Lorsque le contexte homoparental existe (cela concerne des milliers d'enfants, adoptés ou issus d'une IAD), la transformation du lien qui unit l'enfant à son deuxième parent en lien de parenté assure de fait une meilleure protection de ses intérêts en cas de séparation du couple ou de décès du parent légal. Cette garantie est tangible, tandis que l'interprétation qui fait valoir les effets du droit sur l'inconscient de l'enfant est sujette à caution. Sur le terrain du symbolique, par ailleurs, on voit mal comment un droit de la filiation représentant à l'enfant que le lien l'unissant à ses deux parents est indissoluble - comme dans une famille ordinaire - pourrait ne pas être bénéfique.

La politisation du débat : le chantage à la "droite décomplexée"

La réforme du mariage pour tous n'est pas "socialiste", mais libérale. Si depuis deux siècles les réformes "sociétales" sont portées par la gauche, cela tient au fait que la droite demeure étroitement dépendante de la morale catholique. Les rares exceptions confirment la règle : sous Giscard, par exemple, la loi sur l'IVG fut votée avec l'appui de la gauche - la "droite décomplexée" de l'époque s'y étant violemment opposée en invectivant la malheureuse Simone Veil.

En raison de la déchristianisation à l’œuvre en France comme dans le reste de l'Europe, la droite se voit depuis quelques décennies condamnée à être sans cesse à la remorque de la gauche sur ce terrain : il lui faut valider en arrivant au pouvoir les réformes qu'elle contestait dans l'opposition. On peut affirmer qu'il en ira ainsi avec la réforme du mariage pour tous, et ce pour une raison évidente : si l'opinion publique apparaît partagée, il existe sur cette question une fracture générationnelle. Par-delà la politisation momentanée du débat et le souci de ne pas se couper de son électorat le plus conservateur - il est improbable que la droite prenne le risque de s'aliéner durablement les nouvelles générations, plus individualistes et indifférentes aux dogmes religieux.

Pour l'heure, la droite décomplexée s'engage à bannir toute forme de réflexion afin de promouvoir une forme d'opposition systématique et obtuse. Elle a raison sur un point : la droite humaniste souffre bien d'un complexe ; non pas devant la gauche, mais face à la tradition du conservatisme moral ; elle s'interdit ainsi de concilier les différentes dimensions du libéralisme. En l'absence d'une authentique liberté de réflexion sur les valeurs et les mœurs, la droite ne peut se constituer en force de proposition sur le terrain sociétal ; elle est vouée à osciller, erratique, entre un conservatisme d'opposition et un conservatisme de gouvernement - entre la défense crispée des dogmes catholiques et le ralliement aux solutions adoptées par la gauche.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Une grande majorité de l’opinion croit encore que la France est riche et puissante, alors qu‘elle est complètement fauchée !

02.

Affaire d’espionnage russe en Haute Savoie, qui manipule qui ?

03.

Quand les masques tombent : et Greta Thunberg assuma au grand jour la réalité de son idéologie

04.

Entrepreneurs : Tous en grève !! Petite leçon de chose aux Français qui soutiennent le mouvement

05.

Grève du 5 décembre : COUP DE STUPÉFACTION !

06.

Yann-Arthus Bertrand prépare son décès ! Il a chez lui un "cercueil biodégradable". Son corps l'est également

07.

Retraites : cette spirale infernale qui risque de plomber aussi bien le gouvernement que les syndicats

01.

La mystérieuse disparition du maire de Kiev...

01.

Quand les masques tombent : et Greta Thunberg assuma au grand jour la réalité de son idéologie

02.

Grève du 5 décembre : COUP DE STUPÉFACTION !

03.

Une grande majorité de l’opinion croit encore que la France est riche et puissante, alors qu‘elle est complètement fauchée !

04.

PISA : l’école primaire, cette machine à fabriquer de l’échec

05.

Retraite : la grève va tuer le projet du gouvernement mais faire la fortune des plans d’épargne par capitalisation

06.

Pourquoi les seniors doivent absolument se préoccuper d’ingérer suffisamment de vitamine K

01.

Une grande majorité de l’opinion croit encore que la France est riche et puissante, alors qu‘elle est complètement fauchée !

02.

Quand les masques tombent : et Greta Thunberg assuma au grand jour la réalité de son idéologie

03.

Réchauffement climatique : respect des engagements ou pas, les températures pourraient grimper de 3°C d'ici la fin du siècle

04.

Abus de droit ? Le CSA de plus en plus contestable

05.

Egalité (mais juste pour moi) ! Les Français sont-ils les pires tartuffes qui soient en matière d’aspiration à la justice sociale ?

06.

Grève du 5 décembre : COUP DE STUPÉFACTION !

Commentaires (140)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
VeLiVoS
- 13/12/2012 - 19:37
Concernant mes propos sur Hitler et votre raisonnement …
si un gars dit sur ce suite :
"les juifs sont des rapaces."
On peut comparer ses propos à ceux d'Hitler (& Voltaire) sans qu'il y ait de point Godwin.
 
Quand vous dites qu'"- Ouvrir le mariage et l'adoption aux couples¹ gay va ouvrir la société française, la rendre plus tolérante; bref cela va consolider le vivre ensemble".
Quand vous dites donc cela, en FORÇANT ceux qui se marient au civil parce ce qu'ils sont OBLIGÉS par leur mariage religieux et qui ne sont PAS DU TOUT D'ACCORD avec vous, je confirme donc, sans qu'il n'y ait de point Godwin, qu'Hitler n'aurait certainement pas renié vos propos, notamment pour vendre ses "jeunesses hitlériennes" aux parents allemands. Je ne pense pas qu'il leur aurait dit:
"Chers parents, je voudrais embrigader vos enfants.' mais plutôt "consolidons le vivre ensemble." Non ?
Démontrez-moi donc le contraire, au lieu de VOUS CACHER derrière le point Godwin. Vous vous en sortiriez grandi … et pas …☺
 
¹ : couple dans le dictionnaire, et en terme … de copulation, c'est un homme et une femme associés ☺. Le couple gay N'EXISTE que dans vos rêves.
VeLiVoS
- 13/12/2012 - 19:24
@trentenaire ► je ne perds pas mon sang-froid ☺
j'ai fait mienne cette citation "la vérité vous rendra libre" et donc je dis toujours ce que je pense.
 
► Combien de pédopsychiatres à l'Académie Française ?
En fait, vous confirmez ce que je clame depuis le début de ce projet de loi. J'ai peur que vous ayez des difficultés à comprendre mes propos, mais lançons-nous. Comme je l'ai déjà dit à ヒナゲシ adepte d'Occam, nous sommes en plein, avec ce projet de loi, dans la "querelle des universaux".
Ainsi, les mots sont travestis par certains afin d'atteindre leur but. Fi de la Vérité, ne compte à leurs yeux que leurs besoins, leur satisfaction personnelle. Certains parmi eux sont manipulés d'ailleurs parce qu'ils possèdent pas les mots (merci l'école de la république). je vous mets dans cette catégorie.
D'autres¹ les manipulent. Il y a donc les "idiots utiles" et ceux qui s'en servent ?
Un cheval pour tous ces gens peut devenir un chien pour LEUR cause. Les mots changent de sens à la carte, nous sommes dans le relativisme protestant.
En tout cas, merci pour la démonstration & cette fois-ci, c'est une VRAIE, UNE BELLE DÉMONSTRATION de votre part ☺
 
¹ : http://blogs.mediapart.fr/blog/alinejouygmailcom/251112/le-mariage-pour-tous
trentenaire-du-14
- 13/12/2012 - 18:37
@VeLiVoS; vous perdez votre sang-froid...
Et ce faisant vous contrevenez à la charte du site:
@VeLiVoSa écrit:
"st même à ça qu'on reconnait les cons paraît-il, donc c'est vous,@trentenaire---"
La charte d'Atlantico prohibe l'insulte, de plus, cela ne fait que montrer votre désarroi et votre manque de réflexion sur un sujet dont; manifestement vous ne maitrisez pas tous les tenants et aboutissants.
@VeLiVoSa écrit:
"vous dites que vous m'avez DÉMONTRÉ (???) que c'est la bonne définition (13/12/2012-07:42) ce que ne semble pas approuver … l'Académie Française, rien que ça."
Les définitions de l'académie évoluent au cours du temps: un mot peut évoluer et changer de sens... C'est pour cela que j'axe ma réflexion sur des études sociologique et les avis de pédopsychiatres.
@VeLiVoSa écrit:
"est un argument TOTALITARISTE, qu'Hitler n'aurait pas renié ‼"
Voici la définition du point godwin pour bien montrer que vous vous êtes grillé:
"Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1. » Dans un débat, atteindre le point Godwin revient à signifier à son interlocuteur qu'il vient de se discréditer en vérifiant la loi de Godwin."