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La sidérurgie a t-elle encore un avenir en France ?
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La production des hauts fourneaux de Florange est-elle vraiment stratégique pour la France ?

Publié le 28 novembre 2012
Arnaud Montebourg a annoncé qu'il travaillait à une "nationalisation transitoire" pour le site d'ArcelorMittal à Florange. Mais la sidérurgie a-t-elle encore un avenir en France et en Europe ?
Jean-Louis Levet est économiste.Son dernier livre est Réindustrialisation j'écris ton nom, (Fondation Jean Jaurès, mars 2012).Il est également l'auteur de Les Pratiques de l'Intelligence Economique : Dix cas d'entreprises paru chez Economica en 2008 et...
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Jean-Louis Levet est économiste.Son dernier livre est Réindustrialisation j'écris ton nom, (Fondation Jean Jaurès, mars 2012).Il est également l'auteur de Les Pratiques de l'Intelligence Economique : Dix cas d'entreprises paru chez Economica en 2008 et...
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Arnaud Montebourg a annoncé qu'il travaillait à une "nationalisation transitoire" pour le site d'ArcelorMittal à Florange. Mais la sidérurgie a-t-elle encore un avenir en France et en Europe ?

Atlantico : Face à la difficulté de retrouver un repreneur privé pour le site d'ArcelorMittal à Florange, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a annoncé qu'il travaillait à une "nationalisation transitoire". Mais les hauts-fourneaux du site sont-ils sur un positionnement stratégique pour la France ?

Jean-Louis Levet : la sidérurgie européenne connait, avec la crise depuis 2008, une chute conjoncturelle de sa production de l'ordre de 20% par rapport à la période faste des années 2004-2008. En particulier, il y a un ralentissement de ses débouchés dans la zone sud de l'Europe en grande difficulté et donc dans des secteurs  clients tels que le bâtiment et l'automobile; c'est moins le cas dans les pays d'Europe du Nord qui résistent mieux. la conjoncture est donc à l'origine de nombreuses fermetures de sites.

Le site de Florange est un site intégré continental par rapport aux sites intégrés côtiers que sont en France Fos-sur-Mer et Dunkerque, qui était condamné à fermer en 2012. Il s'agit aujourd'hui à la fois de réaliser des investissements de réfection importants; il possède cependant un aval de transformation et de revêtements (emballage, électrozinguage, galvanisation, peinture); enfin, des déficits de savoir-faire croissent, du fait d'un manque de renouvellement de la main-d'oeuvre depuis plusieurs années.

Son avenir, dans son cas, passe par une stratégie industrielle bas carbone, avec le projet d'implantation du recyclage des gaz de hauts fourneaux. C'est le projet dit Ulcos, sélectionné par la Commission européenne, dans une liste de projets destinés à donner un contenu au programme de soutien aux projets énergétiques européens en faveur du climat. Un projet à 600 millions d'euros, dans lequel le gouvernement français est prêt à mettre 150 millions d'euros. Le projet Ulcos est désormais en tête des projets sélectionnés par la Commission européenne et celle-ci devrait prendre une décision en principe courant du mois de décembre. Il est donc capital pour Florange de bénéficier d'un opérateur industriel capable de mener à bien ce projet et avec lui le développement du site de Florange.

La nationalisation, nécessairement provisoire, peut ainsi permettre de donner un peu plus de temps aux pouvoirs-publics pour trouve un industriel capable de promouvoir ce site dans cette perspective et dans le même temps de contribuer à faire évoluer la sidérurgie européenne vers le bas carbone, car demain, toutes les aciéries du monde chercheront à développer cette technologie permettant de réduire d'au moins de 50% l'émission de gaz par les hauts fourneaux.

 

La sidérurgie a t-elle encore un avenir en France et en Europe ? Si oui, sur quel positionnement ?

Oui; mais dans la perspective d'une sidérurgie bas carbone, comme nous venons de le souligner. Maintenir des capacités de production dans une optique durable est un enjeu majeur : le rythme et les lieux de mise en oeuvre des technologies bas carbone dans la sidérurgie mondiale. Ici, l'Europe a des atouts, une avance sur cette question du changement climatique. la sidérurgie européenne est déjà soumise aux quotas de CO2 pour sa production; il lui faut aussi faire face aux conséquences du durcissement des normes d'émission de leurs fournisseurs et de leurs clients (industrie automobile, BTP, etc).

L'Europe a aussi un autre atout nouveau : dans un environnement mondial très instable et avec des variations cycliques fortes, il est de plus en plus difficile de créer de nouvelles capacités de production d'acier comme cela s'est fait au cours des dernières années au Brésil ou en Chine par exemple, qui nécessitent de très lourds investissements dans la durée. Par exemple, s'il fallait faire Fos aujourd'hui, il faudrait mobiliser plus de 30 milliards d'euros. Il y a donc un intérêt à garder les capacités européennes déjà existantes.

De plus, l'euro par rapport au dollar se déprécie lentement depuis 2010, ce qui ne peut que favoriser l'exportation de l'acier européen dont la clientèle est trop centrée sur l'Europe et freiner les importations. N'oublions pas enfin que la balance commerciale européenne dans ce domaine demeure structurellement excédentaire. Et de l'acier, nous en avons besoin partout, dans notre vie quotidienne. Aussi, le danger aujourd'hui serait de prolonger des arrêts temporaires de sites de production : car une fois la demande repartie, il faut certes du capital pour remettre en route les équipements, mais il faut aussi - et cela prends plus de temps - une main-d'oeuvre formée et un réseau de sous-traitants compétents et compétitifs.

La structure économique française dans son ensemble arrive t-elle à la fin d'un cycle caractérisé par la disparition de secteurs entiers pour de nouveaux secteurs ?

Non, pour une raison très simple : il n' y a pas d'activités condamnées selon une loi divine qui s’appliquerait inexorablement, mais que des entreprises qui n'innovent pas assez. Une stratégie industrielle, aujourd'hui, consiste:

  • d'une part à accompagner la montée en gamme et la différenciation des activités matures. Ici l'enjeu de la qualité est décisif pour que l'appareil productif maintienne ses positions sur les segments de moyenne-haute technologie mature, qui constituent le gros des points forts commerciaux de la France: aéronautique, spatial, agroalimentaire, cosmétiques, nos réseaux de distribution (énergie, eau, télécommunications...), d'ingénierie dans le domaine du génie civil ou des "utilities", etc;
 
  • d'autre part, promouvoir l'innovation de rupture pour les activités à la frontière technologique. De nouvelles activités naissent dans des filières identifiées par tous comme la source des rênes technologiques de demain: les nanotechs, les biotechs, les technologies vertes, le numérique, etc. Ces changements majeurs permettent selon les cas une miniaturisation des objets, une résistance accrue aux chocs, une meilleure conductivité, un moindre impact environnemental.

A ces deux axes d'action, il convient de rajouter le défi de l'économie de la fonctionnalité, des usages, de nouveaux modèles économiques de la qualité qui restent la meilleure garantie d'une croissance durable et équilibrée. Il s’agit de répondre à un besoin, ce qui est attendu de la consommation d'un bien est la satisfaction d'un besoin fonctionnel, la résolution d'un problème. L'automobile en constitue une illustration: passer de la vente de voitures à la réponse d'un besoin majeur à terme de nos sociétés, celui de la mobilité.

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Rixsaou
- 29/11/2012 - 22:29
la raison de la fermeture du HF
le minerai utilisé depuis plus de 100 ans n'est pas de près bonne qualité.La fonte obtenue étant chargée en impuretées comme le soufre nécessite un traitement au convertisseur plus onéreux pour obtenir un acier de qualité.A Fos arrive du minerai de Mauritanie de bonne qualité a un prix de revient inférieur.Le haut fourneau de Florange n'étant pas compétitif-le choix de Mittal est vite fait !
ISABLEUE
- 29/11/2012 - 11:13
ACIER
Interressant
Mais on est en surplus d'acier en Europe.
Pourquoi vouloir à tout prix sauver Arcelor si on va dans le mur de toute façon ?
Le prix est bas. Plus personne n'en veut.
On doit attendre que les prix remontent à la hausse et la demande aussi ?
QUe faire de cet acier ???
brennec
- 29/11/2012 - 09:40
une balle dans le pied
Visiblement il n'y a pas de ruée des investisseurs pour reprendre Florange. En période de crise rien d'étonnant, il n'y a que nos socialistes pour s'imaginer pouvoir 'sauver' les emplois alors que la demande baisse de 20%. Quand au projet cité par l'auteur il bénéficie d'au moins trois handicaps majeurs: 1) il est piloté par l'UE dont la propension a la gabegie est bien connue 2) il est sous piloté par un état français qui s'efforce de rivaliser en gabegie avec l'UE 3) sa motivation n'est pas économique mais idéologique (ne soyons pas méchants, disons environnementaliste). Notre brave auteur est bien gentil mais les normes anti CO2 ne seront jamais appliquées dans les pays émergents, autrement dit les dites normes sont une balle qu'on se tire dans le pied et une machine a délocaliser. L'europe crache 10% du CO2 planétaire, y-a-t-il vraiment urgence? Nous sommes en avance dit-il, mais en avance pour quoi? Pour la désindustrialisation?