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Mauvaise note
Pourquoi c’est le gouvernement qui a perdu le triple A et pas l’économie française
Publié le 21 novembre 2012
Alors que le gouvernement blâme la conjoncture pour expliquer la dégradation de sa note souveraine par Moody's, l'agence explique que les problèmes de la France sont plutôt d’ordre structurel et pointe la faiblesse des réformes entreprises par le nouveau gouvernement.
Manuel Maleki est Docteur en Sciences Economiques à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.Il est spécialiste des questions de réformes. Il a travaillé à Londres dans une grande institution financière avant de rejoindre les équipes de la recherche...
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Manuel Maleki est Docteur en Sciences Economiques à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.Il est spécialiste des questions de réformes. Il a travaillé à Londres dans une grande institution financière avant de rejoindre les équipes de la recherche...
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Alors que le gouvernement blâme la conjoncture pour expliquer la dégradation de sa note souveraine par Moody's, l'agence explique que les problèmes de la France sont plutôt d’ordre structurel et pointe la faiblesse des réformes entreprises par le nouveau gouvernement.

Cette année le Père Noël est passé en avance pour le gouvernement. En effet, l’agence de notation financière Moody’s investors, qui évalue la capacité d’un emprunteur à rembourser ses dettes, a dégradé la France d’un cran lui faisant perdre son AAA. Ainsi, il n’y a plus que Fitch qui donne à la France la note maximale.

Les raisons avancées par Moody’s méritent que l’on s’y arrête. En effet, l’ambiance actuelle parmi les gouvernements de tout poil est : "c’est la faute à la conjoncture". Ainsi, sans les problèmes conjoncturels de l’économie (on peut y mettre les difficultés des pays du Sud de l’Europe, le ralentissement chinois, la faible croissance américaine, des tensions géopolitiques poussant le pétrole à la hausse etc.) tout irait bien et la France n’aurait aucun problème pour payer ses dettes. Et bien, Moody’s fonde la dégradation de la note française sur un tout autre constat : pour elle, les problèmes de la France sont plutôt d’ordre structurel et la crise actuelle n’est que le révélateur d’une bien piètre image. Pire encore, si l’on transforme la photo en film, le futur ne serait pas brillant.

Ainsi, Moody’s pointe du doigt la faiblesse des réformes entreprises par le nouveau gouvernement. L’agence juge celles-ci parcellaires, peu ambitieuses et pas très claires. Sur ce dernier point le gouvernement annonce un jour une décision favorable aux entreprises et puis le lendemain met en place une loi alourdissant les impôts pesant sur ces dernières. Ce flou stratégique amène un manque de visibilité qui pousse l’agence à s’interroger sur les intentions réelles du gouvernement. Alors, fidèle au principe de précaution qui se répand un peu partout, on ne laisse pas de place à la suspicion et on dégrade. En étant plus sévères, les agences de notation prêtent moins le flanc à la critique (impossible de les accuser de laxisme).

Un point encore plus inquiétant est que Moody’s ne croit pas que le gouvernement réussira à réformer. Elle n’y croit pas parce que les expériences françaises passées ont montré que tous les dirigeants qui ont essayé de réformer, par exemple, le marché du travail vers plus de souplesse, ont échoué devant la résistance de la population, des acteurs de la vie publique ou bien même des élus qui pour des raisons électoralistes n’ont pas eu le courage de pousser plus à fond les réformes. Voilà donc un bilan bien sombre qui ne s’appuie pas sur la mauvaise situation des pays voisins ou la crise de la dette. D’un point de vue conjoncturel, Moody’s doute fortement que le pays arrive à atteindre les prévisions de croissance du gouvernement en 2013 (0.8% pendant que le consensus tourne autour de 0.2%).

Face à ce constat mixant court terme et long terme, le gouvernement sort l’argument de : "c’est la faute à ceux d’avant", argument que tout dirigeant adore utiliser mais qui ne fait pas avancer le débat. Toutefois, une autre idée avancée est quant à elle bien plus intéressante car elle s’inscrit dans le futur ; il s’agit de l’idée d’horizon temporel.

En effet, François Hollande affirme qu’il faudra juger ses résultats à la fin de son quinquennat tandis que Moody’s et nombre d’investisseurs veulent des actions plus rapides. Ici, nous touchons à une vraie question fondamentale : faut-il agir vite ou faut-il prendre son temps ? La thérapie de choc est-elle plus efficace que l’approche gradualiste pour réformer ?

Ces deux conceptions ont été largement débattues à la chute du mur de Berlin concernant les anciens pays du bloc communiste : comment entrer dans l’économie de marché : pas à pas ou brutalement. Certains pays comme la Pologne ont choisi la deuxième méthode (thérapie de choc) tandis que d’autres ont préféré le gradualisme. 

Aujourd’hui nous retrouvons le même débat à propos des réformes en France. Ainsi, il semble que Moody’s pense que le gradualisme ne peut fonctionner en France et met en avant pour cela le peu d’entrain et de soutien de la part de la population, ainsi que les stratégies que les acteurs peuvent élaborer pour contourner les réformes mises en place petit à petit. En gros, le gradualisme est fatiguant et finit par amener les populations à rejeter toutes volontés de réformes car elles ont le sentiment d’être perpétuellement entrain de vivre des réformes. Dès lors, la solution appropriée serait de créer un choc pour jouer à chamboule tout. Toutefois, cette deuxième option se révèle dangereuse pour l’équilibre social d’un pays car elle met les populations à rude épreuve.

Nous assistons donc en ce moment à une vraie bataille de conception entre le gouvernement et nombre d’analystes comme Moody’s ou The Economist.

Maintenant, reste une troisième voie pour la France, c’est tout simplement qu’aucune de ces deux approches ne fonctionnent. Dans ce cas là, si vous êtes d’une nature pessimiste la conclusion qui s’impose est que tout cela va mal finir, si vous êtes d’une nature optimiste alors la conclusion est qu’il y a encore de l’espace pour que le génie français puisse s’exprimer et  créer une troisième voie. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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vangog
- 21/11/2012 - 23:36
Moodys juge mal la social-démagogie Française!
Comme il a jugé et dégradé les social-démagogies Grecques, Portuguaises, Espagnoles, Italiennes, mises en place par des gouvernements très irresponsables et qui ont fait le choix mortifere de la fonction publique, de l'assistance sans contrôle, de l'immigrationnisme a but électoral et de la désindustrialisation.
Seuls les pays qui ont une assise libérale s'en sortent: la majeure partie des pays Nordiques qui ont su dire non à la gangrène des fascistes rouges... Peut-être un début de solution pour la France plombée par le Socialisme! Mais n'est-il pas trop tard?
Moodys semble le penser, les prochaines dégradations devraient suivre rapidement....
guigou
- 21/11/2012 - 13:12
Des ultras-libéraux juges politiques ?
L'Angleterre est à terre, L'Allemagne ne s'en sort qu'en vendant à ses voisins, le sud de l'Europe a été ruiné par les libéraux...
Cette décénie de décadence conservatrice-libérale n'a pas suffit ?
Les idéologies ont la peau dure !
Ravidelacreche
- 21/11/2012 - 11:30
c’est le gouvernement qui a perdu le triple A
Ils sont étourdis dans ce gouvernement je vous dis pas !