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Les Français oublient quelque chose d’essentiel, le président a besoin d’un nombre suffisant de mandats électoraux.
Excuse my French...

Ces clichés qu’on nous ressort tous les 4 ans sur les Américains, la politique et leurs élections

Publié le 06 novembre 2012
Tour d'horizon des idées reçues que les Français conservent d'années en années sur l'élection présidentielle américaine.
Jacques Portes est professeur d'histoire nord-américaine à l'Université Paris 8. Parmi ses nombreux ouvrages sur l'histoire des Etats-Unis : Le Paradoxe américain (Le Cavalier Bleu, 2011), Buffalo Bill (Fayard, 2002), De la scène à l'...
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Jacques Portes et Marjorie Paillon
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Jacques Portes est professeur d'histoire nord-américaine à l'Université Paris 8. Parmi ses nombreux ouvrages sur l'histoire des Etats-Unis : Le Paradoxe américain (Le Cavalier Bleu, 2011), Buffalo Bill (Fayard, 2002), De la scène à l'...
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Tour d'horizon des idées reçues que les Français conservent d'années en années sur l'élection présidentielle américaine.

Ce ne sont pas les voix des électeurs qui comptent mais bien les mandats électoraux

Jacques Portes : Le président et le vice-président des États-Unis sont élus par un Collège électoral constitué des grands électeurs (electors) élus au suffrage universel dans chaque Etat. Il y a toujours une attention particulière autour des sondages de popularité mais les Français oublient quelque chose d’essentiel, le président a besoin d’un nombre suffisant de mandats électoraux. C’est une élection à deux degrés qui peut paraître archaïque mais c’est celle que les Américains ont choisie. En général, c’est le candidat le plus populaire qui gagne quand même. Mais le cas d’Al Gore et de George W. Bush en 2000 est assez symptomatique de ce cliché qui perdure, un candidat peut avoir moins de voix et être quand même élu.

Marjorie Paillon : L’expression « les Américains votent » est fausse. Ce sont les grands électeurs qui vont décider du sort du futur 45ème président des Etats-Unis. Tous les 4 ans, les médias français font beaucoup de pédagogie à ce sujet mais cela n’a pas l’air de prendre…

 

Les personnes issues des minorités ne votent pas toutes pour le candidat démocrate

Jacques Portes : Il est vrai qu’une majorité d’entre eux vont voter cette année pour Barack Obama. Il ne faut cependant pas oublier qu’à l’intérieur de ces minorités, beaucoup de noirs américains vont voter républicain (10 à 15%). C’est également le cas pour le vote latino – environ 20% d’entre eux seront derrière la cause républicaine. Du coté des candidats aussi, les minorités sont représentées dans le camp conservateur. Je pense notamment à Herman Cain, ex candidat afro américain à la primaire républicaine et propriétaire d’une grande chaîne de pizza, qui a connu son heure de gloire au début de la campagne.


Les Américains ne voteront pas seulement pour le président

Marjorie Paillon : Les électeurs ne se déplaceront pas pour élire seulement un président. Ils vont voter également pour des postes à la Chambre des représentants, au Sénat, des postes de gouverneur et même des référendums d’initiatives populaires, sur la légalisation de la marijuana par exemple. Le 6 novembre, on votera pour énormément de choses en même temps !

 

Le sort du président américain dépend énormément du Congrès

Jacques Portes : Même si Barack Obama est réélu, s’il a contre lui un Sénat et une Chambre des représentants républicains (ce qui reste peu probable dans l’état actuel des choses car le Sénat devrait rester démocrate), il serait alors un président totalement impuissant. Cela est d’ailleurs un petit peu le cas depuis 2010, le Congrès en majorité républicain a donné du fil à retordre au président Obama. Le président n’a aucun moyen d’action sur le Congrès.

Marjorie Paillon : Il est quasiment certain que les républicains vont garder la majorité à la Chambre des représentants mais il est peu probable qu’ils obtiennent la majorité au Sénat. Si Barack Obama est réélu, on sera toujours dans un scénario de blocage du côté de la Chambre et si Mitt Romney devient président le blocage se fera au Sénat. Le vrai enjeu, au-delà de ce 6 novembre, ce sont les midterms (élections de mi-mandat) de 2014. Comment le 45ème président des Etats-Unis va réussir à mener de front les réformes qu’il promet jusqu’en 2014 ? Quel que soit la perspective et l’issue de cette élection, nous allons vivre deux années très compliquées à Washington…

Le candidat républicain n’est pas forcément un imbécile

Jacques Portes : Les Français ont trop tendance à penser qu’il ne faut pas être un intellectuel pour être président des Etats-Unis. Quel que soit la tendance idéologique qu’on représente, personne n’arrive à ce niveau-là en étant un con fini. On a beaucoup ridiculisé Ronald Reagan à tort, George W. Bush n’était pas un imbécile et Mitt Romney est tout à fait compétent. Cela ne veut pas dire qu’ils soient forcément cultivés, c’est tout à fait autre chose…

Marjorie Paillon : Le candidat républicain n’est pas forcément l’idiot du village. Mitt Romney n’est pas né de la dernière pluie. Il est diplômé de Stanford, de Bringham et d’Harvard. La caricature qui est faite de lui dans une émission comme Les Guignols est loin d’etre la réalité. Il est montré comme un homme qui se trompe sur chaque mot. Certes il a fait des gaffes durant la campagne mais de là à le caricaturer comme un imbécile notoire, je ne franchirai pas ce pas. Il y a ici une certaine forme de snobisme à la française.

 

Barack Obama n’est ni le président du monde ni le Messie

Marjorie Paillon : Je me souviens de beaucoup d’articles pendant les midterms dans lesquels on découvrait que les deux premières années du mandat de Barack Obama n’étaient pas aussi prometteuses qu’escomptées. Les téléspectateurs francophones avaient du mal à comprendre qu’il existait autant de ressentiment envers le président Obama. L’Obamania perfusée à longueur de journée par les médias français (mais aussi américains) était une erreur fondamentale de jugement. Un candidat qui suscitait autant d’espoirs sur ses épaules ne peut que décevoir une fois à l’épreuve du pouvoir.

Barack Obama a été élu président des Etats-Unis et non pas du monde. Je vois aujourd’hui des sondages qui paraissent sur le vote des Français ou des Suédois à l’élection américaine, c’est tout à fait ridicule, ça lui fait surement une belle jambe ! Barack Obama protègera les intérêts américains avant toute chose. D’ailleurs, à moins de 24h du scrutin, le vote français lui ferait perdre plus de points qu’autre chose…

 

L’élection présidentielle américaine n’est pas un affrontement gauche-droite

Jacques Portes : Les partis aux Etats-Unis sont des regroupements de sensibilités différentes. On trouve chez les démocrates des gens de gauche, mais pas seulement. De la même manière que les républicains ne sont pas tous d’extrême droite. Cette impression est faussée notamment par le fait qu’on entend moins les modérés au sein du parti républicain. Le parti est devenu nettement conservateur. En face de cela, Barack Obama est devenu nécessairement de centre gauche. En d’autres termes, la droitisation du parti républicain pousse le président de plus en plus vers le centre.

Marjorie Paillon : Nous avons trop tendance à transposer le paysage politique français sur le paysage politique américain. On associe trop souvent le parti démocrate au Parti socialiste et le parti républicain à une frange droitière de l'UMP. En réalité, le parti démocrate est plus proche de l’UMP qu’autre chose. Il est difficile de classer le parti républicain car il englobe énormément de courants différents, particulièrement depuis les années Bush.

En 2008, Barack Obama était venu en France pendant la campagne présidentielle. Les dirigeants du Parti socialiste essayaient désespérément d’organiser une rencontre avec lui. C’est mal connaitre la politique américaine : jamais il n’aurait commis la faute de s’afficher publiquement avec un socialiste. De plus, les Français semblent trop souvent considérer le candidat républicain comme le diable en personne. Je trouve certaines prises de position du gouvernement français en faveur de Barack Obama hasardeuses, voire dangereuses. Comment allons-nous faire demain matin si on se réveille avec un Mitt Romney président ? Allons-nous l'ignorer lors des conférences internationales ?

 

L’argent des démocrates n’est pas forcément plus propre que celui des républicains et l’inflation des fonds de campagne n’est pas survenue du jour au lendemain

Marjorie Paillon : C’est un démocrate, Barack Obama, qui a refusé les financements publics en 2008 face à John McCain. En rejetant ces financements de campagne publics, il est évident que la campagne de Barack Obama laissait la voix à une inflation des fonds de campagne pour les échéances à venir. Les Super PACs (comités d’action politique) sont autorisés depuis 2010. Ils financent des campagnes de publicité contre tel ou tel candidat et attendent logiquement un retour sur investissement. Le cliché est de croire que cet « argent sale » n’existe que du côté républicain. C’est absolument faux, il y a également des Super PACs du côté démocrate qui attendent eux aussi un retour sur investissement.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

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xc
- 07/11/2012 - 07:52
"Tous les 4 ans, les médias français font beaucoup de pédagogie"
A propos des deux degrés de l'élection. C'est pour cela qu'ils répètent aujourd'hui "Obama réélu". Après avoir insisté tous ces derniers temps sur le % d'Américains se disposant à voter pour Obama ou Romney.
Titan75
- 06/11/2012 - 18:37
@ Mantiev
Aux USA toute personne qui a ne serait-ce que 1% de sang noir (j'exagère mais à peine, il faut que cela se voit) est considérée comme "colored", mot d'ailleurs aujourd'hui connoté négativement car utilisé du temps de la ségrégation raciale (les toilettes publiques étaient différentes pour les "colored" et pour les "whites", dans les États du Sud en tout cas, par exemple). Mais cela dit il est vrai que certains Noirs américains radicaux reprochent à Obama de ne pas être un vrai Noir américain, non pas parce qu'il est métis mais parce que il n'est pas un descendant d'esclaves (son père était Kenyan).
mantiev
- 06/11/2012 - 18:27
colored or not colored
Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi on parle d'Obama comme le 1er président noir et non pas comme le 1er président métis ?? Il est pourtant bien 50-50 puisque sa mère est blanche .Est-ce politique ou du pipeau pour le petit peuple ?