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Tutoiement ou vouvoiement : quelle attitude adopter au bureau ?
Publié le 02 novembre 2012
Autrefois, les choses étaient claires : un patron ça se vouvoie. Aujourd'hui les lignes sont plus floues et dans certains secteurs le tutoiement s'institutionnalise.
Dominique Picard est psycho-sociologue, professeur des universités. Elle a notamment écrit Pourquoi la politesse ? (aux éditions du Seuil), Politesse, savoir-vivre et relations sociales et Les conflits relationnels (chez Que sais-je ?). 
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Dominique Picard est psycho-sociologue, professeur des universités. Elle a notamment écrit Pourquoi la politesse ? (aux éditions du Seuil), Politesse, savoir-vivre et relations sociales et Les conflits relationnels (chez Que sais-je ?). 
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Autrefois, les choses étaient claires : un patron ça se vouvoie. Aujourd'hui les lignes sont plus floues et dans certains secteurs le tutoiement s'institutionnalise.

Cette interrogation qui semblait incongrue il y a peu, tant l’évidence du vouvoiement s’imposait, se pose de plus en plus souvent aux cadres d’aujourd’hui dans un univers professionnel où le vouvoiement recule.

Or cette question n’est pas anodine parce que le tu et le vous ne sont pas simplement des signaux linguistiques. Ils ont un sens et un usage qui diffèrent selon les cultures et s’ancrent profondément dans une tradition et une histoire. Et surtout, ils servent à signifier la nature d’une relation en l’inscrivant dans la proximité ou la distance, la parité ou la différence.

Un choix chargé de sens

Ainsi, dans notre culture, le tutoiement marque la proximité du lien (celle du sang en famille, des sentiments en amitié, des idées en politique, des corps en amour...) et la parité des niveaux : entre ados, entre collègues, entre membres d’un club... A l’inverse, le vouvoiement marque la distance : celle qu’on a vis-à-vis des gens que l’on connaît peu ou mal, ou qui appartiennent à des univers qui nous sont étrangers, ou dont la fonction engendre plus le respect que l’affection… Dans ces conditions, pas de doute : un patron, ça se vouvoie.

Eh bien ça n’est pas si simple. Peu à peu d’autres significations se sont accrochées au tutoiement, notamment par assimilation au tutoiement adolescent. Tutoyer, c’est être jeune, tourné vers l’avenir, dynamique, sans formalisme… Et ça n’est pas par hasard que les entreprises qui collent le plus à l’instantané et à l’éphémère, comme les médias ou la publicité, aient été parmi les premières à institutionnaliser le tutoiement. Par contraste, le vouvoiement peut apparaître comme la marque d’un certain formalisme mâtiné de pesanteur et d’immobilisme. Un patron que l’on tutoie, ça peut-être un plus pour l’image de l’entreprise.

Finalement, tutoyer ou vouvoyer son patron s’avère être une question particulièrement pertinente et positivement embarrassante : vouvoyer son patron, est-ce le respecter ou le ringardiser ? Le tutoyer, est-ce faire preuve de dynamique ou de familiarité ? Quelle est la meilleure attitude ?

Que choisir ?

Dans l’absolu, aucun des deux modèles n’est bon ou mauvais. Mais, selon les secteurs ou les  circonstances, l’un ou l’autre peut être jugé préférable ou plus adapté. Tutoyer un patron que l’on ne côtoie qu’occasionnellement ne se justifie pas vraiment. Et il peut être gênant de vouvoyer un supérieur hiérarchique qui s’engage quotidiennement dans une équipe dont les membres se tutoient. 

Il faut aussi rappeler que la problématique est relationnelle. La bonne attitude sera celle qui conviendra aux deux parties. On ne décrète pas le tutoiement : on le propose ou on l’autorise. Sans doute aussi est-il préférable de l’argumenter.

Si l’on désire instaurer un changement et passer du vous au tu, vouloir être dans l’air du temps ne suffit pas. Il convient de tenir compte de la culture de l’entreprise et du secteur d’activité : quelles en sont l’image et les valeurs ?  La demande y est-elle choquante ou recevable ?...

En principe, c’est au supérieur hiérarchique de proposer le tutoiement puisque c’est lui qui est responsable de l’image de son entreprise et de l’engagement de son équipe. Le faire à sa place pourrait signifier lui prendre sa place.

Tutoyer son patron n’est pas niveler les différences. La hiérarchie elle-même demeure. C’est la relation hiérarchique qui évolue en fonction des changements culturels et sociaux. Le tutoiement en est à la fois le marqueur et le vecteur. Il serait réducteur de le ramener à un simple phénomène de mode.

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jerem
- 02/11/2012 - 15:21
c'est so fun
c'est tellement anglo saxon de neutralisé le vouvoiement, c'est tres "corporate".
cela amuse la galerie et ca ne change rien quans arriven les promotions et les licenciements .

le gadget de la langue anglo saxonne .

La plus belle preuve, le tutoiement n'est pas encore vanté pour le client qui risquerait de ne pas trop comprendre ces familiarité quand il paie la facture
dormezbonnesgens
- 02/11/2012 - 14:14
plus simple
J'ai connu les deux. Ma dernière boite était un tutoiement pour tous, quelque soit l'emploi occupé, l'age. Je peux vous assurer que c'est beaucoup plus simple, moins discriminant, et que ça détend les rapports sociaux entre personne de différents niveaux hiérarchiques. Tutoyer son patron donne plus de courage pour aller frapper à sa porte.
Avant, j'avais connu le vouvoiement et ne me posait pas de question, puisqu'habituée à cette attitude. C'est ensuite, en connaissant le tutoiement pour tous que j'ai compris à quel point ce vouvoiement ou tutoiement selon, nous maintient fixement à notre place avec quasi impossibilité de faire sauter les verrous des étages supérieurs.
Aujourd'hui, je suis revenue dans une boite plus classique où on tutoie les collègues de son âge et de sa hiérarchie et d'un petit rang au dessus et un petit rang au dessous. Je suis revenue au chef de service qui vous appelle par votre prénom mais que vous appelez par "monsieur machinchose". Et je n'aime pas. Pourtant, au niveau respect de l'employé, salaire, possibilité de promotion, pas de différence entre les deux boites, mais je préfère largement le tutoiement pour tous.
Ravidelacreche
- 02/11/2012 - 12:43
Tutoiement ou vouvoiement
Il n'y qu'a toi que je dis vous.