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Petits meurtres entre amis... Coup de force imminent sur la nomination du prochain directeur de Sciences Po ?

Publié le 27 octobre 2012
Science Po veut tenter d'imposer un candidat à la succession de Richard Descoings sans attendre le délai fixé par Geneviève Fioraso, le ministre de l'Enseignement supérieur.
Jean Cosdinseg est chef d'entreprise. Pendant plusieurs années, il a été membre du Conseil de Direction de Sciences Po Paris.Il écrit sous pseudonyme.
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Jean Cosdinseg est chef d'entreprise. Pendant plusieurs années, il a été membre du Conseil de Direction de Sciences Po Paris.Il écrit sous pseudonyme.
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Science Po veut tenter d'imposer un candidat à la succession de Richard Descoings sans attendre le délai fixé par Geneviève Fioraso, le ministre de l'Enseignement supérieur.

Tout le monde a en mémoire la fin tragique à New York de Richard Descoings, l’ancien directeur de Sciences Po Paris, très regretté des anciens étudiants, un peu moins du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui, sans oublier les nombreuses et heureuses initiatives prises pendant ses mandats successifs, n’a pas tardé à dresser un « droit d’inventaire » cruel de ces seize années de pouvoir, comme en témoigne le rapport de la Cour des comptes écrit au vitriol contre la gestion administrative et financière de l’établissement.

Ce rapport révèle ce que tout le monde savait déjà : une direction surpayée (plus de 500 000 euros de rémunération pour Richard Descoings par exemple), aucune traçabilité de l’argent public, des prêts toxiques sur le dos (malgré la « vigilance » du grand banquier Michel Pébereau, le président du Conseil de Direction)... Bref, même critiquable sur certains points, le rapport de la Cour des comptes fait la démonstration d’une énorme gabegie digne d’une vraie école du gouvernement !

Malgré la diffusion publique des révélations de ce rapport avant même sa sortie, Sciences Po Paris est resté droit dans ses bottes : aucune démission, aucune remise en cause. Ceux qui ne cautionnaient pas ce système sont déjà tous partis, leur silence encouragé par de généreuses indemnités. Pire : le triumvirat Pébereau-Casanova-Crès, respectivement président du Conseil de Direction, président de la Fondation nationale des sciences politiques et directeur par intérim de Sciences Po (Hervé Crès ayant été auparavant directeur adjoint de l’école), compte bien rester au pouvoir.

Une procédure opaque, sans critère de sélection, sans calendrier précis connu, a été mise en place pour aboutir in fine à la nomination du très impopulaire Hervé Crès (qui avait déjà été écarté de la direction de HEC avant d’arriver à Sciences Po Paris).

Premier objectif de la triplette, le vent politique ayant tourné avec l’élection de François Hollande, éliminer tous les candidats de gauche pour ne pas faire émerger un candidat naturellement soutenu par le gouvernement.

De fortes pressions furent donc exercées sur les candidats les plus en vue, notamment sur David Azema. A la tête de l’école d’affaires publiques de Sciences Po Paris (la plus prestigieuse), ancien directeur de cabinet de Martine Aubry, ancien numéro 2 de la SNCF et actuel commissaire du gouvernement aux participations de l’Etat, souvent désigné comme successeur naturel par Richard Descoings lui-même. David Azema fut ainsi reçu par Michel Pébereau et Jean-Claude Casanova qui lui expliquèrent les yeux dans les yeux qu’un si brillant talent ne pouvait pas s’essouffler dans une telle galère. Du grand art.  

Le choix réduit par les « comités de sélection » à quatre personnalités de droite, l’entourage de Jean-Marc Ayrault marqua sa préférence pour Jean-Michel Blanquer, professeur des universités en droit public, ancien recteur d’académie et « DGSCO » (directeur général de l'enseignement scolaire, l’un des plus grands postes de l’administration de l’Education nationale). Mais l’évocation de sa proximité réelle ou supposée avec la franc-maçonnerie (c’est un ami d’enfance de François Baroin) lui ferme les portes de la direction de Sciences Po Paris, dans le droit fil de l’héritage spirituel du catholique René Rémond (ancien Président de la Fondation nationale des Sciences politiques). 

Hervé Crès se retrouve donc en position idéale face au président de la Fondapol (Dominique Reynié), médiatique et sympathique, mais handicapé par les souvenirs mitigés occasionnés par sa gestion à la tête de l’"Observatoire interrégional du politique", devenu depuis le "Centre de données socio-politiques de Sciences Po" et à un magistrat de la Cour des comptes inconnu et inexpérimenté en matière d’enseignement supérieur. Des challengers idéaux pour faire oublier qu’Hervé Crès a été un soutien de Nicolas Sarkozy et que Descoings songeait à le virer pour sa gestion calamiteuse de la réforme des procédures de sélection.

Au-delà de cette guerre de personnes, il faut aussi savoir décrypter une guerre des chapelles complexe caractéristique de la haute fonction publique où les énarques de la Cour des comptes en veulent à leurs confrères de l’Inspection des Finances (Michel Pébereau) pendant que le Conseil d’Etat a été exclu du jeu.

Comme si tout cela ne suffisait pas, les deux présidents mis en cause par le rapport commencent à trouver le temps long : ils ont décidé de ne pas attendre le rapport définitif de la Cour des Comptes comme le demandait la ministre de l’Enseignement supérieur et de passer en force. Pourquoi se gêner comme le Président Pébereau le dit à qui veut l’entendre, le gouvernement validera son choix : comprenez, une démonstration d’un peu d’autorité par l’Elysée serait vraiment une surprise.

Ainsi, le 29 octobre, Hervé Crès devrait être nommé administrateur par le Conseil d’Administration de Sciences Po Paris et son nom sera proposé le lendemain au gouvernement pour qu’il devienne le nouveau directeur de l’IEP. Ex-numéro 2 de Richard Descoings, apôtre de la hausse massive des frais de scolarité et fervent défenseur du modèle universitaire américain, Hervé Crès personnifie pourtant les dérives et le scandale financier dont personne ne peut imaginer qu’il n’en soit tiré aucune leçon. Depuis son arrivée à la tête de Sciences Po, il est également tenu par nombre d’enseignants et d’étudiants (comme en témoignent plusieurs pétitions de l’UNEF) pour responsable actif de la chute de Sciences Po Paris dans les grands classements internationaux. C’est aussi lui qui est derrière la suppression de l’épreuve de culture générale à l’examen d’entrée.

L’autre problème que pose sa nomination vis-à-vis de ses challengers, si elle devait être confirmée, c’est que dans cette procédure, il était à la fois l’organisateur, le sortant, le candidat et l’arbitre. Et le gagnant.

Seule possibilité pour que ce scénario ne suive pas son cours : une opposition politique et ministérielle ferme, notamment motivée par l’attente du rapport définitif de la Cour des comptes et de ses recommandations (parmi lesquelles renouveler les instances dirigeantes ?). Comme le droit le prévoit, le gouvernement pourrait en effet demander au recteur de Paris de nommer un administrateur provisoire en charge d’organiser la sélection d’un nouveau directeur qui ne pourrait pas lui-même participer à la sélection. Remplacé dans son rôle de directeur par interim, Hervé Crès pourrait dès lors être candidat sans que sa candidature paraisse peu équitable en raison de sa position.  

Même si cette chance existe, certains conseillers politiques issus des élites universitaires (ces élites qui détestent historiquement Sciences Po Paris, l’université sélective et dépensière qui se prend pour une grande école et dont les étudiants réussissent mieux les concours que les leurs) recommandent aux plus hauts responsables de l’Etat de ne rien faire et de laisser Sciences Po s’affaiblir, pris dans son propre piège. Parmi ces gens à qui ne déplairait pas la perspective de voir pâlir l’étoile de l’établissement du 27 rue Saint Guillaume, on compterait Jean-Yves Mérindol, le conseiller enseignement supérieur de François Hollande.

Hervé Crès, Michel Pébereau et Jean-Claude Casanova bénéficient donc d’une coalition d’intérêt entre des gens qui veulent continuer à profiter du système (surtout, ne changeons rien !), ceux qui veulent tuer Sciences Po (les « vrais universitaires » et les ayatollahs de gauche) ou ceux qui ont trop peur ou qui auraient une clause de confidentialité dans leur accord de départ.

C’est bien dommage : la nomination du directeur n’est pas qu’une affaire parisienne. Qu’on le regrette ou non, Sciences Po Paris est une vitrine de l’enseignement supérieur français : c’est une université largement internationale, identifiée par les recruteurs du monde entier, qui forme certains des plus grands dirigeants de demain et présente dans la France entière depuis la création des campus en région.

Doit-on regarder sans rien faire ? L’Etat, qui finance 65 % de cet établissement public, sera-t-il atone ? Réponse en début de semaine prochaine.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Matfuse
- 29/10/2012 - 22:41
Une opportunité de mettre à plat ces dysfonctionnements
Stop aux abus et aux arrangements entre amis! Comment accepter ce qui ressemble à un coup de force avant la diffusion du rapport de la cours des comptes.
De l'intégrité et de l'espoir ferait du bien à l'école mais aussi aux étudiants. Redorons le blason de cette institution par l'élection d'une personnalité universitaire et serviteur de l'état,
ElieRichard
- 29/10/2012 - 10:51
Moindre mal
Quoi qu'il en soit et dans une logique de moindre mal, un Blanquer intègre et au service de l'intérêt général n'est-il pas de toute façon préférable aux intrigants et autres partisans du chaos ?... Qu'en pense la gouvernance irréprochable de l'Elysée ?
ElieRichard
- 29/10/2012 - 10:48
Moindre mal
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