En direct
Best of
Best of du 18 au 24 mai 2019
En direct
Médaille d'or
La France est-elle vraiment la championne du monde des grèves ? La réponse en chiffres
Publié le 27 octobre 2012
La fin de semaine a été marquée par des mouvements sociaux à la SNCF et à Air France, à la veille des vacances de la Toussaint. Le mythe d'une France perpétuellement en grève est-il fondé ?
Dominique Andolfatto est professeur de science politique à l’université de Bourgogne et un chercheur spécialiste du syndicalisme. Ses travaux mettent l'accent sur des dimensions souvent négligées des organisations syndicales : les implantations...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Dominique Andolfatto
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Dominique Andolfatto est professeur de science politique à l’université de Bourgogne et un chercheur spécialiste du syndicalisme. Ses travaux mettent l'accent sur des dimensions souvent négligées des organisations syndicales : les implantations...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La fin de semaine a été marquée par des mouvements sociaux à la SNCF et à Air France, à la veille des vacances de la Toussaint. Le mythe d'une France perpétuellement en grève est-il fondé ?

Atlantico : En l'intervalle de deux jours, les mouvements sociaux à la SNCF et à Air France se sont tenus et réactivent par la même le mythe de la France « championne du monde des grèves ». Mais ce mythe est-il réel ?  Combien il y a-t-il de jours de grève par an en France, en comparaison avec les autres pays d’Europe ?

Dominique Andolfatto : Le mythe de la France championne du monde et plus précisément d’Europe des grèves est à la fois réel et relatif. La question renvoie d’abord un problème de données car il est difficile, en effet, de disposer d’informations facilement comparables. On peut trouver notamment ces données auprès du Bureau International du Travail, à Genève mais la publication de ces données se fait souvent avec quelques années de retard. J’ai eu l’occasion de reprendre ces statistiques dans une étude en 2011. Les données les plus récentes disponibles étaient alors celle de 2008. Mais je n’ai pas voulu comparer seulement des données de 2008 car il pouvait s’agir d’une année atypique. J’ai donc comparé les résultats pour la période 2005-2008. Il apparaissait alors qu’effectivement, la France était bien le pays qui comptabilisait le plus de journées de grèves. Etait-elle pour autant la championne d’Europe ? Sans doute pas, car il faut rapporter les chiffres collectés au volume de salariés. Car il paraît logique en effet que la France, qui compte une population salariée importante, ait aussi plus de jours de grève que, par exemple, la Slovénie ou la Lituanie. Rapporté au volume de la population salariée, la France se classait en seconde position concernant le recours à la grève, derrière le Danemark. Les situations de la Finlande, de la Belgique, de l’Espagne était proche de celle de la France. Plus loin on trouvait des pays tels l’Italie, le Royaume-Uni, la Roumanie. L’Allemagne faisait partie du groupe de queue.

Mesurer l’évolution de la grève soulève une autre difficulté en France. En 2006, le ministère du Travail a changé en effet de méthode statistique. Jusqu’alors, comme dans les autres pays, étaient publiés un nombre de jours de grève par salarié. C’est-à-dire que chaque fois qu’un salarié faisait une journée de grève, cela représentait une unité de cette statistique. C’était assez simple et facilement comparable avec les autres pays. Mais, depuis 2006, le ministère du Travail invoquant le fait que ce système statistique ne produisait plus de bons résultats, l’a remplacé par une nouvelle statistique qui rapporte un nombre de jours de grève à 1 000 salariés.

En 2010, pour 1 000 salariés, le nombre de grévistes a augmenté sensiblement par rapport aux années antérieures. Les statistiques parues en juin 2012, relatives à 2010, indiquent qu’il y a eu 316 jours de grève pour 1 000 salariés dans les entreprises de plus de 10 salariés. Ces chiffres qui ne comprennent pas la fonction publique montrent une augmentation importante par rapport à 2009 qui ne recensait que 136 jours de grève pour 1 000 salariés. Cela s’explique par la forte mobilisation sociale qui a suivi l’annonce de la réforme des retraites et fait de l’année 2010 une année atypique par rapport aux années antérieures.

Source : Sources des données : Ministère du Travail, DGAFP (fonction publique), DRH SNCF

__________________________

Légende du graphique : Pour le secteur privé, il s’agit de données estimées à compter de 2006 (car le ministère du Travail publie à partir de cette date une nouvelle série statistique qui a fait – pour ce graphique – l’objet d’un nouveau calcul ; en outre, cette nouvelle série statistique cherche à corriger certains défauts de la précédente série qui sous-estimait le phénomène de la grève ; du coup, le « saut » entre 2005 et 2006 tient à un problème de méthode et non pas à une recrudescence soudaine de la grève]

Cependant, lorsqu’on dit 316 jours de grève pour 1 000 salariés, on a du mal à se représenter précisément ce que représente socialement le phénomène de la grève. Cette statistique tend à donner l’impression d’un phénomène massif (et je pense que c’est pourquoi elle a été « inventée »). Or, cette impression est trompeuse. Avec mon collègue Dominique Labbé, nous nous sommes livrés à une transformation de ces données pour tenter de les rendre moins abstraites. Quand on parle de  316 jours de grève pour 1000 salariés, cela signifie qu'un salarié fait une journée de grève - en moyenne - tous les 3 ans (sur la base des statistiques 2010). Sur la base des années 2008-2009, ce même calcul indique qu'un salarié fait - en moyenne - un jour de grève tous les 9 ans. Il est probable que l'année 2011 (mais on n’a pas encore les résultats officiels) a renoué avec ce dernier ordre de grandeur.

Dans quel secteur fait-on le plus la grève ?

C’est sans aucun doute dans les transports que les grèves sont les plus fréquentes. Toujours sur la période 2008-2009, dans les transports on compte – en moyenne – un jour de grève par salariés tous les deux ans. Dans l’industrie c’est un jour de grève tous les six ans, dans le bâtiment c’est un jour de grève tous les soixante et un ans. Cela veut dire qu’un ouvrier du bâtiment fera grève au plus un jour dans toute sa carrière professionnelle (en moyenne bien sûr et sur la base des données de 2008-2009). Cette nouvelle approche permet de relativiser les informations qui poussent à penser que la France est championne de la grève. Et on observe, en fin de compte que, aujourd’hui, les salariés font très peu grève. Et, cela même dans les transports où, en 2011 – si on prend le cas de la SNCF – la grève a atteint un très bas niveau.

On dit que les syndicats ont du mal à mobiliser dans un contexte politique où la gauche est au pouvoir ?

Oui, c’est exact. Les syndicats, plutôt proches de la gauche au pouvoir, ne veulent pas exercer trop de pression sur elle, lui donnent sa chance en quelque sorte.

On peut faire un parallèle avec 1981. L’arrivée de la gauche au pouvoir a mis un terme aux intenses mobilisations des années 1970. Les syndicats vont se montrer relativement attentistes. Même la CGT va se montrer très responsable… à telle enseigne qu’après le départ des communistes du gouvernement, en 1984, le PCF tentera de faire pression sur la CGT pour que celle-ci renoue vraiment avec son rôle protestaire. Cela conduira même à dégrader les relations entre Georges Marchais et Henri Krasucki qui n’acceptera pas que le PCF dicte ainsi la conduite de la confédération syndicale qu’il dirigeait.

Même s’il faut être prudent quand on établit des comparaisons dans le temps – le contexte a changé -, on peut penser qu’aujourd’hui encore les syndicats entendent dans l’immédiat ménager le nouveau pouvoir.

Cela pose-t-il plus âprement la question de la faible représentation syndicale en France ?

C’est là un autre problème de fond. Vu la faible implantation des syndicats dans les entreprises, vu leur popularité qui est discutée, ces derniers ne peuvent que se montrer très prudents avec la stratégie de la grève. Les grèves « presse-bouton », telles que la CGT a pu les pratiquer à une certaine époque, ne sont plus possibles. La « base » ne répond plus aux injonctions du sommet. Une grève, cela doit se préparer très en amont. Il faut s’assurer que l’organisation syndicale et les salariés sont bien sur la même longueur d’onde, partagent les mêmes objectifs. Il faut construire collectivement l’action. L’institutionnalisation du syndicalisme – c’est-à-dire une intégration de celui-ci dans les rouages de l’économie et les ressources à la clé de cette institutionnalisation – explique aussi un certain attentisme de celui-ci face aux plaintes qui peuvent s’exprimer voire, parfois, l’envie d’en découdre.

On observe également que de plus en plus de mouvements échappent au contrôle des syndicats, ou que les équipes de base sont en rupture avec l’organisation syndicale. On se souvient par exemple du conflit de Continental. Certains conflits de cheminots, notamment en 2007, ont témoigné aussi de ruptures entre le terrain et les directions fédérales. Plus au fond, une des dernières notes de conjoncture sociale d’Entreprise & Personnel indiquait que les conflits contemporains renvoient le plus souvent à certains chocs ou événements tragiques (accidents, fermetures annoncées d’entreprises…) et, souvent, face à cette situation, les salariés décident de s’organiser collectivement sans en passer nécessairement par les syndicats. Ces derniers doivent donc prendre le train en marche, quand ils ne restent pas sur le quai. Les échanges d’opinions et d’informations en continu, via l’internet ou Facebook, conduisent aussi à court-circuiter les acteurs traditionnels des relations sociales tels le syndicats. Selon le ministère du Travail, ceux-ci demeurent toutefois à l’origine du plus grand nombre de conflits.

Propos recueillis par Priscilla Romain

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Rihanna éconduit Neymar, Charlotte Casiraghi & Gad Elmaleh s’ignorent, Anthony & Alain-Fabien Delon se vengent de leur père; Karine Ferri investit lourdement pour son mariage (et invite utile); Johnny Depp : c’est Amber qui l’aurait battu
02.
Après les trottinettes électriques, la prochaine mode pourrait bien être le bâton sauteur
03.
Colis piégé à Lyon : pourquoi la menace terroriste ne parviendra pas à prendre cette élection en otage
04.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
05.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
06.
Ce qui explique la nouvelle vague d'eugénisme
07.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
03.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
04.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
05.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
06.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
Des experts estiment dans un nouveau scénario que la hausse du niveau des océans pourrait dépasser deux mètres d'ici 2100
06.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
Commentaires (12)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Mani
- 28/10/2012 - 01:28
C'est très injuste.
La France n'est pas perpétuellement en grève. Elle est aussi en vacances parfois.
titine
- 27/10/2012 - 19:58
On s'en foutrait si...
nos vieilles lunes ne fichaient pas par là notre économie en l'air.
vigil
- 27/10/2012 - 17:52
La France est-ce le bon niveau pour les comparaisons ?
Regardons et comparons plutôt ces taux par grands secteurs publics de pays similaires, car le privé lui, impacte peu cet indicateur.
De même, il faufrait comparer les évolutions introduites par Sarkozi pour juguler un peu ces mouvements dans le public. Il est certain qu'avant cette réforme, notre singularité était encore plus marquée.