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 L'insécurité dans les collèges et les lycées trouve son origine entre 0 et 5 ans.
Danger, enfants survoltés !
L'amélioration de la sécurité à l'école, un élément indispensable dans la lutte contre la violence ?
Publié le 26 octobre 2012
La prévention et la coopération, au lieu des caméras et des forces de l'ordre sont les meilleurs outils pour lutter contre la violence à l'école, selon les spécialistes.
Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les...
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Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les...
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La prévention et la coopération, au lieu des caméras et des forces de l'ordre sont les meilleurs outils pour lutter contre la violence à l'école, selon les spécialistes.

Atlantico :  L'amélioration de la sécurité à l'école est-elle un élément indispensable dans la lutte contre la violence?

Pierre Duriot : C'est indispensable, oui. Mais il y a un hic dans le "terme améliorer la sécurité à l'école" : ça sous entend que l'on pourrait dissocier l'école de la société, et l'enfant de l'élève. Or, ce n'est pas tellement possible. On ne peut pas attendre d'un enfant ou d'un jeune qui fait ce qu'il veut à l'extérieur qu'il se conduise bien à l'école. C'est un phénomène de dissociation de l'enfant qui n'est possible que lorsqu'il est petit. Il est assez fréquent qu'un enfant se comporte impeccablement à la maternelle et ait un comportement difficile à la maison. Chez l'adolescent, cette forme de dissociation n'est psychiquement plus possible. Il faut travailler au niveau des adolescents et les jeunes adultes sur la société dès l'enfance.

Vouloir améliorer la sécurité à l'école sans améliorer la sécurité à l'extérieur de l'école, ce n'est pas vraiment envisageable. L'insécurité dans les collèges et les lycées, c'est quelque chose qui en état de fait arrive entre 12 et 18 ans mais dont l'origine est à rechercher entre 0 et 5 ans. Il y a un décalage entre ce qu'on veut traiter, et l'origine du problème. L'insécurité majeure, c'est celle qui est déjà entre les enfants et adolescents, elle vient d'abord du fait qu'ils ne savent pas vivre ensemble.

Il ne faut pas renouveler l'erreur avec la génération qui arrive, et traiter les générations actuelles, élevées dans une forme de toute-puissance. Ils sont formés dans l'enfance à avoir des adultes qui les servent et qui ne sont pas rigoureux à leur égard, cela devient difficile. Réapprendre à vivre ensemble à 15 ans est harassant.

Anne Sabatini : Améliorer la sécurité à l'école est indispensable. Néanmoins, le problème c'est comment il faut procéder. Nous avons des positions d'association partenaire de l'école, il faut se pencher sur la question de l'aménagement de l'espace, fondamentale pour un climat de paix (verdure, etc.). L'aménagement a un impact réel sur le comportement des jeunes et des adultes. Il y a déjà une question à se poser : où est-ce que l'on est, comment c'est construit, pourquoi c'est comme ça ?

La reconnaissance de l'équipe (assistants d'éducation, professeurs, conseillers principaux d'éducation) est nécessaire, tout ce panel de professionnel a une valeur éducative et doit être reconnu et respecté de tous, par les élèves mais aussi par les adultes. Chaque adulte a un rôle éducatif.  

Nous voulons aussi associer les élèves aux prises de décisions. Il y a énormément d'instances dans les établissements scolaires (conseils de vie lycéenne, conseils d'administration). Cependant, les élèves ne sont pas toujours formés à la prise de parole, ou pas toujours disponibles.

Nous travaillons aussi avec la médiation par les pairs. On forme des jeunes qui seront eux-mêmes formateurs auprès de jeunes de leur âge, formellement ou non. Cela se fait sur des thèmes comme la sexualité.

Cependant, la fin de regroupements sociaux, dans les quartiers par exemple, est une condition sine qua non pour la fin de la violence dans les milieux scolaires. Tant qu'on laisse les gens dans des quartiers et qu'on les discrimine, ça induit forcément des comportements négatifs.

500 emplois d’assistants chargés de prévention et de sécurité (APS) , un nombre relativement faible, créés pour la rentrée scolaire 2012-2013, "diagnostics de sécurité", caméras de surveillance interdites dans les locaux  des écoles, …  Manquons-nous de pragmatisme face au problème de l'insécurité à l'école ?

Pierre Duriot : On manque de réalisme, oui. Les dispositifs évoqués ci-dessus pourraient être bien s'il y avait derrière une forme de rigueur. Il faut déjà une coopération entre tous ceux qui approchent les jeunes : l'éducation, la justice, la police, les clubs de sport, les structures associatives. Il faut un fond commun.

On manque de réalisme en France car on manque de rigueur : quand un jeune a fait une bêtise, il est prévenu une fois, deux fois, trois fois … A la fin, il connaît la musique. A d'être compréhensif, on en arrive à comprend l'incompréhensible. C'est un petit peu le mal français, on a toujours réticence à appliquer la loi, et pas seulement pour les enfants, pour les adultes aussi. Le monde des parents de ces derniers n'est pas cohérent. L'enfant, et le jeune perçoivent cela. On manque donc aussi de cohérence, en France.

On a cette idée totalement fausse que l'autorité va empêcher l'enfant de se développer, car on confond autorité et autoritarisme. L'autorité permet à l'enfant de se structurer. La publicité qui passe à la télévision vise la consommation et l'enfant. Lorsqu'elle représente une famille,  le "con" est toujours le père qui n'a jamais rien compris à ce qu'il faut acheter. Or, ce dernier est censé avoir l'autorité, et pour obliger le gamin à faire consommer le père qui a des sous, on ridiculise ce dernier. La cible est toujours l'enfant qui est censé faire consommer ses parents.

Il y a aussi nos modèles politiques et institutionnels qui s'en sortent toujours. Ils sont les premiers à tricher, à faire voter des lois qu'ils ne respectent pas, à marchander, à bénéficier de petits arrangements. Toute une série de modèles ne sont pas fiables. On a des sportifs qui se dopent, qui mettent des coups de boule. On a une ambiance générale, dans laquelle ne pas respecter la loi, c'est un sport national. Tous ensemble, on contribue à construire l'idée que pour s'en tirer, il faut savoir zigzaguer entre les lois et éviter les coups. Ce n'est pas un modèle fiable et c'est un problème général dans nos sociétés occidentales. Les pays qui s'en sortent mieux sont les pays du Nord, et encore. En Allemagne, on limite les dégâts.

Anne Sabatini : Mettre des caméras dans un établissement ne résout pas le problème, c'est pour moi tout aussi violent. Ce n'est pas du tout pragmatique, et rien ne vaut la prévention. D'après le rapport remis à Vincent Peillon début octobre, les élèves manquent d'estime de soi. En leur redonnant confiance, ils auront peut-être d'autres réponses que la violence, et ce n'est pas utopique que de dire cela.

Les parents réclament-ils plus de sécurité à l'école ?

Pierre Duriot : Les problèmes de sécurité à l'école passent par le dialogue, le vivre-ensemble, donc par l'acceptation de l'autre. C'est ça qui crée de la sécurité. Cela peut se faire via des ateliers de philosophie, le sport, surtout par une cohérence etc.

Il faut absolument mettre les parents dans le coup. Mais les parents sont très ambigus, il faudrait qu'ils entrent en cohérence avec l'école, et  que les deux se soutiennent mutuellement. C'est ambigu car dans les cas d'enfants auteurs de violences à l'école, les parents n'en viennent généralement pas à bout à la maison. Paradoxalement, le fait que l'école réussisse avec leurs enfants les renvoie à leur échec, donc ils soutiennent leurs enfants contre l'établissement. Il y a ce refus qu'on constate leur échec éducatif et il faut absolument restaurer les liens de confiance entre l'école et les parents. De plus, ces parents sont les premiers à dire à leurs enfants "soit un bon petit soldat du travail, réussis bien" alors qu'ils ne leur ont jamais appris à faire ça. Tout est dans le paradoxe.

Cela se retrouve chez toutes les classes sociales. Cependant, il y a des cas très, très lourds, ceux des enfants qui grandissent dans des familles extrêmement défavorisées, et qui n'ont pas du tout de parents, ou des parents en "pointillés". C'est l'apanage des catégories socio-professionnellement et socio-culturellement très défavorisées. On ne parle presque pas de ces familles car il n'y en a pas beaucoup. A l'autre extrême, dans les catégories très riches, il existe une culture du travail, et on a bien compris le sens de l'autorité, le sens de la règle, la valeur du travail qui permet de s'en sortir dans une  société. Ces enfants représentent à peu près 20% de la jeunesse en général. Lors de discussions avec des entrepreneurs, j'ai appris qu'ils recrutaient en général une personne sur cinq sortis des écoles, ce qui représente la même proportion de ces 20% d'enfants correctement névrosés. C'est troublant.

Il ne faut pas seulement considérer la sécurité à l'école, il faut aussi la considérer dans l'ensemble de la société. L'école est poreuse, comme le montre le problème du téléphone portable. On ne peut pas demander aux gamins de déposer leur téléphone portable à l'entrée de l'école, comme on ne peut pas leur demander de déposer leur arrogance, leur mauvaise éducation, ou leur fainéantise à l'entrée de l'école. Seuls 20% arrivent à rentrer dans une peau d'élève. Mais le reste vient à l'école en tant qu'enfant, pas en tant qu'élève.

Anne Sabatini : Je n'ai pas du tout le sentiment que les parents réclament plus de sécurité. D'ailleurs, je ne me suis même pas posée la question car je n'ai pas ce ressenti. Pour être honnête, je pense que tout parent a envie, que lorsque son enfant part à l'école, il soit en sécurité. Mais pour autant, les parents sont-ils demandeurs de mesures drastiques comme la mise en place de caméras ? Les fédérations de parents d'élèves sont dans des positions comme les nôtres, c'est-à-dire la médiation pour prévenir et résoudre les conflits. La violence à l'école n'est pas si répandue que ça, et elle n'est pas caractéristique des quartiers.

 Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

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