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La zone euro devrait connaître une nouvelle récession.
Reprise économique ?
Magique recette... pourquoi l’emploi repart-il à la hausse au Royaume-Uni quand le reste de l’Europe s'abîme dans le chômage ?
Publié le 23 octobre 2012
Le nombre total de Britanniques travaillant a augmenté de 1,75% l'année passée, soit plus que les Etats-Unis (1,37%). Faut-il croire que l'économie britannique est en train de sortir de la crise là où la zone euro devrait connaître une nouvelle récession ?
Sophie Pedder est Chef du bureau de The Economist à Paris depuis 2003.Elle est l'auteur de Le déni français, à paraître le 12 septembre 2012 aux éditions JC Lattès. Caroline Newhouse est économiste spécialisée sur les Pays Scandinaves au sein du...
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Sophie Pedder est Chef du bureau de The Economist à Paris depuis 2003.Elle est l'auteur de Le déni français, à paraître le 12 septembre 2012 aux éditions JC Lattès. Caroline Newhouse est économiste spécialisée sur les Pays Scandinaves au sein du...
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Le nombre total de Britanniques travaillant a augmenté de 1,75% l'année passée, soit plus que les Etats-Unis (1,37%). Faut-il croire que l'économie britannique est en train de sortir de la crise là où la zone euro devrait connaître une nouvelle récession ?

Atlantico : Le nombre de britanniques ayant travaillé a augmenté de 510 000 emplois, soit une hausse de 1,75% sur l'année passée, dépassant ainsi les Etats-Unis. Faut-il croire que l'économie britannique est en train de sortir de la crise, là où la zone euro devrait connaître sa seconde récession en trois ans ?

Sophie Pedder : Le marché du travail britannique est beaucoup plus flexible qu'en France ou dans le reste de l'Europe continentale. Autrement dit, les signes de reprise et d'amélioration de l'emploi se manifestent bien plus rapidement qu'ailleurs. La zone euro et le Royaume-Uni sont tous deux dans le même cycle économique - la crise -, mais ces signes sur le marché du travail sont de facto interprétés comme un retour de l'activité économique alors que des pays comme la France ne disposent pas de tels signes.

Il s'agit tout de même d'un signe encourageant, plus qu'aux Etats-Unis, même s'il n'y a pas eu d'autres signes suffisamment forts pour confirmer ce que l'on pourrait appeler une "reprise". Si l'on en croît nos prévisions, le Royaume-Uni devrait connaître une récession de -0,2% pour 2012 contre +0,1 pour la France. La Grande-Bretagne ne se porte donc pas mieux que le reste de la zone euro d'autant plus qu'elle reste intimement dépendante de celle-ci pour ses exportations. Elle ne sortira donc pas de la crise tant que la situation en zone euro ne sera pas résolue.

Caroline Newhouse : L'économie britannique dispose d'une marge de manœuvre que n'a pas la zone euro que ce soit en terme de politique monétaire ou budgétaire. Mais il ne faut pas être trop optimiste non plus, puisque le PIB devrait se contracter cette année, une contraction semblable à celle de la zone euro de l'ordre de 0,4%. Mais la reprise au Royaume-Uni devrait être plus marquée l'année prochaine qu'en zone euro avec une croissance aux alentours de 0,5% contre 0,2%. Le taux de chômage a atteint son pic à la fin de l'année dernière avec 8,4% avant de connaître une baisse qui s'est maintenue jusqu'au mois de juillet en atteignant 7,9%.

Le pays dispose donc d'une certaine marge mais reste handicapé par le ralentissement mondial et la crise financière et politique en zone euro qui reste son principal partenaire commercial.

La politique du gouvernement de David Cameron est-elle plus volontariste en termes de croissance et d'emploi que le reste de la zone euro, axée sur la rigueur budgétaire ?

Sophie Pedder : Malgré une amélioration sur le marché de l'emploi, la Grande-Bretagne a supprimé et annoncé la suppression de 500 000 à 600 000 emplois publics. Il y a donc eu une création nette d'emplois, malgré des coupes dans le secteur public du fait de la flexibilité britannique et, par conséquent, d'une plus grande réactivité. 

Depuis 2010, et l'arrivée du gouvernement de David Cameron, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés là où le secteur privé en a créé 1,4 millions. Il n'y a donc pas de politique plus volontariste si ce n'est un marché du travail tout simplement plus flexible.

Caroline Newhouse : Le gouvernement Cameron n'a pas vraiment de politique de l'emploi volontariste, surtout si on le compare au gouvernement précédent qui en avait créé beaucoup à travers le secteur public. Or, le cabinet actuel détruit des emplois publics. Le secteur privé continue pour sa part de créer des emplois, surtout dans le secteur des services.

Hors de la zone euro, le Royaume-Uni tire t-il profit de son indépendance monétaire ? Le pays serait-il dans une situation plus difficile s'il avait été intégré à la zone euro ?

Sophie Pedder : Il s'agit d'une question qui revient sans cesse dans le débat, notamment chez les conservateurs. Mais il faut regarder la réalité : la situation n'est pas meilleure au Royaume-Uni qu'en France. Ce discours politique ne se traduit pas dans les faits réels. reste cependant impossible de déterminer si le pays serait dans une situation plus délicate s'il avait du traverser la crise en étant dans la zone euro. Mais l'indépendance monétaire n'a en rien permis de sauver le pays de la crise. Il a d'ailleurs été davantage touché par celle-ci que la France par exemple. Il s'agit d'un argument politique, mais pas économique.

Caroline Newhouse : Clairement, l'indépendance monétaire du Royaume-Uni a été un atout : la politique de la Banque d'Angleterre (la banque centrale du pays, ndlr) a permis de diminuer le coût d'emprunt pour l'Etat sur les marchés en achetant directement de la dette publique, alors que cela ne devrait pas être le cas. Elle détient d'ailleurs 70% du stock de la dette britannique !

Alors que la zone euro n'a rien a envier au Royaume-Uni en termes de maîtrise budgétaire puisque celui-ci à une dette proche des 100% et un déficit de 7% du PIB, le pays s'est endetté à faible coût et n'a pas eu à mettre en place une politique de rigueur excessivement douloureuse. Mais il s'agit d'une épée de Damoclès.

Quelles sont les raisons politiques et structurelles pour lesquelles le Royaume-Uni peut sortir plus rapidement de la crise ? Profite-t-il de la crise en zone euro ?

Sophie Pedder : L'incertitude quant à l'avenir de la Grande-Bretagne en dehors des structures européennes nuit à l'investissement. Son refus d'être présente au sein de la zone euro n'est donc pas nécessairement un atout, même si le Parti conservateur, très eurosceptique, se targue de cet argument. Il ne faut pas avoir d'illusions sur le gouvernement actuel : le parti, le Premier ministre et le gouvernement sont eurosceptiques.L'indépendance politique de la Grande-Bretagne du reste de la zone euro et de l'Union européenne n'est pas un atout. Un investisseur américain ou japonais peut être inquiet quant au manque de visibilité à moyen et long terme sur le lien entre l'île et le reste de l'Europe.

Caroline Newhouse : Cette indépendance joue considérablement, surtout le point budgétaire. Le gouvernement Cameron a ainsi reporté au delà de son mandat, c'est-à-dire à après 2015, les efforts principaux de réduction des déficits ce qui constitue une marge de manœuvre incroyable à l'heure où nous sommes en récession. Cela évite d'augmenter les impôts ou de réduire les dépenses, des mesures qui pénalisent l'activité.

Sa seule obligation reste de rassurer les agences de notation - et non Bruxelles - afin de maintenir de faibles taux obligataires (taux auxquels s'endette l'Etat sur le marché, ndlr). Mais étant monétairement indépendante, la Banque centrale, en achetant de la dette publique (à l'inverse de la BCE) conserve de faibles coûts d'emprunts. Au final, cette indépendance lui permet d'échapper à un rétablissement des finances publiques à marche forcée comme c'est le cas dans certains pays de la zone euro.

De même, le gouvernement peut réagir plus rapidement que les chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de la zone euro qui adoptent des dispositifs qui nécessitent de long processus d'adhésion, une lenteur qui pénalise leurs économies respectives surtout auprès des marchés.

L'Europe risque t-elle de connaître une période de stagnation en sortie de crise là où le Royaume-Uni devrait retrouver une croissance forte ?

Sophie Pedder : Les prévisions ne sont pas très positives pour le Royaume-Uni. L'économie britannique connaît toujours un chômage important - autour de 7,9%. Mais celui-ci diminuera en période de croissance, ce qui ne sera pas nécessairement le cas en France qui connait un chômage de masse depuis des années. L'hexagone est caractérisé par cette "préférence pour le chômage" qui consiste à protéger ceux qui ont un emploi au détriment d'une flexibilité qui permettrait aux chômeurs de trouver un emploi plus facilement. C'est un choix politique.

Caroline Newhouse : La stagnation en zone euro est très probable car l’assainissement des dépenses publiques restera une priorité. Le Royaume-Uni, bien que dépendant de la zone euro, aura très probablement une croissance supérieure à celle de la zone euro.

Propos recueillis par Olivier Harmand

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jerem
- 26/10/2012 - 10:23
@vigil
1- l'etat a decouvert le virement depuis un moment sauf dans vos a priori
2- on attend la source de vos nombre de contractuels représentant 1,8 millions de paies en plus.

Au passage , ces contractuels sont sous regime privés et virables a volonté comme tous salariés selon que leur mission soit en indeterminé ou renouvelable chaque année (vous avez bien sur du l'entendre pour ces profs qui attendent septembre pour savoir s'il bossent une nouvelle année)

donc pour le moment vous vous etes fourvoyé avec vos 7 millions de fonctionnaires.

et pour l'inspiration il faudra faire attention a relater 'lensemble du paquet cadeau et pas uniquemetn parler du noeud accroché sur le dessus
vigil
- 24/10/2012 - 15:30
@jerem
auxquels ils faut ajouter tous les emplois rénumérés par l'Etat et les collectivités à des personnels qui ne sont pas sous statut fonctionnaire mains néanmoins public
AU TOTAL LE COMPTE Y EST, plus de 7 00 000 de chèques à faire chaque mois, soit 1/3 des emplois en France.
Quand j'aurais à affiner mes sources je n'irais pas vous chercher.

Bleubleu
- 24/10/2012 - 12:26
Le déni britannique
Les créations d'emploi jusqu'au mois de Juillet sont en partie imputables aux Jeux Olympiques de Londres, qui ont été payés par le contribuable. Par ailleurs une bonne partie des travailleurs britanniques vit moins bien que les chômeurs français. L'endettement privé est énorme en Grande-Bretagne, alors que les Français ont de l'épargne en réserve. France-Grande Bretagne: population équivalente, inégalités sociales au moins comparables (à mon avis plus fortes de l'autre côté de la Manche), et pourtant notre PIB reste supérieur à celui des Britanniques. Et ce alors qu'ils ont du pétrole et font tourner la planche à billet à plein régime! Après c'est sûr que pour donner des leçons, ils sont numéro 1.