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La sexualité dans les banlieues : une thématique souvent taboue et cachée.
Statut quo

Violences, frustrations, puritanisme : l'énorme tabou de la sexualité dans les banlieues

Publié le 12 octobre 2012
L'acquittement de la majorité des suspects dans l'affaire des tournantes de Fontenay-sous-bois met en exergue un autre problème : celui de la sexualité dans les banlieues, souvent taboue et cachée.
Maria S. est d'origine portugaise et épouse un algérien né en France. Elle accepte de se marier au pays où sa vie bascule dans l'horreur. Elle écrit alors ce livre "Mariée à un musulman"  aux Editions de L'oeuvre (mai 2012), témoignage publié sous...
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Maria S. et Marc Hatzfeld
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Maria S. est d'origine portugaise et épouse un algérien né en France. Elle accepte de se marier au pays où sa vie bascule dans l'horreur. Elle écrit alors ce livre "Mariée à un musulman"  aux Editions de L'oeuvre (mai 2012), témoignage publié sous...
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L'acquittement de la majorité des suspects dans l'affaire des tournantes de Fontenay-sous-bois met en exergue un autre problème : celui de la sexualité dans les banlieues, souvent taboue et cachée.

Atlantico: Le procès des tournantes de Fontenay-sous-Bois dans le Val de Marne vient de se terminer. Un procès à huis clos, une instruction mal menée, une forme de gêne, on sent comme un malaise à ce sujet, comme si la sexualité était méconnue voire taboue en banlieue. Est-ce le cas ?

Maria S. : La sexualité en banlieue est à la fois taboue et sauvage. Malheureusement pour moi, j’ai connu le destin de la femme musulmane. J’ai été violée en punition pour mon « insolence » et mon insoumission. La femme en islam est méprisée, réduite à l’état de chose qui baisse les yeux et qui ne répond pas à l’homme. Cela ne m’étonne pas que les victimes des tournantes n’aient pas pu parler. Cela ne m’étonne pas non plus que les violeurs n’aient aucune conscience du mal qu’ils font. Dans leur esprit, la femme violée est coupable d’avoir été violée. J’en sais, hélas, quelque chose…

Marc Hatzfeld : Il y a dans notre société un tabou sexuel général, il y a un retour en force du puritanisme. La sexualité n’est pas le problème spécifique des classes populaires. Il est vrai qu’elles subissent plus que les autres la dureté de la vie. Du coup, face à ces conditions, les gens sont rudes et cela touche à leur vie familiale et personnelle. Les gens qui vivent dans ces milieux souffrent de façon générale. Sur la question sexuelle, vingt ans en arrière, il y avait encore une vraie souplesse dans les rapports amoureux entre les gens et il existait encore une très grand latitude pour les gens de cultures différentes de se rencontrer.

Depuis 5-15 ans, on est face à un repli des jeunes sur des entre-sois divers, que je ne qualifierais pas de communautaires, car ces entre-sois touchent des critères culturels mais aussi des aspects géographiques. D’une cité à une autre, on se mélange de moins en moins. Autre exemple, concernant les couples mixtes. Il y en avait vraiment beaucoup à l’époque, les sociologues disaient même que les jeunes ne voyaient pas les différences de couleurs de peau ou de façons de se comporter.

Aujourd’hui, ils contrôlent tout et surtout l’appartenance. Il y aussi un autre aspect que l'on doit manier avec prudence mais aussi fermeté, c'est cette grande tension entre l'homme et la femme. Il y a une tendance montante de la part de certains hommes à vouloir contrôler le comportement féminin. Si dans certaines cités elles sont libres, dans d'autres elles sont sous le contrôle langagier, vestimentaires et autres de certains garçons. C'est très douloureux pour elles et elles le subissent en général de façon violente. Il faut préciser pour éviter les amalgames que ces problèmes ne sont pas liés à l'islam. Ils touchent beaucoup de milieux et se trouvent souvent conforter par un discours politique et religieux qui tend à les légitimer.

Les habitants de banlieues sont-ils frustrés sexuellement ?

Maria S. : Les garçons des banlieues sont à la fois soumis à l’influence de la pornographie et du puritanisme musulman qui idolâtre la virginité des femmes avant le mariage. Alors, les filles « qui couchent », autrement dit toutes les « gauloises » sont dans leur esprit des « putes ». Moi qui suis d’origine portugaise, j’ai été néanmoins classée dans cette catégorie. Parce que j’ai eu le tort ou l’imprudence de céder aux avances de mon futur mari. J’ai par la suite dû expier devant sa famille la faute d’avoir couché avec lui avant le mariage. Quelque part, je devais être reconnaissante d’avoir été épousée, alors que j’étais au fond une putain chrétienne que seule la conversion à l’islam et la soumission totale à mon mari pouvaient peut-être sauver.

Marc Hatzfeld : Frustré, le mot est fort car il appartient à un langage médical mais en tous cas, la sexualité des jeunes filles et garçons dans les banlieues est partiellement sous contrôle. Il est par exemple difficile pour des jeunes gens de trouver des lieux pour avoir des relations sexuelles fluides. A cela s'ajoute parfois aussi l'absence de consentement de l'entourage. La frustration n'est pas liée à la banlieue, elle existe chez beaucoup de personnes dans beaucoup de milieux. Il ne faut pas en faire une spécialité de la banlieue.

Peut-on aborder facilement la question de la sexualité en banlieue?

Maria S. : Les banlieues qui regroupent des populations musulmanes importantes sont un lieu du non-dit. Il y a beaucoup d’enfants, beaucoup de familles polygames, les gens ont donc une sexualité active. Les jeunes garçons en parlent entre eux, et les jeunes filles entre elles. Mais il est inconcevable qu’ils en parlent ensemble. Le viol est fréquent. Et les filles violées sont rejetées par les autres filles au lieu d’être soutenues par elles.

Marc Hatzfeld : Ce n'est pas un sujet qui s'aborde sous le regard d'autres jeunes mais en vis-à-vis, il n'y a en revanche pas de problèmes. Il m'est arrivé d'avoir des conversations avec des jeunes de banlieues sur leur sexualité et le sexe en général. J'ai recueilli des aveux très honnêtes et touchants, portés souvent sur les difficultés à exprimer l'amour ou sur l'absence d'intimité ou d'anonymat dans la conduite de rapports amoureux. C'est vrai que l'éducation sexuelle des jeunes des milieux populaires est sommaire car elle est vient en partie des discours laconique de l'entourage et de K7 porno visionnées dans les caves. Ce que je retiens surtout c'est qu'il y a une véritable aspiration à de la liberté amoureuse.

Quel rapport ont les hommes au sexe ? et les femmes ? Est-il courant de croiser des couples main dans la main?

Maria S. : Les filles ont du mal à s’afficher en jupe, alors se tenir par la main, vous n’y pensez pas. Même les couples mariés ne se tiennent pas par la main. Ceux qui ne vivent pas dans ces quartiers-là oublient souvent que c’est un autre monde.

Marc Hatzfeld : Les couples main dans la main en banlieue sont de moins en moins nombreux. Il y a quelques années, il y en avait beaucoup mais c'est vrai que c'est une tendance qui régresse. Il y a un réel désarroi amoureux car ces jeunes ne savent pas comment faire pour être heureux. Je me souviens d'un film avec un jeune de 20 ans qui racontait à ses amis sa visite à Paris, il y avait vu des gens qui s'embrassaient sur la pelouse et il avait conclu par un "c'est ça dont je rêve pour ma vie". C'est l'aspiration de beaucoup de jeunes. Cela n'enlève rien à la rudesse mais il y a une vraie volonté de sérénité.

Existe-t-il une vraie pression concernant la virginité ?

Maria S. : Si elle n’est pas vierge, une jeune musulmane  a du mal à se marier. Ou alors, elle va se marier avec un Français, hors de son quartier, hors de son milieu. Ce que beaucoup de jeunes filles issues de l’immigration rêvent de faire de toute façon. Celles qui y arrivent sont souvent rejetées. J’en connais plusieurs.

Marc Hatzfeld : Il y a une pression de l'ordre du discours mais cela ne veut pas dire que c'est pratiqué. Et cela ne veut pas dire non plus que les filles s'y soumettent. C'est vrai qu'il y a une part important de jeunes gens qui estiment que la virginité avant le mariage est une nécessité, qui n'est pas forcément religieuse. Il y a des catholiques, des animistes, des bouddhistes ou des animistes qui échappent à cette pression mais il y a depuis quelques temps, une montée des discours intégristes venus de nombreux et différents systèmes religieux. Il peut en effet y avoir un discours dogmatique très dur pour le contrôle de la sexualité. A chacun de le suivre ou pas.

Dans la même optique, quelle est la place de l'homosexualité dans les banlieues ?

Maria S. : On ne peut pas se déclarer homosexuel en banlieue. « Pédé » est une insulte suprême. Quelqu’un qui est traité de pédé sans l’être doit pratiquement tuer pour laver cet affront. J’exagère à peine. Les homos en banlieue se cachent et se dissimulent tant qu’ils peuvent. Quant aux lesbiennes, on n’en parle pas. Les filles arabes dorment souvent ensemble, les unes chez les autres. Mais sont-elles lesbiennes ? Je ne sais pas. Ce n’est pas un sujet abordé.

Marc Hatzfeld : C’est un peu la meme chose que pour la virginité. Il ne faut pas généraliser. Dans certaines banlieues, cela peut être difficile de s'afficher comme tel mais il faut vraiment souligner que les attitudes, les réactions sont différentes d'une cité à l'autre. Dans un quartier, on ne dira rien mais dans l'autre, filles et garçons peuvent être victimes d'agression très violente à cause de leur choix sexuel.

Propos recueillis par Valérie Meret

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Jean
- 15/10/2012 - 20:53
Elles dénoncent le harcèlement de rue
A regarder, ce reportage qui illustre bien la mentalité de "chances pour nos filles" : http://videos.tf1.fr/sept-a-huit/elles-denoncent-le-harcelement-de-rue-7581388.html
Jean
- 15/10/2012 - 18:24
Le réel ne ment pas
Monsieur Hatzfeld a certainement une fille adolescente pour lui faire expérimenter ce qu'est la vie dans ces quartiers, en mini jupe par exemple, le contact avec les lascars etc...
Mention spéciale du politiquement correct particulièrement nauséabond pour la comparaison entre les différentes religions, autrement dit du "tout se vaut". Les cathos intégristes ne sont pas spécialement sur-représentés dans les chiffres de la délinquance sexuelle.
L'islam ne reconnaît pas l'égalité entre les hommes et les femmes, les textes sont clairs. Encore faut-il prendre la peine de les lire. Il est vrai que de nos jours il suffit d'avoir écrit un ou deux bouquins pour se dire chercheur et faire autorité.
Robert Marchenoir
- 13/10/2012 - 20:56
Sociologue = propagandiste à la solde de l'Etat
Cette interview est une caricature de la maladie mentale qu'on appelle gauchisme.

Une femme écrit un livre pour témoigner de l'oppression qu'elle a vécue en tant qu'épouse de musulman. Elle explique en quoi l'islam méprise la femme, encourage le viol.

Et puis nous avons un chochiologue qui se ramène frais comme un gardon, et qui entreprend d'expliquer à cette femme qu'elle n'a pas vécu ce qu'elle a vécu, que c'est un sentiment de viol, que c'est une illusion d'islam, et que l'islam n'a absolument rien à voir avec les violences faites aux femmes dans les banlieues.

Pourquoi donnez-vous la parole à des gens aussi manifestement malhonnêtes, qui nous servent le même pipeau copié-collé depuis trente ans ?