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L'ancien ministre Bruno Le Maire (UMP) a annoncé mercredi qu'il démissionnait de la haute fonction publique.
Droit dans ses bottes

Pourquoi Bruno Le Maire a pris une décision admirable en démissionnant de la haute fonction publique

Publié le 11 octobre 2012
L'ancien ministre a annoncé mercredi qu'il démissionnait de la haute fonction publique, geste qui vise à combattre "l'esprit de caste" prévalant en France.
Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr ...
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Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr ...
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L'ancien ministre a annoncé mercredi qu'il démissionnait de la haute fonction publique, geste qui vise à combattre "l'esprit de caste" prévalant en France.

Quand Bruno Le Maire était devenu ministre de l’Agriculture, les Français s’étaient gaussés. Ce superbe produit des grandes écoles françaises, dont la mère a dirigé les plus belles institutions de l’enseignement privé, ne connaissait pas le cri du dindon, et n’avait jamais fait la cueillette ni des pommes ni des poires. Une sorte de parachutage de Parisien dans un champ de patates au milieu de nulle part.

Fut-il pour autant un mauvais ministre? De même qu’on peut être excellent paysan sans savoir ni lire ni écrire, on peut être bon ministre de l’Agriculture en prêtant trois pattes à un canard. Le bilan de l’impétrant, au terme de son apprentissage de trois ans, semble avoir convaincu plusieurs récalcitrants.

Mais ce qui intéresse dans le parcours de Bruno Le Maire n’est ni cette brillante ascension ministérielle, ni son engagement partisan à l’UMP qui se situe hors du champ de ces colonnes. En revanche, Bruno Le Maire a posé un acte fondateur, passé relativement inaperçu, qui touche pourtant à l’un des enjeux essentiels de la démocratie représentative aujourd’hui : sa démission de la Fonction Publique.

Beaucoup de Français, devenus totalement allergiques aux grandes écoles et en particulier à l’ENA, déplorent que tant d’objets de leur détestation monopolisent les places de pouvoir et verrouillent de façon très aristocratique les circuits de décision. L’omniprésence des fonctionnaires dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, les amitiés personnelles de François Hollande qui sont majoritairement issues des grandes écoles, nourrissent très largement ce sentiment diffus, mais pugnace, d’une réaction nobiliaire dont la France est victime aujourd’hui : notre pays est gouverné par une minorité privilégiée, coupée de la réalité et structurellement endogamique ou dynastique.

De fait, il existe un dispositif réglementaire qui favorise ce biais dangereux pour l’intérêt général et funeste pour la démocratie représentative : les règles de détachement de la fonction publique vers les mandats électifs.

Peut-être est-il nécessaire ici de dresser un bilan rapide des coûts réels de l’engagement électoral en France.

Lorsqu’un(e) médecin ou un(e) avocat(e) s’engage dans la mêlée élective, il ou elle assume un risque professionnel : celui de voir des clients ou des patients désertés son cabinet parce qu’ils ne partagent pas ses idées, parce qu’ils sont irrités par ses prises de position, ou parce qu’ils pensent que leur dossier ne sera pas traité avec la diligence qu’il faut par une personnalité désormais très occupée par les affaires publiques. Dans l’esprit de l’opinion, il n’est pas facile d’imaginer qu’on puisse à la fois être un bon gestionnaire public et un expert reconnu dans une science ou un art autre.

Lorsque c’est un ou une salarié(e) d’une entreprise qui s’engage, le risque est encore plus grand. Les entreprises attendent régulièrement de leurs salariés une forme de réserve qui confine à la subordination de la pensée. Dans ce cadre-là, un engagement public constitue une véritable prise de risque dont le terme n’est jamais sûr, et peut s’appeler la rupture conventionnelle ou le licenciement pour des motifs plus ou moins avoués.

Lorsqu’un fonctionnaire s’engage, la règle du jeu est complètement différente, et tout concourt à favoriser son engagement. D’une part, le fonctionnaire sait qu’une adhésion à un parti de gouvernement constitue un passage obligé (mais pas forcément garanti) dans la carrière pour accéder aux postes les plus intéressants. Car c’est devenu une règle : les nominations aux postes à responsabilité sont de plus en plus politiques, et les exceptions à cette politisation outrancière se comptent sur les doigts de la main.

Pire même, un fonctionnaire a tout intérêt à s’engager sur cette voie, puisque, s’il décroche un mandat, s’il devient ministre, les services qu’il effectue dans ce cadre sont régis par le système du détachement : il est certes payé par l’autorité auprès de laquelle il est détaché, mais les services qu’il y effectue sont considérés comme des services normaux dans le cadre de son parcours administratif. Il continue donc à progresser dans sa carrière de fonctionnaire comme si de rien n’était, il continue à cotiser au régime des pensions civiles, et lorsque son mandat se termine il retrouve au moins un poste équivalent à celui qu’il occupait avant son mandat.

Ce système très favorable explique très largement le poids excessif des fonctionnaires dans les mandats publics, puisque toutes les règles du jeu sont tournées vers une incitation à ce phénomène.

En posant sa démission de la fonction publique parce qu’il jugeait sa position statutaire incompatible avec le mandat de député qu’il exerce, Bruno Le Maire a pris le parti exemplaire de briser cette règle du jeu.

D’abord, il rappelle les députés à leur obligation d’indépendance : on ne peut à la fois être représentant du pouvoir législatif et appartenir au pouvoir exécutif (ce qui est bien le cas des fonctionnaires, et spécialement des hauts fonctionnaires). La séparation des pouvoirs aurait dû, de longue date, trouver sa déclinaison dans l’application de cette règle de base : un mandat de député ne peut pas être considéré comme un service actif de fonctionnaire.

Ensuite, il adopte une position salutaire pour la morale publique. Il faut être fameusement emboucher du museau pour ne pas sentir que la démocratie française ne pourra plus très longtemps soutenir un système où le pouvoir démocratique est capté par des intérêts privés, même revêtus des oripeaux de l’intérêt général. Peu à peu, l’égalité de traitement a rendu inacceptable pour l’opinion publique cette captation des valeurs républicaines au profit d’une minorité dont le premier objectif est de préserver ses intérêts propres.

Dans ce contexte, la démission de Bruno Le Maire sonne comme une prise de position fondatrice, dont la vertu est rare de nos jours. Qui ose aujourd’hui, au-delà des postures et des incantations, mettre son propre destin en jeu, en posant des actes, en agissant ? Quel responsable choisit aujourd’hui son exil à Londres plutôt que sa soumission au Vichy symbolique de nos grandes pulsions historiques, où nous rejouons la tragédie d’une crise qui nous écrase et d’une élite incapable d’y faire face ?

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DEL
- 12/10/2012 - 00:09
Petit oubli
L'auteur dénonce le gouvernement actuel et oublie, ou omet, que c'est pareil sous TOUS les gouvernements depuis trente ans.
Decebal
- 11/10/2012 - 23:36
LE CHANGEMENT, il va venir
avec les moyens techniques d'aujourd'hui, les choses vont changer
Bien + vite pour le meilleurs et peut etre aussi du pire. Mais on a vu avec l'affaire des "pigeons" que les réseaux sociaux, sans beaucoup de gens impliques on fait changer( a voir si cela sera effectif) l'EDIT

Ce pays va peut etre devenir une vraie démocratie. Et il est temps car il y a du boulout et dans tous les domaine .
ACL
- 11/10/2012 - 19:09
Fonctionnaires et cumulards
Ils ont construit en quelques décennies un système impeccable, où sans risque, les fonctionnaires ont confisqué la France à leur profit et à celui de leurs familles, amants et maitresses.
Ce système sait évoluer et toujours dans le même sens : le pouvoir sans la responsabilité : l'intercommunalité qui nous confisque nos (faibles) richesses sans avoir à répondre devant les électeurs en est un formidable exemple.

Lisez Zoé Shepard, vous saurez où âssent vos sous.