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L'économie allemande est-elle en train de sombrer à son tour ?
Effet domino
L’économie allemande est-elle à son tour en train de couler ?
Publié le 10 octobre 2012
Alors que le FMI a publié ses nouvelles prévisions de croissance, l'Allemagne semble à son tour touchée par la crise. Tourné vers les exportations, son modèle est-il en train de vaciller ?
Frédéric Farah est diplômé de Sciences Po Paris, professeur en classes préparatoires, chargé d’enseignement à l’université de Paris V, ainsi que coauteur des deux derniers numéros de mars et d’avril de la revue Ecoflash relatifs aux dettes publiques en...
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Frédéric Farah
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Frédéric Farah est diplômé de Sciences Po Paris, professeur en classes préparatoires, chargé d’enseignement à l’université de Paris V, ainsi que coauteur des deux derniers numéros de mars et d’avril de la revue Ecoflash relatifs aux dettes publiques en...
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Alors que le FMI a publié ses nouvelles prévisions de croissance, l'Allemagne semble à son tour touchée par la crise. Tourné vers les exportations, son modèle est-il en train de vaciller ?

Dans le flot quotidien de l’actualité, trois nouvelles doivent retenir notre attention : la venue sous haute surveillance de Madame Merkel en Grèce, les prévisions moroses du FMI sur la croissance, et le vote au parlement français sur le TSCG. Trois nouvelles qui ont le même fil directeur la crise européenne ou plutôt son incapacité à lui porter une résolution satisfaisante. La sortie de crise doit être envisagée à court et surtout à long terme. Avant de porter l’attention sur le court terme et les prévisions de conjoncture, la visite de Madame Merkel en dit long sur la défiance à l’égard de l’Europe et de sa puissance dominante.

La crise a ébranlé l’idéal européen. Et de terribles divisions ont été posées : pays excédentaires contre pays déficitaires, pays du sud, pays du nord et j’en passe. Et quelle image pour le reste du monde de voir un dirigeant européen en rencontrait un autre dans une atmosphère de guerre ou du moins de siège. Soudain l’idée de l’Europe comme lieu de paix, de prospérité d’ouverture en prend un sérieux coup. Last but not least, le peuple d’Athènes est tenu loin des lieux de sa visite, la chancelière elle-même ne pourra pas se rendre librement dans les rue de la ville. L’Europe qui se dessine est en effet sans les peuples, qui subissent incrédules et épuisés des politiques d’austérité. Et pour finir, une Grèce désargentée au bord de la banqueroute mobilise ses derniers euros pour assurer la sécurité de M Merkel qui vient lui réclamer un peu de sérieux budgétaire.

Cette crise rend par la même occasion un véritable fédéralisme illusoire. Une démocratie, fédérale ou non requiert comme l’a dit P Rosanvallon une communauté de redistribution autant qu’une communauté de sentiments. Que voudrait dire réellement sur une solidarité dans un cadre fédéral ? Une solidarité entre les personnes qui impliquerait un effort de chacun d’entre nous pour contribuer à la pérennité de la sécurité sociale des italiens, des grecs et réciproquement ; Aujourd’hui, ce saut fédéral, les peuples n’en veulent pas. Jamais les autres nations européennes ne sont apparues aussi lointaines et mal connues. Sur le long terme nous ne pouvons qu’être pessimistes, car le désir d’Europe s’évanouit au fur et à mesure qu’elle apparaît incapable de protéger ses peuples des vents mauvais de l’économie mondiale.

Sur le court terme, la situation économique ne présente pas un visage rassurant, la crise s’est installée au cœur de la périphérie avec l’Italie qui selon les estimations du FMI, devrait connaître une contraction de son PIB à hauteur de 2,3 %. Les pays comme la France et l’Allemagne ne seraient guère mieux lotis, cette dernière n’enregistrerait qu’une croissance de 0,9% et la France échappe à la récession. La production manufacturière allemande connaît un recul de 1,3%. La zone euro paye désormais ses erreurs de diagnostic. En effet, Les trois sources de l’échec de l’Union économique et monétaire pour empêcher la diffusion de la crise, c’est d’avoir pensé la crise comme crise de liquidité et non de solvabilité, d’avoir exclu la coresponsabilité en matière de dette souveraine, et d’avoir rendu impossible le financement monétaire de la dette. Il ne restait plus alors que l’ajustement budgétaire et le relèvement des impôts comme stratégie avec les effets que l’on sait.

D’autre part, l’Europe paye des stratégies non coopératives et particulièrement la stratégie de déflation salariale conduite en Allemagne. Le rapport de l’OIT de 2012 sur les perspectives de l’emploi est éloquent et mériterait d’être lu. Il souligne combien la stratégie Allemande participe du marasme à l’œuvre. Aujourd’hui cette puissance néomercantiliste qu’est la République Fédérale ne peut espérer vivre à l’abri des troubles. N’oublions pas la déflation salariale allemande des années 2000 a été compensée par les déficits extérieurs des autres nations et celles du sud en particulier.
Dans ce cadre morose, le TSCG apparaît une folie, une bêtise économique. La coincidence des événements est troublante. Le FMI annonce des prévisions inquiétantes pour la croissance, un rapport récent de la CNUCED dénonce les politiques d’austérité en Europe, et notre parlement approuve un traité qui impose l’austérité à perte de vue.

Alors le TSCG que contient il, une série de règles de surveillance et de contraintes imposées aux Etats en matière de dette publique et de déficit budgétaire. Sa disposition centrale qualifiée de « règle d’or » limite à 0,5 % du PIB, le montant autorisé du déficit structurel annuel, ce terme désigne le déficit corrigé des variations conjoncturelles de l’activité, la convergence des soldes budgétaires depuis leurs niveaux présents vers l’équilibre doit s’effectuer selon un calendrier fixé par la commission européenne. En cas de dérapage, des déficits, des sanctions automatiques égales à 0,1% du PIB, seront imposées aux Etats par la cour de justice européenne.

Mais comme souvent le diable se cache dans les détails, et les critères d’appréciation du déficit rapportés à la conjoncture risquent d’être périlleux et donner lieu à des problèmes d’évaluation. D’autre part, les efforts budgétaires seront tels qu’ils seront impraticables. Il faudra bien un jour comprendre que l’austérité budgétaire n’est possible que lorsque l’activité du secteur privé est dynamique.

En ce qui concerne le premier point, c’est la notion de croissance potentielle qui va servir de base pour calculer le déficit admissible. De manière simple, elle correspond à la pleine utilisation des facteurs de production sans tension inflationniste. Autrement dit Le niveau de production potentielle étant conçu comme un indicateur d’offre, l’écart de production représente l’excès (ou l’insuffisance) de la demande. Il permet de juger de la situation dans le cycle économique. Mais la croissance potentielle n’est pas une donnée observable. Elle repose sur des hypothèses statistiques et théoriques sujettes à débat. Selon les méthodes retenues, on peut considérer que les fluctuations relèvent d’un problème de potentiel ou bien d’un problème de demande. Alors comment sur une notion aussi friable dont nous présentons un modeste aperçu peut servir de base à un calcul de déficit.
Il en va de même pour le solde structurel qui représente le déficit que l’on pourrait calculer lorsque l’économie tournerait à plein régime, notion qui rejoint la précédente dans l’imprécision et pouvoir mesurer l’écart conjoncturel entre déficit courant et déficit structurel est bien complexe. Les Etats-Unis l’estiment à 5,3 % et la commission européenne à 0,5%. Donc pour la commission, la majorité du déficit serait structurel.

Par ailleurs, les ajustements réclamés sont économiquement insoutenables. En effet A titre d’exemple, selon la Cour des comptes, en 2010, le déficit structurel de la France était de 5 % du produit intérieur brut (PIB), soit 96,55 milliards d’euros. Le ramener à 0,5 % supposerait de procéder à 87 milliards d’économies. Lorsque la dette publique dépasse 60 % du PIB, les Etats doivent procéder à sa résorption, en trois ans, au rythme d’un vingtième par an. Dans le cas de la France, dont la dette atteint 87 % du PIB, cela signifie qu’elle devrait réduire la différence entre 87 % et 60 % d’un vingtième par an, soit 1,35 % du PIB, ce qui représente, en dehors de toute croissance, 26 milliards. Pire, en 2006, la France avait un déficit budgétaire courant, effectivement constaté, de 2,3% du PIB, la commission avait calculé que son déficit structurel était, cette année-là, de 3,6% ; si la règle d’or avait été appliquée, la France aurait dû faire quelque 60 milliards d’euros d’économies, alors même qu’elle respectait le critère des 3 % du pacte de stabilité. 

Très vite, des circonstances exceptionnelles seront réclamées comme avec le pacte de stabilité et le TSCG quittera peu à peu notre horizon mais laissant derrière lui une situation économique dégradée. Le rôle de la cour de justice de l’Union comme juge des politiques économiques sera considéré dans un délai assez court comme insupportable et comme dans le pacte aucune sanction sera prononcée. Les membres les plus puissants de la zone s’en affranchiront. L’Europe invente par là un fédéralisme autoritaire et doctrinaire. Si l’Europe veut un avenir qu’elle cesse de se définir par la négative ; pas de déficits, pas de dette, pas de concurrence non faussée.

D’autre part il faudra aussi garder une fois pour toute en tête que nos économies sont malades de leur finance. Et comme le souligne l’économiste J Adda «  le prix de cette capitulation des Etats face aux marchés tient en deux chiffres : 17000 milliards de dollars ajoutés en quatre ans à la dette publique des pays développés ; 13 millions de chômeurs en plus selon les chiffres officiels dans ces mêmes pays »

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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totor101
- 10/10/2012 - 19:38
tout l'occident
tout l'occident va se casser la g***e !
le libre échangisme a un effet de vases communicants .....

on ne peut pas faire vivre l'Europe en se contentant d'exporter des produits de luxe: il faut MANGER tous les jours et tout le monde !!!
smartpresident
- 10/10/2012 - 19:20
message à mme merkel / presidentielle 2012
https://www.youtube.com/watch?v=aVncR6pTNM0&feature=youtube_gdata_player
smartpresident
- 10/10/2012 - 19:17
cause essentielle de la crise de l'euro zone
https://www.youtube.com/watch?v=c_P-D2313PE&feature=youtube_gdata_player