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A Nantes, la section locale de l'UMP n'a pas hésité à cogner très fort sur le maire.
Petit fichage entre amis...
Flicage politique : quand Jean-Marc Ayrault était accusé de ficher ses électeurs
Publié le 07 octobre 2012
Lorsqu'il était encore maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault a été accusé par la droite de vouloir ficher ses administrés. Jean-Marie Biette revient sur cet épisode qui a failli entaché durablement la réputation de l'actuel Premier ministre. Extraits de "Ayrault, l'inconnu de Matignon" (2/2).
Jean-Marie Biette est directeur départemental de Ouest France.Il est l'auteur de "Ayrault, l'inconnu de Matignon" aux éditions de l'Archipel. 
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Lorsqu'il était encore maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault a été accusé par la droite de vouloir ficher ses administrés. Jean-Marie Biette revient sur cet épisode qui a failli entaché durablement la réputation de l'actuel Premier ministre. Extraits de "Ayrault, l'inconnu de Matignon" (2/2).

Ce samedi 24 novembre 2007, devant les grilles fermées de l’hôtel de ville de Nantes, la scène est irréelle. À l’appel de l’opposition de droite, trois cents manifestants arborent au revers de leur veste un badge jaune sur lequel on peut lire « Opposant notoire ». Ils dénoncent le « flicage politique » de la municipalité Ayrault.

Le soleil automnal n’adoucit en rien la colère de la droite nantaise. « Le système Ayrault dérape. Le PS est ringard, décalé, et ses procédés sont d’un autre siècle », tacle sans retenue Sophie Jozan, candidate UMP aux municipales de 2008. La brutale montée de la tension politique est née d’un courrier signé de la main de Jean-Marc Ayrault. S’adressant aux militants socialistes, le député-maire de Nantes leur demande de remplir, pour faciliter la campagne, une fiche de renseignements jointe à son courrier. Sur ladite fiche, l’une des questions demande de signaler « la présence de relais connus ou d’opposants notoires à la municipalité ». Maladresse ou véritable dérapage ? Naturellement, les versions divergent selon les camps politiques.

C’est un militant socialiste qui vend la mèche en novembre 2007. « Écoeuré », il alerte la presse et fait suivre le courrier de Jean-Marc Ayrault et la fiche jointe. Le document fait tout de suite couler beaucoup d’encre. À Nantes, la section locale de l’UMP, toujours à la peine face au rouleau compresseur électoral Ayrault, voit en ce courrier un cadeau du ciel de début de campagne. Elle n’hésite pas à cogner fort, très fort. « Bel exemple de démocratie participative à la nantaise, ironise ainsi la candidate Sophie Jozan. C’est bien la preuve de l’existence du système Ayrault. Ces procédés rappellent des régimes peu respectueux de la liberté individuelle : le KGB à Nantes ? » L’UMP ne manque pas d’« imaginer » la réaction outragée du PS si un tel questionnaire avait été envoyé par le parti de droite.

Précisément, du côté du PS, on observe un silence radio total. Pascal Bolo, directeur de campagne et homme de confi ance de Jean-Marc Ayrault, se contente d’indiquer qu’il n’y aura aucune réaction ni commentaire. Tout juste reconnaît-il l’utilisation d’un « mot malheureux », ajoutant tout de suite « ne rien y voir de scandaleux dans le cadre d’une compétition politique ». Et de préciser : « On ne fiche personne. »

Cinq ans après les faits, Pascal Bolo résume l’affaire : « Nous voulions organiser la campagne autour de référents responsables de chaque bureau de vote. Et l’objectif était tout bêtement de connaître tel ou tel commerçant qu’il serait inutile d’aller saluer compte tenu de son appartenance à l’UMP. Ce n’était rien d’autre que ça », affirme cet élu affable et d’une fi délité sans faille à son héros, qui se dit capable de se faire « hacher menu » pour Jean-Marc Ayrault !

En 2007, c’est Pascal Bolo qui dirige une réunion de rédaction de la fameuse circulaire, envoyée aux quelque deux cents militants « référents ». « Nous y évoquions la nécessaire surveillance de la campagne de nos adversaires, se souvient-il. On cherchait un terme plus précis. Et c’est là qu’on a ajouté “opposants notoires”. »

Le texte est faxé à Jean-Marc Ayrault. « Il n’y voit pas malice. L’expression n’est pas dans le courrier signé de sa main mais fi gure entre parenthèses dans le questionnaire qui y est joint », rappelle Pascal Bolo.

Le « buzz » prend tout de suite, inutilement alimenté par le silence assez incompréhensible de Jean-Marc Ayrault. « Je lui ai conseillé de ne pas réagir », confesse Pascal Bolo. Le député-maire garde ainsi le silence deux trop longues semaines, jusqu’à la manifestation organisée devant la mairie. Il sort alors de sa réserve, plutôt prudemment sur la forme : « La formule était maladroite, concède-t-il, mais une campagne électorale exige de la méthode et un minimum d’organisation. C’est cela, et rien d’autre, qui a été demandé aux militants socialistes nantais. »

Sur le fond, Jean-Marc Ayrault choisit l’attaque pour meilleure défense. « Trop, c’est trop ! lance-t-il. Une responsable “notoire” de l’opposition a même cru devoir, selon ses dires, déposer une plainte à la CNIL. Tout cela relève de la calomnie pure et simple. » Et le député-maire de conclure : « En ce qui me concerne, j’ai une autre idée du devoir de ma charge », en invitant l’opposition à débattre plutôt « bilan contre bilan, projet contre projet ».

Une plainte sera effectivement déposée auprès de la CNIL par Annick du Roscoät, conseillère municipale adhérente d’un parti dont le sigle ressemble à s’y méprendre à celui de la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Elle est alors la présidente du CNIP (Centre national des indépendants et paysans), le reste groupusculaire de l’ancien parti d’Antoine Pinay.

La CNIL mène rondement l’enquête. Dans un courrier daté du 21 décembre 2007, Alex Türk, son président, qui est aussi sénateur divers droite, annonce à Jean-Marc Ayrault son intention de procéder à la « clôture de la plainte ». Il motive sa décision après avoir pris bonne note des instructions données à l’équipe de campagne du maire de Nantes de « détruire immédiatement tout questionnaire mentionnant l’identité de personnes physiques ».

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Extrait de "Ayrault, l'inconnu de Matignon", Archipel (3 octobre 2012)

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Gilles
- 08/10/2012 - 18:45
Rien de neuf
Plus que jamais la France est dirigée depuis les loges maçonniques. C'est loin d'être un fantasme.
Épisode peu connu de la 1ère guerre mondiale : après la chasse aux religieux, les politicards laïques de la IIIème République avaient épuré l'Armée en plaçant leurs amis franc-maçons (incompétents) aux postes clés. D'où la débandade au début du conflit. Ce n'est que par la suite que les officiers compétents furent rappelés.
Ishtar
- 08/10/2012 - 09:26
Explication de texte
Où l'on apprend que les "Relais connus ou opposants notoires à la municipalité" sont des "commerçants qu'il est inutile d'aller saluer compte tenu de leur appartenance à l'UMP" ! Ce raccourci saisissant dévoile sans excès de précaution le sectarisme borné de ces gens. Autrement dit, pendant vingt ans, on n'est pas allé saluer les "opposants notoires". Belle manière d'administrer une ville. Cela promet des lendemains très démocratiques au niveau national.
Septentrionale
- 08/10/2012 - 03:52
@Ntzsch : un peu moins d'hypocrisie
ne reportez pas trop vite sur l'orthographe un article qui a de quoi vous déranger