En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
Laïcité ouverte
Les collectivités publiques ne doivent pas ostraciser le fait religieux, créateur de lien social
Publié le 20 juillet 2012
La mairie de Paris organise ce samedi une Nuit du ramadan, avec concerts et repas de rupture du jeûne. Est-elle dans son rôle en finançant une soirée à composante religieuse ?
"Thierry Rambaud est professeur de droit public à l'Université Paris Descartes et à Sciences Po (Paris). Ancien membre de la Commission de réflexion juridique sur les rapports entre les pouvoirs publics et les cultes (Ministère de l'Intérieur),...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Thierry Rambaud
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
"Thierry Rambaud est professeur de droit public à l'Université Paris Descartes et à Sciences Po (Paris). Ancien membre de la Commission de réflexion juridique sur les rapports entre les pouvoirs publics et les cultes (Ministère de l'Intérieur),...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La mairie de Paris organise ce samedi une Nuit du ramadan, avec concerts et repas de rupture du jeûne. Est-elle dans son rôle en finançant une soirée à composante religieuse ?

Atlantico : La mairie de Paris organise ce samedi, comme chaque année depuis 2001, une Nuit du Ramadan. Cette initiative vous choque-t-elle ?

Thierry Rambaud : On peut répondre en deux temps. Le premier plan est plus politique et sociologique et invite à considérer cette volonté d'organiser un évènement à dominante principalement culturelle et festive – puisque ce sont des concerts – comme une volonté de s'inscrire dans une laïcité plutôt "ouverte" ou "positive".

Cette conception ouverte implique que l'organisation d'un événement pour une religion particulière vaille également pour les autres. Il faut évidemment qu'il y ait égalité et que d'autres religions représentatives qui souhaiteraient organiser ce type de manifestations puissent le faire en ayant une coopération positive avec la ville de paris.

Le second point est l'aspect strictement juridique. Une mise en garde a été adressée au maire de Paris par le préfet de police en 2011, eu égard à l'organisation de cet événement. Le préfet a soulevé des interrogations concernant le respect de l'article 2 de la loi de 1905 sur l'interdiction de subventionner des activités cultuelles.

Cette soirée, au fond, est-elle culturelle ou cultuelle ?

L'argument soulevé par la préfecture de paris peut se comprendre, puisqu'il y a deux parties dans la soirée. Il y a une partie fête/concert qui n'a bien entendu rien de cultuel - il n'est pas illégal de subventionner un concert juste parce qu'il est organiser pendant une célébration religieuse - et une seconde partie, qui est le repas de rupture de jeûne.

La question est plus délicate sur ce repas, car il est plus lié à l'exercice du culte et au respect du ramadan par les fidèles. Et ce repas est, d'après les informations dont on dispose, plus ou moins pris en charge financièrement par la mairie de Paris.

Mais il faut rappeler que la jurisprudence du Conseil d'Etat, renforcée par plusieurs arrêts rendus le 19 juillet 2011, privilégie une conception libérale du principe de laïcité. Ces arrêts entendent promouvoir une conception de la laïcité et de l'article 2 qui n'interdit pas la possibilité pour les collectivités publiques de participer au financement d'un certain nombre d'activités qui peuvent avoir un lien avec du religieux. Par exemple, la construction d'un ascenseur pour accéder à la basilique de Lyon : ce n'est pas directement du cultuel, mais il y a un intérêt public local lié au prestige de cette basilique.

Ici, on peut considérer qu'il y a aussi ici une sorte d'intérêt public local, puisque ce sera organisé en période d'été, à un moment où il y a pour la mairie la nécessité d'organiser un événement culturel et musical, notamment pour des gens qui ne partent pas forcément en vacances. Cela crée un peu de lien social.

La ville de Paris organise également des soirées pour Hanouka, Vesak, Noël, etc. Est-elle dans son rôle en organisant ce type de manifestations ?

C'est une vraie question. Il s'agit de savoir quelle place on réserve aux grandes religions dans le vivre-ensemble. Je crois que pour créer du lien social, de la solidarité, il faut admettre qu'il puisse y avoir l'expression de ces courants spirituels ou religieux. C'est le rôle des collectivités publiques d'organiser ce vivre-ensemble. Dans un certain nombre de cas, ça peut se faire en collaboration avec l'Eglise catholique, par exemple lors de la venue du Saint-Père à Paris, quand les collectivités publiques mobilisent des moyens pour organiser cet évènement.

Il faut respecter le principe de neutralité devant la loi, le fait qu'aucune religion ne soit discriminée et qu'aucune doctrine ne soit favorisée. Mais il serait paradoxal de ne laisser les collectivités promouvoir seulement des activités qui n'ont aucun lien avec la religion, et qu'à chaque fois qu'on a le "label" religieux, il y ait une volonté d'abstention.

On est dans une période de crise financière et je crois qu'il est important de considérer que, pour un certain nombre de nos concitoyens, la chose religieuse peut être constitutive de l'identité. Et bien sûr, il faut que cette identité s'inscrive dans un cadre global, national, dans le respect de l'ordre public. Il ne faut absolument pas qu'on tombe dans le communautarisme. Sous cette réserve, il me parait important que les collectivités publiques n'ostracisent pas le religieux de la sphère publique et sociale.

Propos recueillis par Morgan Bourven

Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONE MicrosoftInternetExplorer4 /* Style Definitions */ table.MsoNormalTable {mso-style-name:"Tableau Normal"; mso-tstyle-rowband-size:0; mso-tstyle-colband-size:0; mso-style-noshow:yes; mso-style-priority:99; mso-style-qformat:yes; mso-style-parent:""; mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt; mso-para-margin-top:0cm; mso-para-margin-right:0cm; mso-para-margin-bottom:10.0pt; mso-para-margin-left:0cm; line-height:115%; mso-pagination:widow-orphan; font-size:11.0pt; font-family:"Calibri","sans-serif"; mso-ascii-font-family:Calibri; mso-ascii-theme-font:minor-latin; mso-fareast-font-family:"Times New Roman"; mso-fareast-theme-font:minor-fareast; mso-hansi-font-family:Calibri; mso-hansi-theme-font:minor-latin; mso-bidi-font-family:"Times New Roman"; mso-bidi-theme-font:minor-bidi;}
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Public voit un nouvel homme dans la vie de Laeticia Hallyday; Angelina Jolie veut récupérer le sien; Brigitte Macron au chevet de l’AVC de Line Renaud; Ségolène Royal & François Hollande bientôt mamie-papy; Louis Sarkozy accouche d’une ligne de mocassins
02.
Pourquoi l’incendie de Notre-Dame oblige Emmanuel Macron à revoir sa copie
03.
Ils reconnaissent l'une des écoles de leur village dans un film porno
04.
Trêve ou flottement au sommet ? Quoiqu’il en soit, voilà les 5 questions de fond auxquelles Emmanuel Macron devra absolument répondre s’il veut reprendre la main
05.
Cette fâcheuse addiction du monde contemporain à la pornographie émotionnelle
06.
Le nouveau parti du Brexit de Nigel Farage prend la tête des sondages pour les Européennes au Royaume-Uni
07.
Notre-Dame et Gilets jaunes : le week-end à hauts risques d'Emmanuel Macron
01.
Notre-Dame de Paris : des dirigeants de l’Unef se moquent de l'incendie
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Ce que pèse vraiment le vote musulman dans la balance démocratique française
04.
L’insoutenable légèreté de la majorité LREM ?
05.
Grand Débat : le revenu universel, la mesure qui pourrait produire l’effet whaouh recherché par Emmanuel Macron
06.
Cardinal Robert Sarah : “Ceux qui veulent m’opposer au Pape perdent leur temps et leurs propos ne sont que le paravent qui masque leur propre opposition au Saint-Père”
01.
Après les Gilets jaunes, Notre-Dame : cette France qui se redécouvre des sentiments perdus de vue
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Du “Yes We Can” au “Yes I can” : de quelle crise politique le succès phénoménal de Michelle Obama est-il le symptôme ?
04.
Incendie de Notre-Dame : et notre mémoire ancestrale fit irruption dans la post-modernité
05.
Suppression de l’ENA : en marche vers des records de démagogie
06.
Grand Débat : le revenu universel, la mesure qui pourrait produire l’effet whaouh recherché par Emmanuel Macron
Commentaires (10)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Bara
- 20/07/2012 - 20:24
Encore un article pro-religion pour le début du ramadan ?
Quelle surprise...
Alors vite un petit mot avant de me faire censurer pour incorrection politique: le "fait religieux" créé du "lien social", certes, mais entre adeptes d'une même religion, en les séparant des autres.
Toutes les pratiques vise à isoler les fidèles en leur faisant pratiquer les mêmes choses qui les distinguent des autres: ne pas manger tel ou tel aliment, porter tel ou tel vêtement etc.
Le ramadan, si vous êtes d'origine musulmane, vous devez le faire sous peine de vous couper de tous vos proches.
Par conséquent, pour l'intégration (="créer du lien social avec les autochtones"), le "fait religieux" est une catastrophe.
sam84
- 20/07/2012 - 15:49
la laicité
Il n'appartient pas aux religions de fixer leurs propres limites au sein de la nation. C'est à la République, c'est au gouvernement , d'énoncer, d'affirmer les lois de la République face aux religions.
La laïcité et les religions sont antinomiques. Les religions sont par définition, par essence des idéologies, des croyances , des pratiques qui se veulent et qui se proclament "sacrées", transcendantes et de nature absolue. On ne peut leur demander de se proclamer en même temps laïques, profanes, non sacrées.
La laïcité républicaine n'est pas anti-religieuse, elle est a-religieuse. La nuance est importante. La laïcité ne cherche pas à brimer les religions. Elle les ignore. elle accepte qu'elles existent mais en tant que croyances, pratiques, idéologies profanes, au même titre que n'importe quelle autre croyance, idéologie. " Sacré" a pour étymologie "séparé", intouchable, qqc que l'on doit regarder de loin " re-specter". La laïcité ignore cette revendication d'une qualité qu'elle tient pour dénuée de fondement, à ses yeux.L e contorsionnisme sémantique,pour transformer un événement cultuel en événement culturel,ne fait pas illusion,et constitue une provocation contre productive
Le Cors@ire
- 20/07/2012 - 15:34
La laïcité
La laïcité c'est le respect de TOUTES les religions mais pas le financement de rites religieux avec les impôts des contribuables (concordat !!). Donc le Maire de Paris contrevient à la LOI séculaire.