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Radeau de la Méduse : malgré la succession de sommets, les démocraties européennes se cannibalisent toujours plus entre elles
Publié le 10 juillet 2012
Le dernier sommet européen a montré une fois de plus les carences européennes en matière de gouvernance. Surtout quand l'Allemagne se sent prise en otage par les pays du Sud, et qu'Angela Merkel se dit "trahie" (selon un ancien commissaire européen) par le refus de Mario Monti sur le pacte de croissance...
Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il...
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Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il...
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Le dernier sommet européen a montré une fois de plus les carences européennes en matière de gouvernance. Surtout quand l'Allemagne se sent prise en otage par les pays du Sud, et qu'Angela Merkel se dit "trahie" (selon un ancien commissaire européen) par le refus de Mario Monti sur le pacte de croissance...

Le sommet européen s’est révélé une fois de plus une pantalonnade. Nous ne reviendrons pas sur le contenu de ce sommet, notons seulement qu’il est évolutif, chacun l’interprète à ce stade comme cela lui convient.

Personne ne se préoccupe d’éclairer l’avenir, de tracer le chemin afin que les décisions et adaptations soient optimums non, on ne se préoccupe que de propagande et de posturing politique. C’est la raison pour laquelle les interprétations sont divergentes. C’est la raison aussi pour laquelle l’effet positif de telle ou telle décision est de courte, très courte durée.

A chaque fois, la même séquence se répète, euphorie, puis commentaires divergents, puis doutes, puis critiques et finalement échec. On n’arrête pas de prédire les tournants, les grands tournants  dans l’évolution de la crise européenne. Même l’Agence S&P affirmait, charitable et connivente comme à l’accoutumée, que nous pourrions bien être à un énième tournant si… les mises en œuvre suivaient.

Comment pourraient-elles suivre ? Les soi-disant accords sont toujours ambigus, abscons, incomplets ; ils sont toujours à finaliser par d’autres décisions, ratifications ; ils sont conclus par des partenaires qui sont dominés par les arrière-pensées, par des partenaires qui outrepassent leurs mandats ; par des politiciens qui ne cherchent qu’une chose : s’attirer ou remonter une popularité.

C’est pire que le “A chacun sa vérité” de Pirandello, c’est à chacun son mensonge.

On ne comprend les accords européens que plus tard, des semaines plus tard quand la poussière est retombée, quand les langues se délient et que les conflits réapparaissent. C’est la loi du genre, car en fait les accords ne sont là que pour masquer des désaccords plus profonds, fondamentaux, irréductibles.

L’Europe du Sud, à laquelle est venue se joindre volontairement la France, ne veut pas aller plus loin dans l’austérité pour des raisons de stabilité sociale, elle veut que ce soit l’Allemagne qui partage le fardeau de ses dettes. L’Allemagne veut elle préserver l’euro au moins temporairement, elle exige un contrôle des finances publiques et du système bancaire des pays en difficulté avant de s’engager dans ce « burden sharing ». Pour des raisons géopolitiques, politiques et sociales, les pays du Sud ne veulent pas abandonner leur souveraineté. La réalité est que les contradictions sont trop fortes pour pouvoir être dépassées.

Les cleptos, sociaux-démos tiennent, contrôlent l’information des élites européennes. Ainsi le Handelsblad révèle que les 32 porte-paroles de la Commission européenne lisent tous le FT, à tout seigneur clepto tout honneur, sept lisent Le Monde, six Le Corriere della Sera et le quotidien espagnol El Pais. Tenez-vous bien aucun ne lit la presse allemande, pas même le Süddeutsche Zeitung. Et pourtant ce sont les Allemands qui paient. Et on s’étonne des orientations de la Commission !

Les marchés alliés des pays du Sud, dominés par les banques, poussent à la roue, ils exercent un chantage sur l’Allemagne, cette dernière lache du lest de temps à autre, mais en même temps freine des deux pieds pour “implementer”comme on dit maintenant, mettre en application ce qu’elle fait semblant de concéder.

À noter également, que le Wall Street Journal émet une critique qui rejoint les nôtres sur la supervision des banques par la BCE. Nous considérons que le système est non crédible et dangereux, car il aboutirait à faire superviser les banques par l’institutionnel, qui serait alors chargé de la politique monétaire, conventionnelle et non conventionnelle.

Quand le gouvernement allemand va trop loin, c’est la Bundesbank qui intervient et joue le rôle de "commandeur" et quand cela ne suffit pas, on en appelle au patronat, aux constitutionnalistes, et à la presse... Tout ce beau monde se charge de rappeler les principes chers à l’Allemagne, de tracer de nouvelles lignes à ne pas franchir….

Ces derniers jours, comme Merkel a fait des concessions infâmes, ce sont ses alliés politiques qui sont montés au créneau. C’est une nouvelle ligne de défense qui a été érigée. Ainsi, le Gouverneur Horst Seehofer, leader de la CSU bavaroise qui est pièce déterminante dans la coalition de centre droit, Horst Seehofer a critiqué très fortement les résultats du sommet de la honte et menacé de faire chuter le gouvernement si Berlin faisait de nouvelles concessions aux "pestiférés".

“Le temps va venir où le gouvernement bavarois et la CSU ne vont plus pouvoir dire oui, oui ” a déclaré Seehofer ; les milliards d’aide et de garanties données étaient déjà borderline et ma plus grande crainte est que bientôt les marchés financiers se demandent, est-ce que l’Allemagne peut faire face à tout cela ? C’est le point le plus dangereux. ajoute-t-il.

“Le fait que nos partenaires veulent prendre notre argent sans exiger trop d’eux même est profondément humain, mais cela ne résoudra pas le problème”… Dans un registre voisin, Seehofer affirme que nous n’accepterons aucun transfert de souveraineté à un état européen monstrueux, « an European Monster State », nous refuserons toute modification de notre constitution.

Cette vive réaction du leader de la CSU illustre deux points importants de nos réflexions :

  • Les accords conclus lors des sommets européens ne sont jamais des tournants, mais des zigzags incohérents et trompeurs, jamais il n’y a  des directions claires susceptibles de provoquer des chocs positifs durables.

  • La crise et ses pseudo-solutions ont un effet réel répétitif, constant et durable, elles divisent, elles font éclater les consensus, elles déstabilisent; les démocraties se cannibalisent.


Nous insistons sur ce dernier point car c’est, dans une perspective de moyen terme le plus important, c’est lui qui fixe les limites de ce que les gouvernements peuvent faire dans un contexte de perte de légitimité.

Divisions, divisions :

Un groupe de 160 économistes allemands conduits par le prestigieux et médiatique Hans-Werner Sinn, patron de l’IFO vient de lancer un avertissement public à Angela Merkel.

“Nous nous inquiétons de l’avancée vers une union bancaire européenne, qui résultera en une garantie collective des dettes bancaires dans l’eurosystème”.

“Ces dettes sont trois fois plus importantes que les dettes des souverains et dans les cinq pays en crise, elles se chiffrent en trillions d’euros ; les banques doivent pouvoir faire faillite. Si les débiteurs ne peuvent payer leurs dettes, il n’y a qu’un groupe qui doit supporter le fardeau, ce groupe ce sont les créanciers eux-mêmes”

Il n’y a pas que les économistes qui bougent, au SPD, le centre gauche qui vient faire l’appoint dans les votes pour soutenir Merkel, avertit qu’il exigera des conditions très strictes pour voter en faveur d’un bail out (renflouement) des banques espagnoles. Les Verts semblent s’orienter dans la même direction.

Certains observateurs politiques constatent la disparition progressive des soutiens à la politique européenne de Merkel et n’hésitent pas anticiper sa mise en minorité, avec un vote de confiance risqué.

La “victoire ” de Monti, Rajoy et Hollande semble avoir pour conséquence un fort raidissement des positions à l’intérieur de l’Allemagne.

Les sondages allemands, très anti européens de ces derniers jours, l’abstention de l’ultra gauche française au vote de confiance du gouvernement Ayrault, la montée de Beppe Grillo en Italie, le doublement de l’extrême gauche en Espagne à 15%, etc. Tout cela va dans le même sens, à savoir l’ingouvernabilité réelle du radeau de la méduse européen.

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Commentaires (6)
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HR
- 09/07/2012 - 18:53
Démocratie? mais de quoi il parle?
Comment des démocraties auraient pu produire une chose aussi anti-démocratique que l'Union Européenne?
Ça ne tient pas debout.
Rhytton
- 09/07/2012 - 14:15
Difficile d'être unis quand on ne se trouve pas d'identité!
L'identité européenne est-elle une chimère? Alors que les identitaires de tous les pays ne s'unissent pas mais s'affichent et s'affirment à mesure qu'un nouvel ordre mondial s'installe par le progrès et les délocalisations, les Européens peinent à se trouver une raison de croire qu'ils sont sur le même radeau.
Seb Per
- 09/07/2012 - 09:52
la réalité
c'est que la classe politique des Etats du Sud est virtuellement grillée. Soit elle annonce des coupes drastiques à ses populations qui vont se faire fort de leur botter les fesses aux prochaines élections, soit elle se rebiffe et accuse le Nord - tout en leur tendant la sébille- d'être responsable de leur effondrement.
Evidemment pour le moment elle essaie de concilier les deux mais elle ne pourra pas faire le grand écart. Soit le Nord paie, soit le Sud se coupe les deux bras. Toute tergiversation est destructrice, et c'est ce que signalent les marchés.