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Plan de paix

Conflit israélo-palestinien : vers une nouvelle guerre de 100 ans ?

Publié le 11 février 2020
Le 28 janvier, Donald Trump a dévoilé un plan de la paix, une "solution" pour tenter de régler le conflit israélo-palestinien.
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Michel D'Harez
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Le 28 janvier, Donald Trump a dévoilé un plan de la paix, une "solution" pour tenter de régler le conflit israélo-palestinien.

Le 28 janvier, le Président Donald Trump a présenté son plan « Paix pour la prospérité » pour régler le conflit israélo-palestinien.

Détaillé dans un document de 181 pages, la proposition s’inscrit dans la continuité juridique des Accords d’Oslo. Il fait également référence à un discours d’Ytshak Rabin devant la Knesset détaillant les éléments de la résolution finale du conflit ; ces paramètres sont très voisins de ceux du plan proposé, et n’auraient pas, en son temps, été contesté par les Palestiniens.

Ce plan a la force d’exister par écrit dans une précision déjà très avancée, même si elle n’est pas achevée. Il prend acte de la situation sur le terrain avec des Palestiniens que les pays arabes ne soutiennent que mollement, tant leur crainte de l’Iran les rapproche d’Israël. Ce plan reflète quasi scrupuleusement, le rapport de force actuel sur le terrain.

Le plan repose sur la « vision » d’une « solution réaliste de deux États ». Mais dès le début, il est précisé que le futur État palestinien aura tous les pouvoirs pour s’auto-administrer, mais aucun pour mettre en danger Israël. Dans le même temps, la « vision » reconnait Israël comme l’État des Juifs, et la Palestine comme l’État des Palestiniens.

Le plan insiste sur « Des opportunités pour la coopération régionale », et présente « Une vision économique pour un futur prospère », au point que des pages entières du document s’apparentent à un prospectus de fonds d’investissements.

Le plan insiste sur la nécessité de dépasser le cadre de l’ONU qui s’est révélé infructueux malgré les 700 résolutions de l’Assemblée générale et les 100 résolutions du Conseil de sécurité. Au grand dam de nombreuses personnes des deux côtés, le Président Donald Trump prend acte de la situation sur le terrain, et essaie de limiter au maximum les sujets de friction. Les principaux paramètres du plan sont :

1. La création de deux États

Israël accepterait la création de l’État arabe de Palestine, même si l’acceptation du plan de partage de 1947 vaut de facto une reconnaissance de l’aspiration étatique des Palestiniens.

Plus significative serait la reconnaissance par les Palestiniens qu’Israël est l’État des Juifs. La création d’un État de Palestine est conditionnée par le fait qu’il rejetterait toute forme de terrorisme et de violence.

Cette reconnaissance mutuelle constitue une concession pour chacune des Parties, et la base de ce plan. Le principe des Accords d’Oslo « la paix en échange de la terre » est dépassé par le principe de la reconnaissance mutuelle sans contrepartie matérielle.

2. Jérusalem

Donald Trump confirme que Jérusalem est la « capitale indivisible d’Israël ». En même temps la Palestine aurait « Jérusalem Est » comme capitale qui pourrait s’appeler Al Qods ; en fait, ce serait la localité d’Abu Dis auquel le plan prévoit d’adjoindre des quartiers de la ville sainte, situés dans l’est de la ville (Kafr Aqab et la partie est de Shuafat). Donald Trump a annoncé une ambassade dans la « Jérusalem-Est » auprès du futur État de Palestine.

3. Statu quo sur le Mont du Temple

La déclinaison de cette démarche aux lieux saints de Jérusalem se traduit par le statu quo, ce qui signifie que la gestion du mont du Temple resterait assurée par le Waqf jordanien, et que les Juifs ne pourront toujours pas s’y rendre pour prier.

4. Statu quo dans les territoires

Comme pour Jérusalem, Donald Trump prend acte de la situation sur le terrain, et valide toutes les implantations israéliennes, y compris 15 enclavées dans le territoire palestinien, et pérennise la présence sécuritaire israélienne sur la vallée du Jourdain. Même si elles sont mesurées, des critiques sont émises certains militaires israéliens contre ce morcellement territorial qu’il sera difficile de protéger.

Rappelons que 500 000 Israéliens vivent aujourd’hui dans ces villes et localités, contre 100 000 à la signature des Accords d’Oslo, il y a plus de 25 ans, et que cela peut expliquer le refus américain d’envisager toute évacuation. Cette option se retrouve dans une formule plus générale de ne déplacer personne, qui concerne plus les Israéliens que les Palestiniens.

5. Quatre échanges de territoires​

Les Palestiniens récupéreraient le triangle en basse Galilée, constitué par les villes arabes de Kafr Qara, Ar’ara, Baha el Garbiyye, Umm al Fahm, Qalansawe, Tayibe, Kafr Qasim, Tira, Kafr Bara et Jaljulia. Il s’agit d’une vielle idée déjà examinée en 1949 au cours des négociations de l’armistice entre Israël et la Jordanie. Nombreux sont les Israéliens favorables pour se départir de cette zone, berceau du nationalisme palestinien. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les oppositions viennent des Arabes israéliens, résidents de ces localités.

Les Palestiniens récupéreraient des quartiers de l’est de Jérusalem (Kafr Aqab et la partie est de Shuafat) pour renforcer la future capitale palestinienne à « Jérusalem Est » autour du village d’Abu Dis.

Les Palestiniens auraient deux zones situées dans le Néguev à la frontière avec l’Égypte, une pour développer consacrée aux industries de haute technologie, et une dédiée à des résidences et à l’agriculture.

6. Le rejet d'une des principales revendications palestiniennes : le retour des descendants des réfugiés de 1948

Cette situation n’empêcherait pas le futur État de Palestine de les accueillir, perspective critiquée par des extrémistes israéliens qui y voient une bombe à retardement.

7. La continuité territoriale serait assurée, tant pour les Palestiniens que les Israéliens, par de nombreuses voies souterraines et aériennes.

8. Le plan économique

Déjà dévoilé à Manama, le volet économique du Plan prévoit de très nombreux projets de développement, avec plusieurs sociétés conjointes et de substantiels financements. Au-delà de la qualité et de l’importance de ce volet, il se heurte à un obstacle psychologique fondamental : il donne le sentiment que les Américains veulent l’abandon pas les Palestiniens de leur revendication identitaire, voire veulent leur racheter leurs terres.

Cet aspect est loin d’être négligeable. Il en est de même de l’erreur de communication commise pour la présentation du Plan. Même si les palestiniens ne voulaient s’associer ni au Plan et encore moins à la conférence de presse, fallait-il pour autant la faire en présence de Benjamin Netanyahou et donner l’impression que les Américains validaient toutes les demandes israéliennes ?

Un nouveau refus palestinien

Depuis décembre 2017 et la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël, les Palestiniens contestent aux États-Unis le rôle de faiseur de paix. Ils n’ont pas voulu participer aux discussions préparatoires à la sortie du plan. Ils ne se sont pas rendus à Manama, capitale de Bahreïn pour la conférence sur le développement économique du Proche orient.

Rien ne permet d’être optimiste sur le succès de ce plan. Le président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas a boycotté les discussions avec les Américains, refuse de répondre à Donald TRUMP au téléphone, n’hésite pas à le qualifier de « chien, fils de chien » et même de « porc » non seulement en privé mais encore lors de réunions officielles…Rien d’encourageant !

Avant même la publication du plan, Mahmoud Abbas a annoncé son refus. Ce nouveau refus s’inscrit dans une la longue liste de refus :

  • Déjà en 1937, les Palestiniens avaient refusé le plan de partage proposé par la Commission royale pour la Palestine présidée par Lord William Peel. Il avait préconisé la fin du mandat britannique avec la mise en place de deux États. Un juif sur 5 000 km²avec une bande littorale de Tel Aviv à Haïfa et la Galilée, un arabe sur tout le reste du territoire mandataire, à l’exception d’un corridor conservé par les Britanniques de la côte à Jérusalem.

David Ben GOURION avait contre carré les oppositions des responsables du Ychouv en soutenant qu’il valait mieux un petit État que pas d’État !

  • Le refus palestinien s’est manifesté une nouvelle fois en 1947 contre la résolution des Nations-Unies n° 181 préconisant la création de deux États et l’internationalisation de Jérusalem.
  • De 1949 à 1967, les Jordaniens auraient pu établir en Cisjordanie un État de Palestine, avec Jérusalem-Est, divisée à l’époque, comme capitale. Il n’en fût rien et les Jordaniens se sont appropriés ces territoires, attitude régulièrement critiquée par le Président Habib Bourguiba.
  • L’exclusion de la Tunisie de la Ligue arabe comme suite au discours prononcé par le Président Habib Bourguiba à Jéricho le 12 février 1965. Le combattant suprême a osé déclaré : « …la politique du « tout ou rien » …nous a menés en Palestine à la défaite et nous a réduits à la triste situation où nous nous débattons aujourd’hui…Il faut que, de la nation arabe, montent des voix pour parler franchement aux peuples… » Deux ans avant la guerre des six jours qui a radicalement changé la nature du conflit. Si les Palestiniens avaient écouté ce conseil visionnaire, prémonitoire, ils auraient eu un État sur toute la Cisjordanie et une capitale sur toute la partie Est de Jérusalem, y compris tous les lieux saints.
  • Le 1er septembre 1967, moins de trois mois après la guerre des six jours, neuf pays arabes dont l’Égypte et l’Arabie saoudite énoncent « les trois non de Khartoum », pas de paix avec Israël, pas de reconnaissance de l’entité sioniste, pas de négociation avec Israël. Cela va conduire au rejet de la proposition israélienne, également dénommée « plan ALLON ».
  • Dans le courant de l’année 1968, le Premier ministre israélien, M. Lévy Eschkol, a eu des discussions secrètes avec les Palestiniens, sans succès. Constatant que les Palestiniens ne faisaient pas le moindre geste, il a arrêté.
  • Dans le courant du second semestre 2000, des négociations ont lieu entre Éhud Barak et Yasser Arafat à Camp David sous l’égide du Président américain. En résultent « Les paramètres CLINTON » refusés par le leader palestinien. Pour conforter son refus, il fait convoquer une réunion de la ligue arabe qui, à l’unanimité, lui donnera raison. Sur le chemin du Caire, il s’arrête à Paris qui lui « conseille » de refuser « pour obtenir plus » !
  • Au sommet de Taba de 2001, nouveau refus de Yasser Arafat qui va s’appuyer sur la seconde intifada pour essayer d’obtenir plus… !
  • En 2008, Mahmoud ABBAS refuse les propositions du Premier ministre Ehud Olmert, et notamment 93 % de la Cisjordanie.

Comme a dit, en son temps, Abba EBAN, « les Palestiniens ne manquent jamais de manquer une occasion… ». Cela se vérifie depuis 80 ans !

La solitude des Palestiniens

Avant l’annonce par Donald TRUMP de la reconnaissance de Jérusalem comme capital d’Israël, on nous avait annoncé une levée de boucliers, une nouvelle intifada, une recrudescence des violences. Il n’en fut rien. Certains avaient prédit le même scénario après l’annonce du plan. Pour le moment, rien de tel sur le terrain. Les Palestiniens semblent bien seuls.

La réaction du monde arabe est, à l’exception de quelques irréductibles, relativement modérée, voire positive. Depuis une dizaine d’années, le Proche Orient doit faire face

  • Aux volontés expansionnistes de l’Iran au Yémen, en Irak, en Syrie, au Liban…
  • Á la volonté turque de reconstituer sa zone d’influence dans son Empire ottoman, et n’hésite pas à intervenir militairement en Syrie et en Libye…
  • Aux Djihadistes de Daech
  • Á l’islam radical, et plus particulièrement à l’entrisme des frères musulmans…

Ces menaces ont changé le contexte géopolitique du Proche Orient au point de voir des rapprochements étonnants entre Israël et pays sunnites.

Signe indéniable des évolutions en cours, les ambassadeurs de Bahreïn, des Émirats arabes unis et d’Oman ont assisté à la présentation du plan faite par Donald Trump. Bahreïn avait d’ailleurs accepté d’accueillir la conférence économique boycotté par les Palestiniens, au cours de laquelle avait été annoncé le volet économique du Plan dont les 50 Md$ pour le développement économique des territoires palestiniens.

La récente visite de Benjamin Netanyahou au Soudan démontre que ce pays est en train de basculer avec le démarrage d’une coopération sécuritaire avec les Israéliens.

De son côté, l’Arabie saoudite a eu une réaction ambivalente. Le roi Salman a affirmé son soutien inébranlable aux droits des Palestiniens. En revanche, de son côté, le ministère des affaires étrangères a apprécié les efforts américains, une position proche de celle du prince héritier, Mohamed ben Salman (MBS). De son côté, la presse saoudienne, sous supervision de MBS, n’a pas hésité à critiquer les Palestiniens pour leur attitude.

Il faut se souvenir que MBS avait invité Mahmoud Abbas à ne pas s’opposer à la décision américaine sur Jérusalem, et à se satisfaire d’Abu Dis comme capitale. Le Roi lui avait alors recommandé un peu plus de prudence. Cela explique la réaction actuelle.

Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, M. Samar Shoukri, l’Égypte a appelé « les parties concernées à examiner de manière attentive et minutieuse la vision américaine pour parvenir à la paix et à ouvrir les canaux du dialogue, sous les auspices des Etats-Unis, pour la reprise des négociations ».

En revanche, la ligue arabe, emmenée par l’Arabie saoudite et l’Égypte, a condamné l’initiative américaine. Ce rituel est classique. En effet, tout responsable palestinien pourrait attester que la Ligue arabe suit toujours la position préconisée par les Palestiniens. Mais, signe des temps, il a fallu quatre jours aux Palestiniens pour obtenir la réunion.

Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, M. Nasser Bourita, le Royaume du Maroc a affirmé apprécier les efforts américains, tout en plaidant pour la préservation du statut de Jérusalem, sans donner plus de précision ; ce point est important car le Souverain préside le Comité Al-Qods.

Le Qatar a également réagi de manière mesurée, et a rappelé que la paix se fera avec un État palestinien ayant « Jérusalem-Est » comme capitale, ce que prévoit le plan TRUMP.

Le Roi Abdallah de Jordanie ne s’est pas aventuré à cautionner le plan américain pour au moins trois raisons :

  • Les Palestiniens représentent les deux tiers de la population jordanienne. Le Roi ne peut prendre le risque d’affronter sa population, déjà en effervescence à cause de la crise économique ; n’oublions pas que son grand-père l’a payé de sa vie.
  • Certains considèrent que Donald Trump offre aux Palestiniens la dernière opportunité d’avoir un État de Palestine indépendant de la Jordanie, et estiment que la prochaine solution sera celle des cantons, un canton gazaoui rattaché à l’Égypte, et un ou deux cantons palestiniens rattachés à la Jordanie. Le Roi ne veut pas hypothéquer le futur de son pays.
  • La Jordanie est directement concernée par la vallée du Jourdain et la gestion des lieux saints de Jérusalem

Néanmoins, le positionnement est mesuré car, la Jordanie, minée par une sévère crise économique, a besoin de l’aide américaine.

Sans surprise, le Liban, l’Algérie sont opposés. Il en est de même de la Tunisie enfermée dans une opposition radicale à Israël, bouc émissaire de tous ses échecs intérieurs ; les Tunisiens feraient bien de revisiter leur histoire et de se souvenir du discours visionnaire de Jéricho.

Boris Johnson a salué l’initiative américaine. Les Russes et Chinois n’ont pas manifesté d’opposition fondamentale.

Quant à l’Europe, comme de coutume, elle s’est rangée derrière la bannière palestinienne. L’Union européenne a de moins en moins d’influence au Proche Orient comme en attestent les évolutions en Libye et Syrie où les principaux protagonistes sont la Russie et la Turquie. Cette perte d’influence est ancienne ; la perte de crédibilité européenne date d’au moins 40 ans lorsqu’au sommet de Venise, emmenée par Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Kohl, elle a condamné l’Égypte et Israël qui avait décidé de faire la paix.

Comme régulièrement dans le passé, cette nouvelle tentative peut se terminer par un nouveau cycle de violences. Palestiniens et Israéliens sont-ils engagés dans une guerre de cent ans ?

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Marie Esther
- 11/02/2020 - 12:01
enfin un article honnete sur le conflit israelo arabe
juste quelques remarques :
j'ai cru comprendre que le statu quo resterait mais avec une modificaation importante sur l'acces des pelerins de toutes religions
les Arabes israelie ns du triangle de Galilee ne veulent absolument pas qu'on deplace les ligne de separation (alors qu'au moins un village est pratiquement aux mains du courant islamique du nord)
l'Ue malgre Borell violemment anti israelien n'arrive plus a se mettre d'accord : l'ouest continue a etre propalestinienne et l'est est plutot favorable a Israel ainsi que la Grande Bretagne.
Ce plan est le plus abouti et tient compte du droit international et n'est pas base sur toutes les resolutions fantaisistproches de Gaza et de la frontierees de l'AG des Nations Unies.
Personnellement je suis plutot favorable a la prochaine et ultime solution : Gaza se rapprochant de l'Egypte qui l'a occupe de 1948 a 1967 et les villes palestiniennes de Judee Samarie se rapprochant naturellement de la Jordanie puisque la plupart des Palestiniens de cette region possedent des passeports jordaniens.
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