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"Mais vous êtes fous" : coup d'essai, coup de maître
Publié le 24 avril 2019
Sur un sujet aussi difficile que rebattu -l'addiction à la drogue- Audrey Diwan a réalisé un film remarquable. D'autant plus impressionnant, que c'est son premier. A suivre avec une attention sympathique.
Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Sur un sujet aussi difficile que rebattu -l'addiction à la drogue- Audrey Diwan a réalisé un film remarquable. D'autant plus impressionnant, que c'est son premier. A suivre avec une attention sympathique.
CINEMA
 
 « Mais vous êtes fous »

 d’Audrey Diwan

Avec Pio Marmaï, Celine Sallette, Valérie Donzelli…

 

RECOMMANDATION :EN PRIORITE

         

 

THEME

Il s’appelle Roman (Pio Marmaï). Il a un charme fou, une femme délicieuse (aimante et aimée), deux petites filles qu’il adore (et qui le lui rendent bien) et un boulot (dentiste) qu’il fait avec intérêt et sérieux. Tout semble donc aller comme sur des roulettes. Mais un jour, l’agencement de sa belle vie s’effondre. Une de ses filles est prise de convulsions. L’hôpital est formel : la cocaïne en est la cause. Roman doit avouer son addiction. Il va apprendre qu’il a contaminé sa fille sans le vouloir, ni le savoir. Une descente aux enfers s’amorce. Elle va faire exploser la famille. D’autant que la police s’en mêle...

Remonter la pente va être difficile et douloureux. Pour Roman, mais aussi pour sa femme, Camille (Céline Sallette) et leurs deux petites filles. Plus rien ne sera comme avant.     

 

POINTS FORTS

- Le scénario. Pour l’écrire, Audrey Diwan est partie d’une histoire vraie, celle d’un homme qui avait détruit son couple, sa famille et sa vie sociale à la suite des conséquences dramatiques de son addiction à la cocaïne. A partir de là, parce qu’elle écrivait pour le cinéma, la scénariste a cherché à « fictionner » son histoire. Pour l’éloigner du « documentaire », elle lui a greffé une variation sur l’amour conjugal. Le résultat est ce film qui emprunte à plusieurs genres, et qu’on pourrait qualifier de thriller intime.

- Le casting. Parfait jusqu’au moindre petit rôle, il s’appuie sur  un duo d’acteurs formidablement complices, Pio Marmaï et Celine Sallette. Volcanique, imprévisible, très physique et en même temps, très fragile, Pio Marmaï confirme, une fois encore, son immense talent. Quant à Celine Sallette à la fois solide comme un roc et écorchée vive ,et  elle est bouleversante de bout en bout.

- La réalisation. Pour une débutante, Audrey Diwan montre qu’elle a un sens aigu du cadre, du rythme  et du montage.  

 

POINTS FAIBLES

Je n'en vois aucun.

 

EN DEUX MOTS

Jean Gabin disait : « Si t’as pas une bonne histoire, tu fais pas un bon film ».

Ce Mais vous êtes fous en fait encore fois la preuve. S’il est formidable de justesse et de tenue, c’est d’abord grâce à son scénario, écrit sous haute tension, d’une construction béton, tiré à quatre épingles (dialogues d’une incroyable justesse ), et sans un seul faux pli (pas un mot en trop). Avec un scénario de cette qualité, il était impossible de ne pas réunir un casting de rêve, et dans la foulée, d’en rater la mise en scène… Audrey Diwan dit qu’elle a travaillé longtemps sur son script. Le résultat est qu’elle livre un premier film remarquable à tous les niveaux. Remarquable et passionnant. Instructif aussi.

 

UN EXTRAIT

« Il s’agissait de créer une triangulaire amoureuse, avec la drogue pour maitresse. Le secret de Roman, c’est la drogue, mais ailleurs, ça pourrait être un adultère, une faillite secrète, que sais-je ? Plus généralement, n’importe quelle addiction, tout ce qui génère de la honte et de l’impossibilité de sortir d’un système. L’un est prisonnier de quelque chose qui met son couple en danger, et chez l’autre, le doute succède à l’aveuglement » (Audrey Diwan, réalisatrice-scénariste »).

 

LA REALISATRICE

Née en 1980, Audrey Diwan vient de signer son premier film en tant que réalisatrice, mais elle n’est pas une débutante : avant, elle a eu une belle carrière de journaliste, d’écrivain et de scénariste.

C’est  par le journalisme que cette diplômée d’une école spécialisée et aussi de Sciences Po, a abordé l’écriture : Technikart, Glamour et Stylist, dont elle deviendra la directrice éditoriale. En 2004, elle se lance dans la rédaction d’un livre, Confession d’un salaud , une enquête qu’elle co-écrite avec Fatou Biramah. Elle en publiera d’autres, dont La fabrication d’un mensonge (Prix René Fallet 2008), et, en 2013, How to be parisian, un ouvrage collectif qui sera traduit dans 31 langues.

Dans les années 2000, cette boulimique portée par la curiosité  s’essaie parallèlement à l’écriture  de scénarios, d’abord pour la télévision (De feu et de glace, Twenty Show, Mafiosa), puis pour le cinéma avec son compagnon de l’époque, le cinéaste Cédric Jimenez (Aux yeux de tous, La French, HHhH).

En réalisant Mais vous êtes fous qu’elle avait écrit d’après une histoire vraie, cette brillante jeune femme d’origine libanaise rajoute donc une corde à son arc. Elle ne s’en tiendra pas là. Elle travaille déjà à l’adaptation  de l’Evènement, livre autobiographique d‘Annie Ernaux.

 

ET AUSSI

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**********

 

- « L’adieu à la nuit » d’André Téchiné - Avec Catherine Deneuve, Kacey Mottet Klein, Oulaya Amamra…

 Nous sommes en 2015. Propriétaire d’un centre équestre dans le Sud-Ouest de la France, Muriel ( Catherine Deneuve) est folle de joie. Elle s’apprête à recevoir Alex, son petit-fils (Kacey Mottet Klein) avant qu’il ne parte au Canada. Il va suffire de quelques heures pour qu’elle soit intriguée par son comportement et son caractère. Alex a changé. Elle ne le reconnaît plus : il est  devenu sombre, brusque et impatient. Elle finit par découvrir  qu’il lui a volé de l’argent, s’est converti à l’Islam et surtout, que son pays de destination avec sa fiancée (Oulaya Amamra) est la Syrie, et non le Canada, comme il l’avait annoncé. Comprenant qu’il s’est radicalisé, Muriel va tout tenter pour le retenir…

De Made in France en 2013 à Mon cher Enfant en 2018, en passant par les Cowboys en 2015 et Le Ciel attendra en 2016, la radicalisation a beaucoup inspiré le cinéma français. Avec cet Adieu à la nuit, André Téchiné aborde à son tour ce douloureux et sulfureux sujet. Mais il le fait à sa manière, subtilement, délicatement, sans en rajouter; à travers un prisme qu’il affectionne, celui de la famille; dans une région qu’il célèbre souvent, le Sud Ouest français; et avec une comédienne à laquelle  il ne cesse de revenir, Catherine Deneuve (c’est leur sixième collaboration).

D’aucuns diront que son film, pourtant tendu d’un bout à l’autre et très bien documenté, manque d’images fortes et d’enjeu visible. Mais c’est justement sa singularité. Téchiné nous rappelle ici que la tentation djihadiste peut toucher tout le monde, mais il le fait avec sa sensibilité, sans rien asséner et surtout sans juger. Son film n’est ni à charge, ni à décharge. Il est  juste sur le fil de l’émotion, de la dévastation intérieure.

Recommandation : excellent

- « 90’s » de Jonah Hill - Avec Sunny Suljic, Katherine Waterston…

Dans le Los Angeles des années 90, entre une mère trop souvent absente et un grand frère caractériel, violent, mais qu’il admire, Stevie, 13 ans a du mal à trouver sa place. Un jour, il rencontre une bande de skateurs qui va le prendre sous son aile. Ceux qui la composent sont des glandeurs, mais ils sont généreux et cool. A leur contact, Stevie va « grandir », au sens propre, comme au sens figuré. Après avoir sacrifié à quelques rites (première cigarette, premier verre d’alcool, etc..) , il va, non seulement apprendre le skate, mais découvrir le sens de l’indépendance, de la liberté et de l’amitié, développer, aussi, le sentiment d’appartenir, enfin,  à une famille.

Sans esbroufe, ni cliché, ni pathos, ni mélo, voilà un film qui, comme peu avant, a su capter, avec une grande justesse et une belle simplicité, cette période si difficile de la pré-adolescence. Il y a de la vérité dans ce 90’s et aussi de la tendresse. En à peine 1h30 d’une grâce et d’une émotion folles, on comprend  (ou revit) ce passage où un enfant se transforme en ado. Ce petit bijou cinématographique est dû (scénario et réalisation) à un cinéaste débutant, le comédien  Jonah Hill. Il est la preuve qu’on peut avoir travaillé avec de grands créateurs (en l’occurrence, Scorsese, Gus Van Sant, Ethan et Joel Coen, Jude Apatow, etc…) et faire, malgré tout, un film  personnel, d’une belle singularité .  

 Recommandation : excellent.

- « Je vois rouge » de Bojina Panayotova - Documentaire

Après plus de vingt ans passés en France, Bojina, la trentaine, retourne dans son pays natal, la Bulgarie avec, comme objectif, de trouver une réponse  à une question qui l’obsède : ses parents (désormais divorcés) et grands parents (tous de la Nomenklatura) ont-ils jadis collaboré avec la police secrète ?

Caméra au poing, cette « Fantômette post-communiste » embarque sa famille dans une quête effrénée qui menace de tourner à la catastrophe. Car obnubilée par sa recherche de la vérité, elle ne va pas se rendre compte que ses méthodes vont finir par ressembler étrangement à celles de l’ancienne police tant exécrée... « Avoir des secrets à emmener dans sa tombe fait aussi partie des Droits de l’Homme » finira par dire le père excédé à sa cinéaste de fille… Cette réplique donne le ton de ce documentaire, qui est sans doute le plus réjouissant de ce printemps. Car sous son côté thriller (une haletante  et labyrinthique recherche de la  vérité ), il  emprunte aux metteurs en scène qui ont nourri sa réalisatrice, Woody Allen, David Lynch, John Carpenter, etc… Comment à partir  d’une histoire grave, réaliser un film, irrésistible pour tous et libérateur pour celle qui l’a tourné.

Recommandation : excellent.

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