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Théâtre : "Apocalypse Bébé" du Despentes, corrosif mais pas très punk. Dommage ?
Publié le 20 mars 2019
Charles-Édouard Aubry est chroniqueur pour Culture-Tops.Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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THEATRE

Apocalypse Bébé 

de Virginie Despentes

Mise en scène/ Selma Alaoui (collectif Maried)

Avec Maud Fillon, Nathalie Mellinger, Achille Ridolfi, Eline Schumacher, Aymeric Trionfo, Mélanie Zucconi et Ingrid Heiderscheidt

INFORMATIONS

Théâtre Paris-Vilette

211 avenue Jean-Jaurès, 75019. Paris

Mardi, mercredi et jeudi et samedi à 20h; vendredi à 19h; dimanche à 15h30.

ATTENTION: dernière, le 28 mars

Durée : 1h50

Réservations : 01 40 03 72 23

RECOMMANDATION : BON

THEME

Lorsque Valentine disparait, sa grand-mère mandate pour la retrouver une jeune détective qui a tout à apprendre de la vie. Celle-ci va former avec la Hyène, une enquêtrice charismatique et déjantée, lesbienne et délurée, un tandem surprenant.

Le polar bascule en road movie sur les traces de Valentine entre Paris et Barcelone où ce couple improbable va se découvrir à travers des aventures initiatiques et survoltées.

POINTS FORTS

On n’est jamais déçu par les histoires que raconte Virginie Despentes. On y retrouve son univers si personnel, capable d’infuser l’imaginaire des spectateurs et d’enflammer leur sens. Ce sont des souvenirs, réminiscences d’un passé plus ou moins lointain mais jamais complètement enfoui, qui nous reviennent. Sans aller jusqu’à dire qu’on a tous quelques chose de Despentes, son univers nous « parle ».

Le texte comporte une vision politique : l’auteur porte sur son époque un regard visionnaire et acéré qui en fait un véritable marqueur. La pièce met en scène des personnages qu’on n’a pas l’habitude de voir, loin « des stéréotypes, jeunes à la personnalité acérée ou vulnérable, riches à la dérive, pauvres combatifs ou marginaux », comme l'explique la metteur en scène Selma Alaoui. C’est la promesse du roman et de la pièce : une peinture résolument contemporaine de la société.

La scénographie est impeccable, les décors évoluent au rythme de l’action et sont complètement intégrés à la mise en scène et au jeu des comédiens. Une voiture apparait, on est transporté dans le feu de l’action grâce au mouvement incessant qui accompagne cette action. Dans la distribution, inégale, émerge la personnalité et le jeu d’Eline Schumacher. Elle apporte une vraie cassure, une rupture violente et brutale fidèle à l’esprit du roman.

POINTS FAIBLES

Despentes est à la mode : après King Kong Théorie à l’Atelier l’hiver dernier, c’est Apocalypse Bébé qui est ici représenté. La démultiplication de l’univers de Virginie Despentes en romans, pièces de théâtre et bientôt en série TV risque à la fois d’édulcorer et de banaliser la force de son propos. Voire à faire basculer du côté des stéréotypes des personnages emblématiques de sa révolte contre un monde peuplé de riches bourgeois désincarnés.

Mettre en image et en action un livre qui par essence agît directement sur l’imaginaire, en le transposant sur une scène, est toujours un exercice périlleux et risqué. Même si le « passage » est globalement réussi et l’ambiance franchement rock’n roll, l’ensemble manque un peu d’une attitude plus punk. C’est plus les Rolling Stones que les Sex Pistols.

EN DEUX MOTS

Dans quelques jours sort sur les écrans de Canal Plus l’adaptation télévisuelle de Vernon Subutex, l’œuvre maîtresse de Virginie Despentes. Cette série, qui s’annonce ambitieuse, malgré les réserves émises ci-dessus, devrait contribuer à élargir la diffusion et l’œuvre de l’auteur. Comme le punk, Despentes devient mainstream.

UN EXTRAIT

« J’avais encore 30 ans. Tout pouvait arriver. Il suffisait de faire les bons choix au bon moment. Je changeais souvent de travail. Je ne me plaignais pas de mon niveau de vie. J’habitais rarement seule. Les saisons s’enchainaient, colorées et faciles à gober. Aujourd’hui, j’ai le même salaire qu’il y a 10 ans. L’élan s’est ralenti. Après mes 30 ans, un souffle qui me portait s’est éteint. J’ignore à quel moment la vie a cessé de me sourire ».

L’AUTEUR

Virginie Despentes est née en 1969. Après une succession de petits boulots, elle publie son premier roman, « Baise-moi », polar violent, peuplé de paumés, de junkies et de partouzards, qui se vend à 50 000 exemplaires. Elle a publié 10 romans dont King Kong Théorie, déjà adapté au théâtre et Bye Bye Blondie, adapté au cinéma.
Elle est le symbole d’une nouvelle littérature trash et porte un regard aiguisé sur les inégalités et les discriminations de notre société occidentale. Elle écrit, comme le dit Frédérique Beigbeder « avec une syntaxe qui donne au lecteur l’impression d’être encore plus dopé qu’un coureur du Tour de France ». Elle est membre du jury de l’Académie Goncourt.

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