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Le coup de coeur de la semaine : "Le Malade imaginaire", du grand théâtre !
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Interprétation, mise en scène, Daniel Auteuil réussit une performance exceptionnelle, donnant au "Malade imaginaire" une dimension de bouffonnerie philosophique et une profondeur humaine rarement atteintes.

Anne-Claude  Ambroise-Rendu pour Culture-Tops

Anne-Claude Ambroise-Rendu pour Culture-Tops

Anne-Claude Ambroise-Rendu est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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THEATRE

Le Malade imaginaire
de Molière
Mis en scène par Daniel Auteuil

Avec Daniel Auteuil, Alain Doutey, Aurore Auteuil, Victoire Bélézy, Pierre-Yves Bon, Natalia Dontcheva, Jean-Marie Galey, Gaël Cottat, Loïc Legendre, Cédric Zimmerlin, Laurent Bozzi, Héloïse Bacquet, Judith Berthelot et Nina Schmitt

INFORMATIONS

Théâtre de Paris
Jusqu'au  25 mai 
Du mercredi au samedi à 20h30, Samedi à 17h, Dimanche à 15h30
RÉSERVATIONS : Guichet :15, rue Blanche,  75009   Paris
Tél: 01.48.74.25.37

RECOMMANDATION : EN PRIORITE

THÈME

Quoique parfaitement bien portant, Argan se croit malade et vit entouré de médecins qui exercent sur lui une autorité bouffonne mais sans faille. Veuf et remarié à Beline, belle hypocrite qui convoite sa fortune, il décide de marier sa fille Aurore à un jeune médecin afin de se « donner un gendre » à sa convenance, c’est-à-dire capable de le soigner. Aurore, qui vient de rencontrer Cléante et d’en tomber amoureuse, a d’autres projets que Toinette la servante astucieuse et impertinente va l’aider à accomplir avec l’aide du sage Béralde, frère d’Argan.

POINTS FORTS

- Alors qu’il est « accablé de douleurs et de déplaisirs » Molière avec cette ultime comédie ballet, renoue avec la puissance comique qui avait paru diminuer depuis Les femmes savantes.

- Daniel Auteuil révèle, par son jeu et la sobriété de sa mise en scène, tout le suc de ce comique parfois bouffon, sans excès et sans caricature, en distillant aussi la poésie (le chant voilé et pur de la petite Louison, en ouverture, le duo chanté d’Aurore et de Cléante) et la gravité puisqu’il s’agit au fond de peindre un homme hanté par la peur de la mort.

- Il ose également mener tambour battant la (trop) fameuse « scène du poumon » que l’on redécouvre ici dans une forme minimaliste et cursive qui la remet à sa juste place.

- Pour être de fantaisie, le décor et les costumes restituent à merveille l’esprit du grand siècle, osant les camaïeux d’orangés, de rouges et de roses adoucis par la tonalité complémentaire des verts (on notera les jolis et drolatiques souliers verts d’Argan).

Le superbe et très pictural tableau final de la cérémonie « d’un homme qu’on fait médecin » s’il n’est ni chanté ni dansé comme le prévoyait l’auteur, mêle beauté plastique et force burlesque. Les costumes chamarrés et les masques de carnaval qui semblent façonnés à coups de poing donnent à la farce une puissance esthétique inhabituelle mais suggestive.

-Enfin l’interprétation, quoique dominée par la prestation de Daniel Auteuil, est remarquable : on n’oubliera ni l’aisance Nina Schmitt en Louison ni la grâce de Victoire Belezy dans le rôle d’Aurore.

POINTS FAIBLES 

- On n’aura point le coeur ici de reprocher à Molière d’avoir quelque peu escamoté le dénouement de l’intrigue puisqu’aussi bien ce n’est pas cela qui compte dans la pièce.

- L’élocution un peu confuse d’Aurore Auteuil rend les premières minutes du spectacle à peine audibles. Mais ce désagrément disparaît rapidement.

EN DEUX MOTS 

Avec Le Malade imaginaire Molière ne livre pas seulement une nouvelle attaque contre l’ignorance et la suffisance des médecins mais une charge contre la médecine elle-même, une condamnation philosophique de cette pseudo science qu’est la médecine du XVIIe siècle. Que cette accusation résonne particulièrement à nos oreilles du XXIe siècle n’a rien de surprenant, nous qui savons que le génial créateur de la comédie nouvelle souffre à cet instant d’une tuberculose qui va l’emporter dans sa 52ème année. Nous qui désespérons aussi des progrès de la science tout en espérant encore et toujours que la Nature saura agir contre la maladie qui dévore le monde et rétablira l’équilibre des fonctions vitales, si nous lui donnons quelques chances d’y parvenir. Que Daniel Auteuil ait su avec tant de grâce offrir au spectateur la beauté, l’acuité et la drôlerie des mots de Molière est en soi une raison d’espérer.

UN EXTRAIT 

« Je ne vois point de plus plaisante mômerie, je ne vois rien de plus ridicule qu’un homme qui se veut mêler d’en guérir un autre. »

L’AUTEUR 

Représentée pour la 1ère fois sur au théâtre du Palais Royal le 10 février 1673, cette pièce est la dernière écrite et jouée par Molière. Comme on sait c’est lors de la 4ème représentation du Malade imaginaire qu’en prononçant le Juro de la cérémonie de réception Molière eut une première convulsion qu’il parvint à dissimuler. Il mourut le soir même dans sa maison de la rue de Richelieu. Le texte authentique de la pièce, qu’Armande Béjart n’avait pas voulu faire imprimer pour conserver à sa troupe le monopole des représentations, ne fut publié qu’en 1682.

Le Malade imaginaire est la 2ème mise en scène de Daniel Auteuil, après L’envers du décor de Florian Zeller en 2016. Beaucoup se souviendront aussi d’avoir aimé Auteuil en Scapin sous la direction de Jean-Pierre Vincent en 1990 dans la cour du Palais des papes au festival d’Avignon, et plus récemment (en 2008) en Arnolphe dans l’Ecole des femmes.

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