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Krachs américains
Mais que se passera-t-il quand viendra la récession américaine ?
Publié le 11 février 2019
Quand les États-Unis entreront en récession, le monde suivra, en pire
Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Quand les États-Unis entreront en récession, le monde suivra, en pire

Une réplique de la « grande crise de 2008 » ! Les États-Unis s’y préparent, eux. Ils viennent en effet, sous les auspices de leur Banque Centrale, de lancer officiellement un test auprès de leurs banques pour savoir comment elles résisteraient, soit à une « récession sévère », soit à une autre, « très sévère », un peu plus dure même que celle de 2008 ! Elles doivent sans doute commencer, dès maintenant, l’exercice de calcul, avec une récession qui commencerait, elle aussi, maintenant. Ce choix du moment est évidemment fait pour éviter que, s’il était annoncé dans un ou deux ans par exemple, les marchés (et les commentateurs) ne se mettent à penser que « la récession est pour dans deux ans ». C’est donc tout de suite. Mais l’exercice est important dans ce qu’il annonce, avant même d’en connaître les résultats. Il s’agit de savoir en effet si l’économie américaine est assez « solide », pour reprendre le qualificatif de Donald Trump, et même plus solide que les autres ! Et les données de l’exercice officiel nous répondent : les États-Unis seront plus grands encore !

Ainsi, une « récession sévère » de l’économie américaine débuterait en ce début d’année et durerait cinq trimestres. A son plus bas, ce serait une baisse du PIB de 1% sur un trimestre (soit -4% en termes annualisés), le taux de chômageatteignant 7% un an après. Dans le cas « très adverse », la récession serait de 2,3% du PIB (-9,4 en rythme annualisé), avec un taux de chômage qui irait à 10%. D’ores et déjà, les États-Unis se demandentdonc comment ils réagiraient à un choc qui ferait passer le Dow Jones de 25725 à 20045 et le prix les maisons de207, en indice, à 176dans le cas « sévère ». Face à un choc très sévère, le Dow tomberait même à 12763 et le prix des maisons passerait, en indice, de 207 à 151. Dit autrement, les autorités demandent aux banques de réfléchir à une baisse boursière d’un quart ou de moitié par rapport à Noël 2018, et à une baisse du prix des maisons de 15 ou de 25%, pour compléter la fête !

Cet exercice est d’abord « une purge des angoisses américaines ». Le spectre du séisme agite en effet les esprits financiers (et politiques), qui ne comprennent pas bien l’étrange reprise américaine en cours. Certes il y a croissance et plein emploi aux États-Unis, mais sans augmentation des salaires – ce qui inquiète sur les qualifications des nouveaux emplois. Certes il y a reprise, mais sans réduction du déficit budgétaire, bien au contraire – ce qui montre à quel point tout ceci dépend du bon vouloir des investisseurs domestiques et étrangers, pour leurs achats de bons du trésor.

En fait, personne ne sait trop où va l’économie américaine. La Fed, la Banque centrale américaine, avoue avancer dans le noir, dans une pièce emplie de meubles et d’objets, pour reprendre les mots de son « patron », Jerome Powell. La perspective économique américaine n’a jamais été aussi confuse, du fait de la mondialisation et de la révolution technologique en cours, plus des foucades de Donald Trump avec la Chine, la Russie, l’Europe et le Brexit, l’Iran, le Moyen-Orient… pour citer l’essentiel !

C’est bien pourquoi les marchés financiers, qui guident Donald Trump et désormais la Fed (en bonne part, par Trump interposé) ne veulent plus que la Fed monte ses taux. Ils ne croient pas vraiment au scénario d’atterrissage en douceur de la Fed (ce serait une première, d’ailleurs, aux États-Unis). Ils s’inquiètent de ce ralentissement à 1,9% de croissance promis à long terme, avec un déficit budgétaire croissant. Qui va acheter tous ses bons du trésor? La Russie a tout vendu, la Chine a cessé ses emplettes, ce sont les pays émergents qui achètent, et, surtout maintenant, les fonds de pensions américains, inquiets de la volatilité boursière. Jusqu’où, jusqu’à quand ?

En fait, rien de mieux, pour « purger les angoisses américaines », que de montrer que ce sera pire ailleurs ! Quand viendra la « nouvelle crise de 2008 », c’est ce que disent les hypothèses du Trésor américain ! Une crise mondiale avec, après, un mieux relatif aux USA ! Pendant ce terrible trimestre où l’économie américaine plonge de 2,5%, la zone euro le Japon et le Royaume-Uni plongent ensemble et d’autant : - 1,5%. Et  même les pays émergents d’Asie, nom poli pour parler de la Chine, seront à -0,1%.

Mais le pire est ailleurs : dans la capacité de rebond. Quatre ans après cette nouvelle « grande récession », les Etats-Unis auraient en effet une croissance presque double de celle du trimestre qui la précédait, contre 1,8 fois pour le Royaume-Uni, 1,2 fois pour le Japon, la zone euro et 5% de plus à peine pour l’Asie émergente, qui se remettrait mal. Les États-Unis auront donc plongé plus, entraînant tous les autres, mais remonteront plus et plus vite qu’eux (comme toujours….)

On retrouve ici la fameuse « flexibilité » américaine, avec son avantage de politique monétaire. D’ores et déjà, pour organiser son « soft landing », la Fed ne vend plus de bons du trésor et dira bientôt qu’elle va garder longtemps son pactole. D’ores et déjà, les marchés se disent qu’au maximum elle montera ses taux une fois, et plus encore donnera le signal de la baisse, à la moindre inquiétude. Donc elle aura plus de capacité de baisse des taux que le Royaume-Uni (en plein Brexit), le Japon et la zone euro (avec des taux à 0%) ! La zone euro buttera sur les taux négatifs, avec un système bancaire fragile ! Pire, avec la récession, les taux longs risqués monteront aux États-Unis, fragilisant surtout les entreprises et les états-surendettés, d’autant que le dollar en sortira plus fort, les États-Unis s’étant remis plus tôt !

Moralité : les États-Unis se préparent à une nouvelle grande crise qui commencera chez eux, se propagera partout et dont ils sortiront plus forts que les autres. Trop américain pour être vrai ? Pas sûr, si on oublie qu’ils sont la puissance militaire, économique, technologique, monétaire et dorénavant pétrolière (Venezuela aidant) dominante. Et ceci d’autant plus qu’ici, non seulement on ne se prépare pas, mais en plus on s’entre-déchire !

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guy bernard
- 12/02/2019 - 07:06
le crash-test est largement au dessous des risques
cette situation est connue et la poursuite d'une situation entamée à la fin du compromis fordien dont les Etats étaient responsables par leur gestion laisser-faire qui a confronté les entreprises à une inflation prix / salaires faisant fi de la production et le rentabilité.
la parade a été l'appel à la bourse, l'innovation, et la mondialisation, les entreprises américaines devant reconstituer des profits à l’étranger en franchise d’impôts, avec une promesse de réinvestissement aux USA.
nous en sommes là et Trump essaie d'attirer les capitaux pour reconstituer le tissu entrepreneurial dans le compromis fordien.
or, cela n'a que des effets limites, parce que les entreprises ne veulent plus se mettre à la merci des Etats et de leurs politiques fantaisistes.
les salaires stagnent depuis 20 ans, mais il y a un léger mieux, mais par contre le commerce intérieur est en voie d'effondrement et dans des chiffres spectaculaires (40% des centres commerciaux vont fermer).
le crash-test est largement au dessous des risques économiques et sociaux.
le probleme est partout le même : comment revenir au compromis fordien avec des entreprises échaudées et gérant au niveau mondial leurs risques.
Sidewinder
- 11/02/2019 - 21:31
Recessions
Les récessions sont régulières et permettent de purger l'économie des canards boiteux. Ce n'est donc pas un problème en soit et n'a d'ailleurs jamais empêché l'économie de monter toujours plus haut. Comme le souligne JPB, c'est le redémarrage qui compte le plus. Avec tous les boulets aux pieds que les entreprises ont en France, cela risque d'être pathétique ! Peut-être même le coup mortel final, comme la Grèce. Les secteurs « protégés » vont tomber de haut.
jurgio
- 11/02/2019 - 19:41
Les bienfaits des récessions économiques
On n'a jamais fait mieux pour remettre tout le monde sur un même pied d'égalité (ou presque) Et les insolents qui se croyaient meilleurs que les autres voient alors le moment de payer et rembourser.