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Rapport de force
Iran, pourquoi la menace d’une intervention militaire brandie par John Bolton pourrait marcher
Publié le 18 janvier 2019
John Bolton, conseiller à la sécurité nationale américaine, aurait demandé au Pentagone de proposer des options militaires dans l'objectif de frapper l'Iran.
Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste associé au groupe d'analyse JFC-Conseil. Docteur en Histoire, il a soutenu sa thèse en 2015 à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) d’Aix-Marseille Université....
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Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste associé au groupe d'analyse JFC-Conseil. Docteur en Histoire, il a soutenu sa thèse en 2015 à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) d’Aix-Marseille Université....
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John Bolton, conseiller à la sécurité nationale américaine, aurait demandé au Pentagone de proposer des options militaires dans l'objectif de frapper l'Iran.

Atlantico: Si la menace et les rapports de force semblent être une marque de fabrique de l'administration Trump, et au delà de la légitimité de celle-ci, comment évaluer l'historique iranien sur la question ? De la négociation à la menace, quelle a été la méthode la plus efficace face au régime iranien ?

Roland Lombardi: Vous savez, en relations internationales, ce sont souvent les rapports de force qui prévalent et notamment dans cette région. Les Israéliens et les Russes en savent quelque chose... Plus qu’ailleurs, au Moyen-Orient, on admire le courage et la force et l’on respecte énormément ces notions cardinales. Les négociations feutrées des diplomates ne suffisent pas toujours et il faut parfois montrer ses muscles pour être écouté, surtout avec les Iraniens qui sont des négociateurs hors-pair.

Dans le passé, il y a deux exemples notables : d’abord, la crise des otages de l’ambassade américaine à Téhéran du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981 (soit 444 jours) puis les otages français au Liban (avec une vague d’attentats à Paris en 1986-1987) de 1985 à 1988. Rapidement et sans entrer dans les détails, même si dans les deux cas, il y a des affaires de « gros sous » derrière (cf. l’affaire Irangate pour les Etats-Unis et Eurodif pour la France, certains avaient alors évoqué une forme de « rançons déguisées »...), c’est tout de même la fermeté qui se révéla toujours plus payante avec Téhéran. D’abord, lorsque Ronald Reagan, dès son arrivée à la Maison Blanche en janvier 1981, se montra beaucoup plus dur et menaçant que le « faible » Carter et plus tard, lorsque Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur français de 1986 à 1987, écarta le Quai d’Orsay des négociations, tout en tapant du poing sur la table et en « montrant les dents » (selon les propres termes du ministre) aux Iraniens. Ainsi, ce n’est que devant la résolution et face aux menaces de ses interlocuteurs, que la jeune République islamique commença à faire des concessions et que ces deux crises prirent fin.   

Comment évaluer l'opportunité et la légitimité d'une telle menace faite au régime dans le cadre du programme nucléaire iranien ?

Ne soyons pas naïfs. La déclaration de Bolton n’est, pour l’instant, que du bluff. D’abord, car les scénarios d’une option militaire contre l’Iran existent depuis bien longtemps. Ils sont simplement réactualisés régulièrement. Toutefois, ceux là même qui échafaudent ces plans, les généraux du Pentagone, n’y sont absolument pas favorables. Comme d’ailleurs, l’Etat major israélien... Et, pour des raisons que j’évoquerai plus loin, Donald Trump est encore moins enclin à déclencher un nouveau conflit dans la région. En définitive, il faudrait vraiment une grave crise ou un casus belli dramatique pour mettre le feu aux poudres. D’ailleurs, une intervention aurait déjà pu être déclenchée (Bolton était alors vent debout pour qu’elle ait lieu) lorsque le 7 septembre dernier, le complexe de l'ambassade américaine en Irak, situé dans la « zone verte », le quartier ultra-sécurisé de Bagdad, fut frappé par trois obus de mortier. Ou plus tard, à la fin de ce même mois de septembre, lorsque le consulat américain de Bassora avait été menacé par des émeutiers dans le sud du pays. Bien évidemment, Washington accusa les milices chiites irakiennes soutenues par Téhéran d’être derrière ces deux évènements mais l’embrasement n’eut finalement pas lieu...

Trump ne veut pas faire chuter le régime. Sa sortie de l’accord sur le nucléaire iranien de juillet 2015 et les sanctions économiques contre Téhéran, n’ont pour objectif que de mettre la République islamique à genoux, la mettre sous pression et finalement, la forcer à négocier un nouvel accord, un « meilleur accord » comme il dit. D’ailleurs, il garde toujours une porte ouverte puisqu’il ne cesse de répéter qu’il est prêt à rencontrer directement le président Rohani à tout moment.

Après la Corée du Nord, quelle victoire diplomatique cela serait pour lui !

Assurément, comme je l’ai déjà écrit, l’Iran n’a plus les moyens de ses ambitions. Certes, le régime reste solide. Cependant, les sanctions n’ont fait qu’accentuer les problèmes socio-économiques du pays, la chute de la valeur de la monnaie iranienne et surtout le mécontentement populaire. La mauvaise gestion et la corruption des autorités sont vivement critiquées ainsi que les différentes interventions extérieures (Liban, Syrie, Irak...). En Syrie, malgré les dernières déclarations arrogantes des Gardiens de la Révolution, Israël, avec l’aval russe, continue de frapper les bases et les troupes iraniennes et du Hezbollah (toujours sans représailles...). De plus, Assad ne voit pas d’un très bon œil une présence iranienne pérenne sur son territoire. Les Russes, quant à eux, et qui sont les derniers « partenaires » de poids de Téhéran, ne veulent pas non plus une influence iranienne trop grande dans la région. Du côté de l’Irak, rappelons qu’il y a quelques mois, de hauts dignitaires et responsables politiques chiites se sont rendus à Riyad et que dernièrement, certains se sont même rendus en Israël !

Au final, les Iraniens ne peuvent raisonnablement pas se permettre une politique du pire. Ainsi, il est fort probable, au contraire, qu’afin de préserver tous les bénéfices économiques et commerciaux de leur victoire en Syrie et de l’influence politique acquise dans la région, les responsables iraniens, en situation de trop grande faiblesse, mais qui sont de grands pragmatiques, se résignent finalement à revenir à la table des négociations... Là est tout le pari de Trump. A terme, n’en déplaise à certains, ses calculs pourraient alors très bien devenir réalité.

Alors que la position de John Bolton a été fragilisée par les décisions prises par Donald Trump dans le contexte de la Syrie, peut-on estimer que cette initiative soit propre au conseiller national à la sécurité nationale, ou est-ce que cette option militaire pourrait lui "survivre" en cas de divorce avec le Président ?

John Bolton est actuellement à la tête du Conseil à la sécurité nationale de la présidence américaine. De fait, il est donc l'un des plus proches conseillers de Donald Trump. Bolton, comme nous le savons, est un célèbre néoconservateur, un véritable faucon qui, souvenons-nous, était sous-secrétaire d’Etat chargé des questions de désarmement de 2001 à 2005 sous l’administration de Georges W. Bush. Il fut d’ailleurs un des principaux promoteurs de la funeste intervention américaine en Irak en 2003. Mais attention, si Donald Trump a choisi ce va-t-en-guerre pour succéder au général McMaster, comme conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, c’est d’abord (comme d’ailleurs pour la nomination de Mike Pompeo au Secrétariat d’Etat) pour des raisons de politique intérieure. Car en effet, cette décision très politicienne (avant les élections de novembre dernier, les Midterm) avait d’abord permis de lancer un message fort à Téhéran et ainsi inquiéter les Iraniens (tout en rassurant au passage les alliés israéliens et saoudiens). Or, il ne faut pas perdre de vue que pour le président américain, ce fut surtout un subtile moyen d’amadouer, voire de calmer, les critiques du courant néoconservateur (soutenu par les lobbies anti-russes et pro-saoudiens) encore très influent à Washington notamment chez les élus républicains mais également démocrates. Toutefois, arrêtons une bonne fois pour toute de sous-estimer Trump et de le prendre pour ce qu’il n’est pas : un idiot ! Bolton n’a sûrement pas fait cette déclaration sans l’aval de son président dont les modèles à l’international sont Nixon et Reagan. Par ailleurs, l’ancien promoteur de New York, aguerri par ses bras de fer avec, non pas les requins, mais les tyrannosaures de la finance et de l’immobilier de la mégalopole américaine, s’y connaît en rapports de force et en négociations. Il sait qu’il faut parfois jeter le chaud et le froid et comme le disait Al Capone : « On peut obtenir beaucoup plus avec un mot gentil et un revolver, qu'avec un mot gentil tout seul ! ».   

Pour autant, l’actuel locataire de la Maison Blanche est totalement hostile à tout nouvel interventionnisme et ingérence américaine, notamment au Moyen-Orient. Comme il l’a maintes fois affirmé depuis des années et notamment durant sa campagne, Trump est absolument contre les utopiques et catastrophiques regime change et nation bulding dont on a vu les désastreuses conséquences depuis. C’est d’ailleurs cette position qui l’a aussi rendu très populaire. Pour lui, comme le pensent, à juste titre, la grande majorité de son électorat et surtout la plupart des généraux du Pentagone, l’aventurisme passé n’a créé que le chaos et a coûté un argent fou pour de trop piètres résultats. Alors oui, l’idée d’une option militaire contre l’Iran « survivra » à Bolton, mais au final, c’est Donald Trump qui décide seul et en dernier recours. Or, il n’est pas prêt de changer d’avis sur ce sujet et celui qui parviendra à lui faire modifier son opinion, n’est pas encore né ! Regardez pour la Syrie et sa décision du retrait des troupes américaines. En dépit des pressions maximales qu’il subit actuellement et du dernier attentat de Minbej, dans le nord du pays, qui vient de causer la mort de 16 personnes dont 4 soldats américains, le « désengagement » souhaité par Trump risque, certes, d’être ralenti et plus progressif que prévu, mais il demeure toutefois inéluctable.

Non, comme je l’ai dit plus haut, concernant l’Iran, seul un casus belli très grave pourrait éventuellement changer la donne, mais pour l’instant je n’y crois pas.

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Beredan
- 18/01/2019 - 23:44
Réparer l’erreur monumentale d’Obama
L’objectif de Donald. Est de parvenir à un accord initial encadrant strictement le programme balistique , préalable indispensable à tout engagement sur le nucléaire .