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Mission impossible pour Steve Bannon et Reince Priebus : tenter de juguler Donald Trump à la Maison Blanche
Publié le 04 novembre 2018
Olivier O'Mahony dévoile les coulisses de la vie politique à Washington dans son nouvel ouvrage "La Galaxie Trump, L'empire du Chaos", publié aux éditions Plon. Il retrace le quotidien d'une présidence erratique et dépeint la réalité d'une Amérique partagée entre résistance et fascination face à l'"animal politique" qu'est Donald Trump. Extrait 2/2.
Olivier O'Mahony est chef du bureau américain de Paris Match depuis janvier 2009. Il a couvert deux campagnes présidentielles, en particulier celle de 2016. Il est accrédité permanent à la Maison Blanche. 
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Olivier O'Mahony dévoile les coulisses de la vie politique à Washington dans son nouvel ouvrage "La Galaxie Trump, L'empire du Chaos", publié aux éditions Plon. Il retrace le quotidien d'une présidence erratique et dépeint la réalité d'une Amérique partagée entre résistance et fascination face à l'"animal politique" qu'est Donald Trump. Extrait 2/2.

Trois hélicoptères militaires estampillés « United States of America » survolent à basse altitude la Maison Blanche. L’un d’eux se pose sur la pelouse, juste en face du balcon Truman : c’est Marine One, celui qui emmènera le président dans les airs. Le bruit est assourdissant. Au sol, les musclés du Secret Service ont du mal à tenir debout, à cause des rafales de vent provoquées par les pales du rotor. Ce vendredi 4 août, Donald Trump ne perdra pas ses privilèges, comme Louis XVI en 1789. Au contraire, il rejoindra ses quartiers d’été, son luxueux golf-club de Bedminster dans le New Jersey. La foule est venue nombreuse pour assister à son premier départ en vacances en tant que chef de l’État. D’un côté, il y a les « gentils » : proches et amis invités par la Maison Blanche, qui applaudissent. En émergeant, seul, du Bureau Ovale, Trump n’a d’yeux que pour eux. De l’autre, les « méchants » : cameramen et photographes, encadrés par le staff de la présidence, dont Sean Spicer, l’ex porte-parole toujours dans les murs, venu avec ses jeunes enfants blonds et bien habillés. Un journaliste hurle pour demander au président s’il va virer Robert Mueller, le procureur spécial dont l’enquête sur l’affaire russe avance à grands pas : un grand jury est en train d’être constitué, ce qui rend la procédure quasi irréversible et des mises en examen possibles. Mais Trump ignore la question. Il s’engouffre, cravate au vent, dans Marine One qui décolle quelques minutes plus tard, escorté des deux autres hélicos. « Sortez-moi de ce marécage ! » titre ce jour-là le New York Post, tabloïd trumpiste mais lucide. Jamais Trump n’aura autant mérité ses vacances. Il est tombé à 33 % d’opinions favorables au niveau national (Selon un sondage réalisé par la Quinnipiac University. Ce score de 33 % est le plus bas de l’année 2017 enregistré par Donald Trump – https:// poll.qu.edu/images/polling/us/us01172018_trends_udww76.pdf). Depuis deux semaines, l’ambiance à la Maison Blanche a tourné au Far West. Son équipe est en lambeaux. Ça a mal commencé dès les premiers jours. Tous les « anciens » de cette période-là à la Maison Blanche, démissionnaires ou poussés vers la sortie, le disent : l’intensité des conflits entre les différentes factions entourant le président sont « insupportables », me dit Steve Bannon, qui n’est pourtant pas le plus doux de la bande, mais qui, de son propre aveu, « garde un très mauvais souvenir (Entretien avec l’auteur, 20 mars 2018) » de son passage à la présidence. Ces chamailleries ont été longuement documentées, notamment par Michael Wolff, l’auteur du best-seller Le Feu et la Fureur, largement basé sur les confidences du même Steve Bannon. Mais elles sont confirmées par Reince Priebus : « Vous prenez tout ce dont vous avez entendu parler et vous le multipliez par cinquante (Chris Whipple dans son livre The Gatekeepers, op. cit) », assènet-il. Peut-être cherche-t-il à se dédouaner en renvoyant la faute à Donald Trump, parce que de l’avis général son passage à la Maison Blanche en tant que directeur de cabinet a été un échec. Mais tout va dans le même sens, à commencer par les tweets présidentiels que Priebus a tenté de restreindre et d’encadrer, en vain. Trump est incontrôlable. Ou plutôt, il a la hantise de se laisser broyer par la bureaucratie gouvernementale et le devoir de réserve qu’elle implique. En réalité, il a tout fait pour créer le chaos, en mettant sur un pied d’égalité Bannon, stratège en chef, et Priebus, chief of staff. Ce dernier est censé être le patron qui filtre tout et dit au président ce qu’il n’a pas forcément envie d’entendre. Mais Priebus a un lourd handicap : en octobre 2016, il a conseillé à Trump de quitter la campagne après la diffusion de la vidéo Pussygate (Où Trump dévoile ses talents de Don Juan en termes particulièrement salaces), dont il pensait que le candidat ne se remettrait jamais. Alors président du Republican National Committee, l’instance qui dirige le parti républicain, il a raisonné comme un membre de cet establishment que Trump abhore. Erreur de jugement, crime de lèse-majesté : Priebus n’aura jamais l’autorité nécessaire d’un chief of staff… Résultat : les sept premiers mois de l’administration Trump sont comme un bateau qui tangue. « Jamais un début de présidence n’a été aussi dysfonctionnel dans l’histoire moderne américaine (The Gatekeepers, op. cit) », écrit Chris Whipple. 

 
« Welcome to the very famous White House », lance-t-il en préambule d’une conférence de presse commune avec son hôte, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, le 10 février 2017, moins de trois semaines après son investiture. Sourires dans les travées, face à la naïveté d’un président qui parle de l’épicentre du pouvoir américain comme s’il s’agissait d’un casino « très célèbre »… 
 
Il ne l’avouera jamais, mais il n’en menait pas large quand il a mis le pied pour la première fois dans le Bureau Ovale. Et on peut le comprendre : il a vécu et travaillé pendant près de trente-cinq ans dans le même endroit, la Trump Tower à New York, tour qu’il a conçue lui-même et qui porte son nom sur la façade. Et le voilà catapulté dans cette vieille Maison Blanche qu’il aurait qualifiée de « poubelle » auprès de ses camarades de golf (http://www.golf.com/tour-news/2017/08/02/story-behind-our-trump-golf-sto...), juste après son installation, ce qu’il a bien sûr démenti (« Fake news », a-t-il tweeté).
 
 
L’ombre d’Obama rôde encore : on peut reprocher à l’ancien président tout ce qu’on veut, mais il a donné une belle image de l’Amérique, avec sa femme Michelle qui a fait un sans-faute et leurs deux filles qui n’ont jamais défrayé la chronique. Et l’image, dans l’univers Trump, est primordiale.
 
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