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Espionnage
Pourquoi Google maintient son projet Dragonfly en Chine malgré les risques importants d’espionnage technologique
Publié le 19 octobre 2018
Le patron exécutif de Google, Sundar Pichai a confirmé que son entreprise étudiait la possibilité de revenir sur le marché chinois, 8 ans après son départ, au travers du service baptisé « Dragonfly ».
Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations...
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Le patron exécutif de Google, Sundar Pichai a confirmé que son entreprise étudiait la possibilité de revenir sur le marché chinois, 8 ans après son départ, au travers du service baptisé « Dragonfly ».

Atlantico : Le projet Dragonfly a été vivement été critiqué par le vice-Président des Etats-Unis, Mike Pence en personne. Déclarant sans ambages que cela « renforcera la censure du Parti communiste chinois et compromettra la vie privée des utilisateurs ». Comment comprendre cet affrontement apparent entre Google et la Maison-Blanche ?

Franck DeCloquement : Le vice-président américain, Mike Pence, s'en est effectivement pris avec une très grande virulence, au vol de technologies américaines par la Chine. Exhortant dans la foulée le 4 octobre dernier Google à renoncer sans attendre à son projet, et à ne pas poursuivre la mise au point de « Dragonfly », son moteur de recherche justement destiné à la Chine… Une plateforme dernier cri qui permettrait aux autorités de tout savoir sur la consultation via l’internet de ses concitoyens… « Cela reviendrait à livrer leur propriété intellectuelle, ou à s’incliner devant la répression exercée par Pékin », a péroré Mike Pence dans un discours musclé. Enfonçant un peu plus le clou à propos du renforcement attendu de « la censure du Parti communiste Chinois », en cas de livraison de ce moteur de recherche. Permettant ainsi au régime, par le truchement d’une technologie américaine emblématique, de « s’insinuer encore un peu plus dans la vie privée de tous les utilisateurs chinois », a conclu en substance le vice-président américain. Marquant ainsi nettement sa défiance vis-à-vis des projets de développement de la multinationale américaine dans ce domaine. 

On peut aussi y voir une problématique en lien avec la Sécurité Nationale des Etats-Unis. Et le reverse engineering dont sont très friands les ingénieurs Chinois vis-à-vis des produits étrangers. L’objectif étant à terme de s’en rendre maitre, après les avoir décortiqué, à des fins de copie et d’améliorations substantielles. Et ceci ayant l’énorme avantage de pouvoir re-paramétrer des outils technologiques à sa guise, évitant en cela les énormes investissements en matière de recherche et développement corrélatif (R&D). C’est aussi une « stratégie de rattrapage » de la Chine, qui a montré toute son efficacité dans le passé. Dès lors, pourquoi s’en priver si l’un des leaders du secteur de la Tech pouvait tomber dans ce piège millénaire ? Mike Pence semble le redouter en arrière-plan. N’oublions pas non plus les griefs de son patron contre Google, Donald Trump en personne, qui se sont exprimés publiquement il y a peu de temps… Peut-être avons-nous affaire ici au « coup de pied de l’âne », sorte de « prêté pour un rendu » ? Certains le pensent ostensiblement en coulisses…

Quels sont les risques que prendrait Google en revenant sur le marché chinois ? Faut-il y voir un risque de sécurité bien plus grand pour les Etats-Unis, que pour la Chine ?

Rappelons que Google, qui appartient à la holding « Alphabet », a quitté la Chine il y a une huitaine d’années, en signe de protestation. Et notamment contre les lois de censure du pays, mais aussi de piratages du gouvernement de Pékin… Le retour possible de Google en Chine - un marché que le géant avait abandonné en raison d’évidentes pressions exercées par le régime Chinois - avait été divulgué pour la première fois en août dernier. La proposition avait immédiatement suscité de très vives critiques au sein des employés de la firme, et des défenseurs des droits de l'homme notamment. Lundi dernier, Sundar Pichai ne s’était pas engagé au lancement, affirmant que le plan n’en n’était encore qu’à un stade « exploratoire ». « Nous voulions savoir à quoi ressemblerait Google si nous étions en Chine, c'est donc ce que nous avons construit en interne », a-t-il déclaré lors de la conférence « Wired » à San Francisco. « Il est trop tôt, et nous ne savons pas si nous pourrions ou non faire cela en Chine ». Mais ne s’interdisant pourtant rien à priori, Pichai a ajouté : « mais nous pensions qu'il était important pour nous d'explorer l’idée, compte tenu de l'importance du marché et du nombre d'utilisateurs, »  a-t-il conclu à cet effet.

La mise en œuvre d’une telle plate-forme dédiée de recherche, qui nécessite toujours l'approbation du gouvernement chinois, bloquerait au demeurant dans tout le pays, certains sites Web interdits et certains termes de recherche liés aux droits de l'homme et à la religion... Mais il faut également rappeler la très grande défiance en interne, voire même la colère de certains employés de Google qui craignent tout naturellement d'avoir à travailler sans le savoir à une technologie de contrôle total qui aidera très concrètement la Chine à supprimer la liberté d'expression de ses concitoyens. Le dernier projet de « citoyenneté à point » envisagée par le régime de Pékin n’étant pas là pour rassurer les esprits très progressistes en émoi dans la silicone vallée californienne. 

Les dernières arnaques d’envergure à l’IPhone d’Apple en Chine ayant couté des milliards de dollars à la firme à la Pomme (les escrocs chinois retournaient aux services après-ventes d’Apple, des iPhone vidés de leur composants, mais en échange d'un modèle tout neuf qu'ils revendaient aussitôt), le groupe californien a mis des années pour faire cesser ce trafic d’une ampleur inégalée. Google pourrait bien être « le prochain dindon d’une telle farce », mais à une échelle technologique bien supérieure cette fois. Il est vraisemblable que les services américains bien conscients de l’affaire s’en émeuvent aussi en coulisses. Mike Pence pouvant en être pour l’occasion le porte-parole avisé…  

Le risque de réputation de Google ne serait-il pas trop mis en danger par une telle opération ?

Franck DeCloquement : En effet, le risque réputationnel est notable. D’autant plus si cette plateforme américaine une fois mise en fonction, était utilisée à des fins coercitives trop médiatiques par le régime... Imaginons un peu les retombées en matière d’image. Mais Google a aussi des objectifs stratégiques très clairs assignés par l’Etat Américain lui-même. Puisqu’en lien avec le Pentagone et les recherches stratégiques dans le biomédical, l’intelligence artificielle et l’analyse des mégas données entre autres choses…  Pénétrer la Chine de l’intérieur pourrait aussi se révéler d’une très grande utilité stratégique, le cas échéant.  C’est un peu la lutte de la mangouste et du cobra royal. Chacun risque la mort au moindre faux pas, et il ne peut qu’en rester qu’un à la fin… 

 
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