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Difficultés
Ces raisons souterraines pour lesquelles les Républicains peinent tant à émerger
Publié le 15 septembre 2018
Les Républicains semblent avoir une grande difficulté politique, que ce soit sur le plan des personnes ou du contexte actuel à s'imposer et marquer pour de bon leur retour après la déroute de 2016.
Maxime Tandonnet, universitaire, essayiste, auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des Présidents de la République (Perrin 2013 et 2017)
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Les Républicains semblent avoir une grande difficulté politique, que ce soit sur le plan des personnes ou du contexte actuel à s'imposer et marquer pour de bon leur retour après la déroute de 2016.

Les Républicains semblent avoir une grande difficulté politique, que ce soit sur le plan des personnes ou du contexte actuel à s'imposer et marquer pour de bon leur retour après la déroute de 2016. Comment expliquer la difficulté de ce retour ? 

Maxime Tandonnet : Il me semble que  la difficulté des Républicains est double. La première est idéologique. Les Républicains ont du mal à savoir ce qu'ils sont et ce qu'il veulent. Ils ont bien conscience des préoccupations de l'opinion publique, notamment autour de l'immigration. Cependant, ils ne veulent pas être assimilés au populisme qui monte en Europe. D'où l'abstention d'une partie des députés LR lors du vote du Parlement européen sur les sanctions envers la Hongrie. C'est la même chose vis-à-vis du gouvernement italien et de la politique de son ministre de l'Intérieur Salvini. LR est déchiré entre la prise en compte des inquiétudes populaires et un souci de respectabilité européenne. En matière économique et sociale, les choses ne sont pas plus simples. LR est par nature et par l'histoire un parti libéral. Or, le thème du libéralisme a été préempté par M. Macron et En Marche, même si leur politique véritable n'a rien de libéral au regard notamment de la hausse continue des prélèvements obligatoires. LR ne peut donc même pas s'appuyer sur cette question pour marquer sa différence. La seconde tient aux questions de personnes. Les querelles de chef (Wauquiez, Bertrand, Pécresse) pour la conquête du Graal élyséen, donnent une image détestable du parti qui le renvoie à ses heures les plus sombres. Nul chez LR, et plus généralement dans la politique française, n'est aujourd'hui en mesure d'incarner la confiance du pays. 

En économie comme sur des questions sociétales telles que l'immigration, le ton employé pour défendre cette nouvelle donne chez les LR est souvent celui de la colère. L'enjeu n'est-il pas aujourd'hui de dépassionner les discours de la droite ?

Oui, je suis absolument d'accord. L'opinion publique est complexe. Elle attend des responsables politiques un discours de fermeté sur les sujets de société. Mais en parallèle, elle est en quête de sérieux, d'ouverture, de sobriété, de consensus. Elle veut de la clarté dans les choix politiques mais aussi, tout autant, de la rondeur et de l'apaisement. La population dans son ensemble n'a absolument pas les mêmes attentes que les militants d'un parti. Un homme politique, pour s'imposer, doit réussir à incarner cette complexité et même ces contradictions de l'opinion.  Le volontarisme dans le traitement des questions de l'époque doit s'accompagner d'un appel à l'unité et au dépassement des clivages, les deux choses n'étant pas incompatibles. Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne électorale de 2007, avait réussi à opérer cette osmose. Oui, l'enjeu est bien de dépassionner le discours de droite, mais surtout, de réapprendre à considérer les électeurs comme des citoyens qu'il faut respecter et prendre au sérieux. Nous voyons bien comment la vie politique ne cesse de glisser, jour après jour, dans un tourbillon de coups de communication, de polémiques stériles et volontaires, et de coups de menton. LR doit proposer une rupture profonde avec cette conception de la politique qui ne repose plus que sur le grand spectacle narcissique.

Quelles sont les barrières qui empêchent aujourd'hui Les Républicains de répondre differemment aux attentes des Français ?

Pour quoi faire? Pour offrir du rêve, du cinéma et de l'émotion aux Français? Les Français n'en peuvent plus de l'esbroufe et de la comédie. Il faut au contaire cesser de prendre les Français pour des idiots et se remettre à leur parler des sujets de fond, l'école, la dette publique, l'insécurité, le danger communautariste, la maîtrise des frontières.  Ainsi, puisque le mot "libéralisme" a été obéré par le parti au pouvoir, il faut aller dans le concret et préparer des baisses d'impôts et de charges en faveur des entreprises et des particuliers. Sur le plan intenational et européen, il faut proposer aux Français de sortir de la grande comédie de la lutte du "bien" post-national contre le mal "populiste" et renouer avec les fondements de la diplomatie française qui n'a pas vocation à mépriser les choix démocratiques des autres. La France n'a pas vocation à s'isoler en toisant la terre entière, les Etats-Unis de Trump, la Russie de Poutine, l'Italie de Salvini, la Hongrie de Orban, l'Angleterre du Brexit, etc. Bien sûr LR connaît une crise grave, mais c'est tout le paysage politique fançais qui est en pleine décomposition. Les sondages sur les Européennes donnent 20% à En Marche, soit 10% de l'électorat compte tenu de l'abstentionnisme: un score dérisoire pour un parti au pouvoir privé d'alliances. Ils donnent aussi le RN à 20%: une baisse considérable, d'un tiers, par rapport aux sondages et au score de 2014! La droite et la gauche sont en miettes. Ma conviction, c'est que la première formation politique qui comprendra, enfin, que les Français ne veulent plus être pris pour des idiots indéfiniment manipulables, qu'ils ne supportent plus le grand spectacle idolâtre, narcissique et mégalomane que leur donne aujourd'hui la vie publique, qu'ils veulent que les politiques leur parlent uniquement du débat d'idées et des projets,  cette formation politique aura pris un avantage considérable sur toutes les autres. C'est tout l'enjeu pour LR d'être la première à en prendre conscience. 

 
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