En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© Benjamin CREMEL / AFP
Sondages
Frédéric Micheau : "Il y a toute une partie de l'électorat qui est faiblement politisée, qui voit dans les sondages quelque chose qui facilite l'accès à la politique"
Publié le 20 mai 2018
Dans son livre "La Prophétie électorale", Frédéric Micheau, directeur du département Opinion à OpinionWay, revient sur l'impact des sondages sur les comportements électoraux des Français.
Frédéric Micheau est directeur du département Opinion d'OpinionWay depuis juillet 2014 
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Frédéric Micheau
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Frédéric Micheau est directeur du département Opinion d'OpinionWay depuis juillet 2014 
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Dans son livre "La Prophétie électorale", Frédéric Micheau, directeur du département Opinion à OpinionWay, revient sur l'impact des sondages sur les comportements électoraux des Français.

Atlantico : Votre livre, « La Prophétie électorale », analyse un des éléments devenus incontournable de nos démocraties, les sondages. Pourquoi observe-t-on un tel engouement progressif pour les sondages ?

Frédéric Micheau : Il y a différents facteurs qui expliquent cette évolution, qui est historique et n’est pas propre à la France. Quand on regarde aux Etats-Unis, les évolutions sont même plus marquées qu’en France. En France, on a un élément de quantification, ce sont les rapports de la commission des sondages pour les élections présidentielles. Lors de la dernière élection présidentielle, on était à 560 sondages, contre 111 en 181. Cela a été multiplié par 5 en une quarantaine d’années. Cela s’explique d’abord par le fait que le monde médiatique a évolué. Il y a plus de médias qu’auparavant. Il y a de nouveaux supports (internet, réseaux sociaux). Et donc autant de commanditaires. On a donc aussi davantage d’instituts de sondage, qui ont besoin de publier des études dans la presse en partenariat avec des médias pour augmenter leur notoriété et se faire connaître auprès d’éventuels clients.

Il y a aussi des raisons techniques. L’apparition des sondages par internet a permis de baisser les coûts de production donc les coûts de vente et a accéléré les temps de production. Les sondages peuvent être plus élastiques face à l’actualité et répondre aux contraintes des médias. On peut aussi citer l’apparition des chaînes d’information continue.

Et plus largement, il y a une évolution générale des sociétés occidentales vers un accroissement du nombre de données produites, et ce dans tous les domaines. Le sondage participe de ce phénomène, ou en tout cas n’y échappe pas.

Cet engouement s’accompagne d’une méfiance grandissante. On se méfie de la capacité d’influence ou de manipulation même que peuvent avoir les sondages. Quels sont les biais qui peuvent participer de cette manipulation ?

Tout d’abord, la méfiance n’existait pas au début des sondages. Quand les sondages étaient publiés sous la IVe ou sous la Ve République, on saluait toute une série de succès techniques. Les intentions de vote ont correspondu aux différents référendums qui ont été faits. Et le fait d’armes des sondages est l’élection présidentielle de 1965 qui a prévu, contre toute attente, le ballottage du Général de Gaulle. C’était un événement impensable alors pour les observateurs politiques. Et ce, au point près.

Initialement, les sondages étaient jugés infaillibles. C’est seulement à partir des années 1970 qu’on a observé un retournement, avec des polémiques et des tentatives de manipulation par le pouvoir politique - notamment lors des municipales de 1977. La loi de 1977 traduit sur ce point un renversement des perceptions, en passant d’une situation de confiance aveugle à une situation de méfiance extrêmement répandue, et qui persiste. Et évidemment, quand il y a des erreurs de prévision (on peut citer l’exemple du Brexit ou celui de l’élection de Donald Trump - même s’il faut regarder les choses de façon plus nuancée.), tout cela accroît la méfiance du public, mais aussi du décideur politique - du législateur - mais cela ne les empêche pas de commander et de continuer à commander des sondages.

Les biais sont multiples. Il faut cependant distinguer deux types de sondages. D’abord les sondages d’intention de vote, qui sont l’objet de mon ouvrage. Là, c'est simple, on cherche à placer la personne interviewée dans la situation du vote. Si l'élection avait lieu dimanche pour lequel des candidats suivants voteriez-vous ? L'intitulé est le même partout, on teste tous les candidats, il n'y a pas de risque de biais. Cela ne concerne que les sondages d'intentions de vote. En revanche pour les sondages d'opinion, là, il peut y avoir des biais dans la formulation des intitulés, des items, dans l'agencement du questionnaire, on peut conditionner la personne interrogée qui peut être amenée à répondre de telle ou telle façon. C'est d'autant plus dommageable pour le débat public que ce sont des pratiques qui ont historiquement existé. Il y a des médias qui n'ont pas la neutralité qu'ils prétendent avoir et les périodes politiques sont des périodes de tensions et qui sont toujours promptes à susciter des polémiques. Certaines sont exagérées par des acteurs politiques qui ont intérêt à dénoncer des sondages. Mais par ailleurs, il y a aussi des sondages mal faits, tendancieux.

Comment analysez-vous la critique selon laquelle nous sommes accros aux sondages ?

Je n'emploie pas le terme d'accro qui sous-entend une addiction. Si on emploie ces termes, on se classe dans le champ de la maladie et de l'excès. La lecture des sondages, c'est une activité qui doit être rationnelle. Ce n'est pas une maladie.

Pour autant, les sondages ont tendance à imposer une grille de lecture. Qui se fait au détriment d'autres outils, d'autres domaines de penser qui peuvent être mobilisé pour analyser un politique ou une situation (sociologie science électorale, science politique, droit…). Il y a d'autres domaines intellectuels qui peuvent être utilisés pour comprendre une élection et qui sont peut-être occultés par l'utilisation des sondages. C'est le signe qu'il s'agit d'un outil efficace et facile d'accès. Tout le monde comprend les chiffres, les évolutions permettent de dresser un récit d'une campagne. Il y a quelque chose de très lisible et de ludique.

Les sondages en période électorale deviennent quotidiens et s'intensifient jusqu'au dernier week-end. Cela ne participe-t-il pas d'une certaine idéologie de la transparence ? D'une certaine démystification de la politique ?

C'est une demande des médias, c'est lié au phénomène d'information en continue. Les sondages se calquent sur le rythme médiatique. On peut juger que c'est excessif. La réalité de la décision électorale, l'évolution du choix ne se fait pas sur un rythme aussi resserré. Même s'il est utile de mesurer quotidiennement.

Les sondages sont utiles. Nous avons vécu pendant des dizaines d'années, des élections dans le noir le plus complet. Et la surprise arrivait à la fin. Mais pendant toute la période dans la mesure où nous n'avions pas les sondages nous avions droits à des rumeurs, des tentatives de manipulation etc… ce qui évidemment est néfaste pour la démocratie. Donc le fait d'avoir des données sur l'évolution du rapport de force électoral est utile pour la démocratie. Il y a tout une partie de l'électorat qui est faiblement politisé, qui voit dans les sondages quelques chose qui facilité l'accès à la politique. Ils vont rechercher la lecture des sondages pour se faire leur opinion. Mais il ne faut pas confondre l'influence et l'information. Je pense qu'un sondage informe. Le traitement médiatique, la réception par les citoyens peut provoquer l'influence.

Quelles sont les règles déontologiques fondamentales que respectent aujourd'hui les sondages et comment les identifier ?

Quand on regarde un sondage d'intention de vote, il y a toute une série d'obligations légales qui doit être respecté. La commission de contrôle des sondages contrôle tous les sondages publiés. Toute une série d'informations doit figurer dessus.

Plus généralement, il faut regarder la taille de l'échantillon interrogé. Une taille trop faible produit une marge d'erreur plus élevée et des résultats moins fiables. Il faut regarder les différentes hypothèses qui sont testées.

Les citoyens font de plus en plus preuve de discernement à la lecture d'un sondage. Il y a un recul critique qu'il faut savoir trouver. Il ne faut pas non plus tomber dans une méfiance systématique. Les bonnes pratiques, c'est de multiplier les sources, confronter la production des différents instituts, de lire les sondages en évolution et de bien se rappeler que nous sommes dans un univers statistique avec des marges d'erreur.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
03.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
04.
L'ancien garde du corps de Lady Di s'inquiète pour la sécurité de Meghan Markle
05.
Grand Débat à Souillac : le Président qui mouillait sa chemise (jusqu’à risquer de la perdre ?)
06.
"Il entend, mais il n'écoute personne" : les conseillers de Macron sont au bout du rouleau
07.
10% des oeuvres d'art de l'Etat portées disparues
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
03.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
04.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
05.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
06.
Et la raison pour laquelle les Allemands commencent sérieusement à s’inquiéter d’un Brexit sans deal est…
07.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
04.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
05.
Ce à quoi se condamnent lentement mais sûrement les Gilets jaunes
06.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
01.
Grand débat national : l’équation impossible d’Emmanuel Macron
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Pourquoi Macron, les populistes et les gilets jaunes sont tous le produit de la même vague (et pourquoi ils seraient bien inspirés de le comprendre réciproquement)
04.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
J'accuse
- 20/05/2018 - 15:59
Les sondages influencent plus que les réseaux sociaux
Les sondages sont bien une manipulation de l'opinion publique, même si ça ne marche pas toujours dans le sens espéré. Ils se prétendent neutres mais ne le sont jamais. Est-il démocratique d'annoncer le vainqueur d'une élection avant qu'elle ait lieu ? Est-il démocratique de poser des questions permettant d'interpréter les réponses comme l'on veut ? Est-il démocratique d'aiguiller les électeurs non politisés en leur donnant "le sens du vent" ? Les sondages vont à l'encontre de la vie démocratique en enfermant les électeurs dans des prévisions et des chiffres supposément objectifs.