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Interview politique
Robert Ménard : "Plus la droite et l'extrême droite se rapprochent, moins elles osent aller loin"
Publié le 20 mai 2018
Dans son livre "Pour une droite du réel", Robert Ménard plaide pour le rassemblement de la droite autour d'un projet commun, avec pour objectif la construction d'une droite "girondine, "libérale" et "conservatrice". Il y critique notamment la droite actuelle, incapable, selon lui, de porter un regard critique sur les grandes questions de son temps.
Robert Ménard a été journaliste et fondateur de Reporters Sans Frontières (RSF).Président de l'association de 1985 à 2008, il a dirigé un centre d'accueil pour les journalistes à Doha (Qatar) de 2008 à 2009.Il a été élu en avril 2014 maire de la...
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Robert Ménard a été journaliste et fondateur de Reporters Sans Frontières (RSF).Président de l'association de 1985 à 2008, il a dirigé un centre d'accueil pour les journalistes à Doha (Qatar) de 2008 à 2009.Il a été élu en avril 2014 maire de la...
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Dans son livre "Pour une droite du réel", Robert Ménard plaide pour le rassemblement de la droite autour d'un projet commun, avec pour objectif la construction d'une droite "girondine, "libérale" et "conservatrice". Il y critique notamment la droite actuelle, incapable, selon lui, de porter un regard critique sur les grandes questions de son temps.

Atlantico : Dans votre essai "Pour une droite du réel", vous commencez par un écueil : pour construire la droite "girondine", "libérale" et "conservatrice" que vous appelez de vos vœux, il faudra convaincre la droite traditionnelle de se rassembler autour d'un projet commun. Un très récent sondage IFOP sur les prochaines élections européennes montre que 41% des électeurs sondés comptent donner leur voix à un candidat d'un parti plus à droite que LREM, contre seulement 29% à gauche. Pourquoi la droite semble-t-elle aujourd'hui incapable de profiter de cette tendance nettement en sa faveur ?

Robert Ménard : Parce que la droite de gouvernement vit sous le diktat de la gauche depuis de trop nombreuses années. Dès qu'elle fait un pas en direction du Front National, elle est pointée du doigt, on l'accuse de s'allier avec des fachos, des racistes, des antisémites... On connaît trop bien toute cette argumentation…

Du coup, alors que, sur le terrain, les électeurs ont 90% d'idées en commun, ses états-majors continuent à ne pas vouloir franchir ce qu'ils considèrent comme "le Rubicon", au-delà duquel ils ont peur d’être diabolisés. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, si la droite de gouvernement continue à traiter de haut, comme elle le fait, des partis – dont bien sûr le Front national - qui, quoi qu'on en pense, représentent des millions d'électeurs, elle est vouée à perdre les élections. C'est pour cela que, depuis des années, je me bats pour construire cette union des droites qui est la seule réponse à la situation actuelle. Malheureusement, on a, d'un côté, M. Wauquiez qui, tout en tenant un discours sur l'immigration qui est un copié-collé de celui du FN, se refuse à toute alliance, et d'un autre un Front National qui n'a pas vraiment une culture d'alliance. Or ce sont des compromis qu'il faut construire. On ne peut pas continuer à s’enfermer dans des querelles d'egos qui ruinent cette union que les électeurs de droite appellent de leurs vœux.

L'alliance que la Lega et le M5S sont en train de conclure en Italie vous semble-t-elle un modèle intéressant pour bâtir un contre-programme qui unirait la droite ? Que retirez-vous de cette victoire des partis "populistes" italiens ?

Ce que j’en retiens, c'est qu’en Italie comme en Autriche, si la droite veut gagner, il faut qu'elle s'allie à ce que la « grande » presse continue d'appeler l'extrême droite. En réalité, une droite populiste - et ce n'est pas un gros mot dans ma bouche. Avec Emmanuelle, mon épouse qui est députée de l’Hérault, nous sommes à mi-chemin des uns et des autres. Nous partageons avec la droite « populiste » ses positions sur les questions de société : l’immigration, l'islam, l'identité… Et nous partageons avec la droite « classique » une vision plus libérale de l'économie et moins anti-européenne que celle du Front National. Même si, sur l’euro et l’Europe, celui-ci a beaucoup évolué ces derniers mois. Aussi, il nous semble possible de trouver des compromis. La gauche l'a fait dans les années 70. Pourquoi serions-nous incapables de le faire aujourd’hui ?

Dans votre livre, vous déclarez que ceux dont le combat est de sortir de l'Union européenne ont "un train de retard". Vos voisins italiens, tout comme de nombreuses personnes au sein de partis de droite, dont le Front National, considèrent que cela pourrait être souhaitable. Pourquoi la France doit-elle selon vous s'appuyer sur l'échelon supranational européen ?

Je ne confonds pas l'Europe et la technocratie bruxelloise. Je suis un européen convaincu. Et je suis également un critique convaincu de la bureaucratie tatillonne et eurocrate. Mais je pense que l'euro est un faux ennemi. Il est le bouc émissaire facile pour des problèmes qui sont avant tout ceux de la France. Nous n'avons pas eu besoin de Bruxelles pour avoir mené, durant des dizaines d'années, des politiques qui n'ont aucun sens en matière, par exemple, d'éducation ou d'immigration.

Ce que je constate, encore une fois, c'est que Marine le Pen est infiniment moins anti-européenne qu'elle ne l’était il y a encore un an. Elle ne parle plus de sortie de l'euro. Je pense qu'elle a changé d'avis. De la même manière, Laurent Wauquiez tient sur l'immigration des propos qu'il n'aurait pas tenus il y a deux ans. Cela veut dire que les uns et les autres se rapprochent. Mais, malgré ces rapprochements, nous n’arrivons toujours pas à nouer des alliances… Du moins pas encore.

Dès le début de votre livre, vous décrivez l'incapacité de la droite à porter un regard critique et construit sur les grandes questions de société de son temps : influence de la Silicon Valley, le transhumanisme. Vous-même reconnaissez ne pas être en mesure d'apporter des réponses à ces grands enjeux. Pourquoi la droite n'y arrive-t-elle pas ?

Parce que nous avons en France une vieille droite avec des toiles d'araignée dans sa tête ! Une droite qui ne cesse de ressasser les mêmes thèmes. Je m'aperçois, en tant que père de famille, que plus que l'euro, c'est Internet qui me préoccupe et le temps que mes enfants passent devant leurs écrans sans que je puisse contrôler quoi que ce soit. Je ne vois sur cette question rien de convaincant dans le programme de nos partis de droite. Autre question : qu'est-ce qu’une politique culturelle de droite ? À lire certains programmes, cela se réduirait à la défense du patrimoine. Que ferions-nous, concernant les médias, si, demain, nous arrivions au pouvoir ? Quid du service public ? Et des Gafa ? Autant de questions aujourd’hui sans réponse crédible…

Croyez-vous qu'une initiative telle que l'école de Marion Maréchal-Le Pen puisse faire vraiment la différence ?

Je ne sais pas. Mais je sais que Marion Maréchal est intéressée par ces problèmes. Si l’on veut gagner les élections et répondre aux soucis des Français, on ne peut pas parler que des mantras habituels de la droite. Il nous faut également aborder le quotidien des Français. Marion a cette sensibilité-là.

Vous proposez dans votre livre de bâtir une "contre-société" - citant le modèle monastique qui refonda l'Europe après la chute de Rome ou les "cités parallèles" des anticommunistes tchèques sous le joug des soviets. Ces comparaisons ne vous semblent-elles pas excessives ? Ne s'agit-il pas d'une forme de repli sur soi, de communautarisme pour s'opposer aux communautarismes que vous critiquez ?

Ce que je veux dire, c'est qu'il faut gagner la bataille des idées. Il faut présenter, dès maintenant, des alternatives. Il y a, par exemple, dans ma ville, une école hors-contrat que nous soutenons, sans enfreindre les sacro-saintes règles de la laïcité. Je pense, en effet, qu'il est important de montrer comment nous imaginons une éducation en direction, en l’occurrence, d’un quartier « difficile », comme on dit pudiquement. Nous avons besoin de nous appuyer sur des exemples locaux. Nous avons pu, à Béziers, changer certaines choses. Dans ce cadre, l’échéance des prochaines municipales me semble essentielle.

Dans votre livre comme dans vos discours, vous ne manquez jamais une occasion de parler de Béziers dont vous êtes le maire. Vous appelez même à une "révolution municipale". Pourquoi, alors que votre stratégie locale a, semble-t-il, bien fonctionné, avez-vous tant de difficultés au niveau national ?

Nous avons montré que l'on pouvait diriger une ville avec une majorité qui regroupe des élus allant du Front National aux Républicains. Il faut aujourd'hui profiter des prochaines élections municipales pour multiplier ces expériences-là. Je ne vois pas les Républicains exclure des centaines de personnes qui se retrouveraient dans des listes aux côtés de membres du FN. C'est invraisemblable. Si l'on montre que l'on peut gouverner ensemble, nous arriverons à bousculer les apparatchiks de toute la droite. Et, demain, reproduire cette stratégie au niveau national. Autour de la personnalité qui saura incarner cette grande alliance.

Vous avez affirmé, à l'automne dernier, vouloir vous inspirer d'Emmanuel Macron pour faire gagner un candidat de droite en 2022. Qu'est-ce que cela signifie ? Qu'est-ce que le cas d'Emmanuel Macron aurait à apporter à la droite ?

Il a réussi à tout bousculer. Je ne partage ni ce qu'il est, ni ce qu'il dit, ni ce qu’il fait. Mais je tire comme leçon de sa victoire que si nous voulons imposer cette union, nous ne pourrons le faire qu’en bousculant les vieux appareils politiques. Je l'observe au quotidien, les gens en ont assez de ces divisions. Ils ont le sentiment d'avoir perdu l'élection du fait de notre désunion. Ils sont attentifs, réceptifs au discours d'union que je tiens depuis des années. Et tout peut commencer au niveau des communes.

Votre agression lors d'un déplacement près de Bordeaux n'a suscité quasiment aucune réaction de la part de la presse traditionnelle. N'y a-t-il pas un « deux poids deux mesures » selon que l’on est de droite et de gauche, et peut-être plus encore, d'extrême-droite ou d'extrême-gauche ?

Quasiment toute la classe politique - à l'exception des responsables qui sont le plus proche de mes idées - s'est réfugiée dans un silence coupable et honteux. Comment accepter qu'un élu soit interdit de parole, qu’on puisse s'en prendre physiquement à lui ? C'est insensé. Rappelez-vous, lorsque Nathalie Kosciusko-Morizet s'est faite bousculer, les réactions dans la presse ! Dans mon cas, ce fut, vous l’avez dit, un silence assourdissant, à de rares exceptions.

Que le ministre de l'Intérieur n'ait pas dit un mot n'est pas normal, n’est pas acceptable. Au-delà de l’agression elle-même qui m'a blessé physiquement et touché profondément, je suis scandalisé par le comportement de l’immense majorité des élus qui n’ont rien dit, rien condamné. Certains élus de gauche se sont même félicités de ce qui m’est arrivé. J’ai décidé de les poursuivre en justice. Il faudra qu'ils s’en expliquent.

Le fait que la gendarmerie ne soit pas intervenue, alors qu’elle était présente, à quelques dizaines de mètres, n'est pas, non plus, sans poser quelques questions…

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Liberte5
- 22/05/2018 - 00:01
Triste perspective pour la France
Pays noyauté par la gauche, nous avons peu d'espoir de nous en sortir. Trop de choses vont mal. Quelque soit le sujet que l'on veut aborder, l'on s'aperçoit que nous sommes dépassés, que la dégradation est telle que remonter la pente parait impossible. Je pense définitivement que ce pays est foutu. Je ne suis pas d'une nature pessimiste mais je dois me rendre à l'évidence, la France a décroché du peloton des nations importantes et va rejoindre les pays de seconde zone. Il suffit , ce que j'ai fait, de visiter les USA et le Japon pour voir la différence. La propagande des médias Français ne peut plus cacher tout cela. Dans 20 ans la France sera une république islamique et les Français, apathiques, ne feront rien pour empêcher cela.
JG
- 20/05/2018 - 16:18
"sorties."... et "quelle" élection
Quand on est énervé par les lâchetés de la droite molle, on ne fait plus attention à l'orthographe....;-))
JG
- 20/05/2018 - 16:16
Tant que la droite française restera la plus bête du monde...
Et que le poisson pourrira par la tête, les élites de droite ne bougeront pas....Elles sont tombées dans le piège tendu par Mitterrand en 1984....il y a 34 ans quand même.... et n'en sont toujours pas sortis.
@Vangog a raison : tant que justice, médias et éducation seront noyautées par la gauche, la vraie droite ne reprendra pas le pouvoir....Encore une ou deux générations donc, le temps d'avoir une quantité suffisante de musulmans naturalisés....pour faire basculer n'importe quel élection dans le sens de la gauche immigrationniste....La guerre civile viendra plus tôt que vous ne le pensez et tous les journaleux et politicards de gauche ou de pseudo-droite seront les premiers, comme en 40, à fuire ou à pactiser avec l'ennemi... Il ne restera alors que les vrais patriotes pour se battre....sans les américains et les russes derrière pour gagner à la fin (quoique les russes, peut-être....)