En direct
Best of
Best of du 4 au 10 mai 2019
En direct
© Brendan Smialowski / AFP
Match
Le match Macron Merkel : qui a obtenu quoi face à Donald Trump ?
Publié le 28 avril 2018
Après une visite d'Etat qui a duré 3 journées, Emmanuel Macron a cédé la place auprès de Donald Trump à Angela Merkel, qui rencontrait le président américain ce 27 avril.
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Edouard Husson
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
Voir la bio
Florent Parmentier
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Après une visite d'Etat qui a duré 3 journées, Emmanuel Macron a cédé la place auprès de Donald Trump à Angela Merkel, qui rencontrait le président américain ce 27 avril.

Atlantico : Après la visite d'Etat d'Emmanuel Macron aux Etats-Unis, en début de semaine Donald Trump a reçu quelques heures Angela Merkel, vendredi, pour une courte visite.Derrière la grande différence d'image entre les deux rencontres, qu'ont réellement obtenu les deux dirigeants européens face à Donald Trump ? 

Edouard Husson : Les deux principaux dirigeants de l’Union Européenne n’ont pas obtenu grand chose - pour autant que nous puissions le savoir par les compte-rendus dont nous disposons. Ce que nous ne savons pas, c’est dans quelle mesure Angela Merkel aurait fait des concessions spécifiques à Donald Trump, afin de préserver la position de champion du monde des exportations que l’Allemagne dispute chaque année à la Chine. l’Allemagne est en effet plus durement atteinte par les sanctionsx américaines contre la Russie que ne l’est la France; et elle sera plus affectée par le maintien de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium que ses partenaires au sein de l’UE. Il faut bien voir que c’est la troisième visite gouvernementale allemande à Washington  en six semaines: Peter Altmeier, ministre de l’Economie et très proche d’Angela Merkel au mois de mars; Olaf Scholz, ministre des Finances la semaine dernière. Et la Chancelière elle-même cette semaine. Comme toujours, les Allemands font les choses de façon peu spectaculaire mais, au bout de ces trois visites, n’auront-ils pas obtenu les termes d’un accord bilatéral tandis que le président français aurait été la cible d’une pure opération de séduction? 

Florent Parmentier : La visite d’Etat de trois jours d’Emmanuel Macron a connu un grand écho, tant en France qu’aux Etats-Unis et parmi les alliés européens. La Pologne, les Etats baltes et d’autres pays atlantistes au sein de l’Union européenne reprochait une posture française distante vis-à-vis des Etats-Unis ; cette visite vient tordre le bras à cet a priori. Toutefois, au-delà d’une belle présence médiatique, les gains du côté français sont faibles : quelles avancées a-t-on vu sur le climat ou l’Iran ?

Parallèlement, Angela Merkel se rend à Washington en faisant profil bas, puisqu’en plus des désaccords existant – largement partagés avec la France – sa relation de travail avec Donald Trump est mauvaise. La chancelière aura à cœur de défendre les intérêts des entreprises allemandes, notamment celles qui travaillent avec la Russie, dans le contexte connu d’accroissement des sanctions. La position allemande sur Nord Stream 2 sera discutée : les Américains peuvent-ils faire reculer les industriels allemands ? La pression américaine vise-t-elle à protéger les intérêts de l’Ukraine ou à encourager l’importation de gaz américain ? La sécurisation des infrastructures de gaz ukrainiennes pourrait fournir le prétexte à une coopération pragmatique entre la Russie, l’Ukraine et les Européens. Mais Washington souhaite-t-il vraiment aller dans cette direction. La question des taxes protectionnistes sur l’acier et l’aluminium est également dans l’air.

Autre sujet compliqué sur le plan bilatéral germano-américain, particulièrement à l’heure des frappes franco-anglo-américaines en Syrie : la question des dépenses militaires. Malgré une hausse de 10% de son budget militaire, celui-ci ne représente que 1,1% du PIB allemand ! Tout juste confirmé par le Sénat, Mike Pompeo, nouveau Secrétaire d’Etat, fera pression sur l’Allemagne pour que l’objectif de 2% des dépenses soit atteint. 

Dans quelle mesure cette différence de traitement protocolaire permet-il à Donald Trump de troubler le jeu interne européen ? Comment en envisager les conséquences dans le couple franco-allemand ?

Edouard Husson : Trump est le grand gagnant de ce qui se passe. C’est lui qui mène le jeu. Il reçoit séparément Emmanuel Macron et Angela Merkel à deux jours d’intervalle. Il choisit le format de la visite de l’un et de l’autre. Et il a l’air de traiter le président français mieux que la Chancelière allemande. Il est normal qu’à Bruxelles et à Paris, ces dernières semaines, on ait mal pris la manière dont Berlin semble préférer la négociation bilatérale avec Washington à une négociation transatlantique unifiée. D’un autre côté, en agitant la menace d’une hausse des tarifs douaniers, Trump contribue à isoler l’Allemagne de ses partenaires européens. Elle est la plus vulnérable au déclenchement de ce qu’on appelle d’un terme inapproprié une « guerre commerciale » (quand est-ce que les libéraux reliront Adam Smith et son éloge des tarifs douaniers comme instrument de rééquilibrage ou de compensation des distorions de concurrence?). Le possible cavalier seul de l’Allemagne dans la négociation commerciale fait partie de tout un contexte où, derrière la volonté affichée de la France de relancer le « moteur franco-allemand », le gouvernement Merkel réagit avec circonspection voire refuse les propositions des partenaires européens, à commencer par le plan Macron pour l’Union Européenne. 

Florent Parmentier : Face à trois jours de visite d’Etat, la session de travail de trois heures paraît bien terne ; la différence de traitement ne devrait toutefois pas avoir de conséquences fondamentales sur le jeu interne européen. En effet, les deux Etats européens ont pu préparer leur stratégie en amont, grâce à une concertation préalable. Le jeu ne peut être troublé qu’à la condition que Donald Trump fasse des concessions, ce qu’il ne semble pas disposer à faire, ni sur le climat ni sur l’accord iranien.

Le couple franco-allemand a sa propre logique qui ne passe pas par Washington ; l’interaction franco-allemande est quotidienne, là où le déplacement outre-Atlantique est rare. L’Allemagne reste le premier partenaire économique de la France, et les deux Etats doivent travailler encore plus étroitement du fait du Brexit et de la marginalisation de l’Italie des affaires européennes. 

Quelles sont les enjeux ou les risques ouverts par cette nouvelle donne dans le jeu transatlantique ?

Edouard Husson : Il faut regarder, d’abord, le jeu mondial. Trump, comme toujours sous-estimé par ses critiques, a une vision claire: il faut une politique commerciale dure avec la Chine. Et les Européens ont intérêt à faire cause commune avec Washington. Il est un deuxième enjeu fondamental: le président français se heurtant à de multiples résistances de l’Allemagne sur ses propositions, aura intérêt, dans les mois qui viennent, à transformer le dialogue bilatéral avec l’Allemagne en un dialogue à trois, incluant Washington - ou à quatre en incluant Londres. Trump déplace complètement les lignes et cela peut servir les intérêts de Paris. C’est l’Allermagne qui a le plus à perdre d’une montée des tarifs douaniers; ses exportations vont baisser, inévitablement; et les partenaires de l’Allemagne au sein de l’UE auraient intérêt  à s’appuyer sur la politique américaine pour forcer les Allemands à sortir des dogmes de leur politique économique (monétarisme; limitation de la consommation intérieure, priorité aux exportations dans une logique de concurrence avec les autres pays de l’UE)Les semaines qui viennent vont être décisives; peut-être vont-elles être celles d’une prise de distance réaliste d’Emmanuel Macron vis-à-vis de l’Allemagne. 

Florent Parmentier : A vrai dire, le danger se trouve moins dans la relation avec l’Allemagne que dans un alignement mal maîtrisé ; « ami, allié, pas aligné », pour reprendre l’expression de Hubert Védrine.

Le danger pour le Président français serait de suivre le chemin de Tony Blair ; ce dernier était à la fin des années 1990 un jeune leader européen centriste, apôtre de la « troisième voie ». Pourtant, le leader britannique a vu son bilan se réduire au rôle de supplétif malhonnête de George W. Bush. A vouloir influencer les Etats-Unis, il a perdu sa boussole politique, s’engageant dans un conflit impopulaire et à la postérité pour le moins douteuse.

A l’occasion de ce déplacement, les bonnes relations interpersonnelles peuvent-elles déboucher sur une coopération plus large ? Au-delà des images, quels gains réels ? L’opinion publique suivra-t-elle son Président ou l’opposition, très critique de cette visite ? Le sort de l’accord iranien nous donnera une première indication.

 

 
 
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
03.
Un bilan dont il “n’y a pas à rougir” : radioscopie des performances économiques de la France depuis l’élection d’Emmanuel Macron
04.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
05.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
06.
La taxe carbone va prendre l’avion, très bonne idée, sauf que ceux qui vont payer ne sont pas ceux que l’on croit
07.
Attention danger politique pour Emmanuel Macron : voilà pourquoi l’électorat en marche est à manier avec grande précaution
01.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
02.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
03.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
04.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
05.
Le Monde a découvert une nouvelle et grave pathologie : la droitisation des ados !
06.
Ce que les experts de l’OMS recommandent pour réduire les risques de démence sénile
01.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
02.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
03.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
04.
De l'art d'utiliser les morts : et Nathalie Loiseau enrôla Simone Veil dans sa campagne
05.
Le glyphosate, le dernier débat hystérique de tous ceux qui se méfient de l’Europe et du progrès
06.
Emmanuel Macron, l’Europe, le RN et les Gilets jaunes : un cocktail détonnant de vérités et d’erreurs intellectuelles ou politiques majeures
Commentaires (4)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
clint
- 28/04/2018 - 20:56
@Ganesha: Vous avez raison! Merkel pense à l'All, Macron à l'UE!
Le "couple franco-allemand" s'est délité dès la réunification de l'Allemagne. Les chanceliers, et tout particulièrement la chancelière, ont fait, et font, une Europe pour aider l' Allemagne à être et rester le 1er pays d'Europe : l' UE ne leur est utile que pour éviter les critiques que les différents Reiche ont crées en Europe. Quant à Macron, il sait qu'il ne pourra rester que 10 ans président au mieux : son avenir c'est la présidence de l' UE, et la France en est l'instrument !
Ganesha
- 28/04/2018 - 13:35
Kelenborn
Malheureusement, les deux auteurs de cet article n'apportent aucune proposition décisive. Macron a été très amicalement reçu aux USA, mais politiquement, la personnalité française la plus proche des idées et options de Trump, c'est Marine Le Pen ! Nous n'avons aussi que très peu d'informations sur l'évolution de l'Italie. J'ai appris par hasard, par quelques secondes de ''zapping'', que le président de la République italienne force actuellement le Mouvement Cinq Étoiles à négocier avec le parti de Berlusconi, pour éviter une coalition avec la Ligue du Nord (qui est dans le même groupe que le FN au Parlement européen)
kelenborn
- 28/04/2018 - 12:35
Ah Ganesha est en forme
Il a du tenter de chevaucher une Walkyrie cette nuit et est tombé de son lit! Bon soyons sérieux , je suis venu pour lire Husson , pas Ganesha...On ne peut mieux caricaturer ce qu'est la France et qu'a parfaitement compris Trump: il suffit de flatter , de caresser le coq en lui disant qu'il des belles plumes et il fait cocorico, pendant...qu'on peut se faire sa poule ( au pieu ou au pot selon les goûts )