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"Un riche, trois pauvres" : il y a de très bonnes choses mais, le plus souvent, on n'accroche pas vraiment
Publié le 23 avril 2018
Alyette de Beru est chroniqueuse pour Culture-Tops.Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été...
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THEATRE
 
Un riche, trois pauvres
 
de Louis Calaferte
 
Adaptation et mise en scène : Clio Van de walle
 
Avec La compagnie Indigo : Tamara Al Saadi, Ismaël Tifouche Nieto, Omar Mebrouk, Laura Mello, Charlotte Bigeard, Geoffrey Mohrmann en alternance avec Sam Giuranna.
 
 
 
INFORMATIONS
 
Ciné 13 Théâtre
 
1, avenue Junot, Paris 18°
 
jusqu'au 6 mai 
 
mercredi et vendredi 21h, jeudi et samedi 19h, dimanche 18h
 
Réservations : 01 42 54 15 12/  www.cine13-theatre.com
 
 
 
 
RECOMMANDATION :  BON
 
              
 
THEME
 
           Le tout commence comme un spectacle de cirque « quelque part dans le vaste monde », comme l’indique l’inscription lumineuse qui s’affiche en fond. Un clown apostrophe le public – « Ça va les p’tits enfants ? » – avant que l’enchaînement des « numéros » ne propulse le spectateur dans d’autres temps et d’autres lieux : le métro, un bureau, une chambre d’enfants, une soirée d’anniversaire... Un riche trois pauvres fait se succéder 33 « scènes-flash », 33 situations de quelques minutes, orchestrées par six acteurs qui incarnent tour à tour des personnages, ou plutôt des archétypes, divers : le clown, le passionné, Papa, la Foule, une femme en robe du soir, le chef, l’employé, l’exclu, la femme, l’homme, etc. 
 
À travers cette juxtaposition de scènes indépendantes les unes des autres et en guise de fil rouge, le spectateur entend résonner de grandes interrogations sur la condition humaine, notre société contemporaine et la cruauté des gens ordinaires.
 
 
 
POINTS FORTS
 
1/ Aucune fausse note : le ton et le jeu des acteurs sont toujours justes, une prouesse tant les personnages et les situations sont variés. On assiste à des performances bouleversantes, comme ce moment où, d’abord seule en scène, une actrice répète le mot « Maman ! » en crescendo pendant de longues minutes, parvenant à communiquer presque physiquement le sentiment de la solitude.
 
 
 
2/ Un enchaînement sans temps mort. La plateau se métamorphose à chaque scène grâce à quelques éléments de décor colorés ; les acteurs se succèdent avec rapidité, changeant de rôle en changeant de costume ; des extraits de musique, de Sweet Dreams de Marilyn Manson à la petite ritournelle de cirque bien connue, ponctuent le spectacle ; des éléments de langue des signes et quelques passages en langues étrangères ajoutent à la variété de l’ensemble. Enfin, l’alternance de scènes chorales, monologues, improvisations donne l’impression d’assister à plusieurs spectacles en un. On est souvent surpris.
 
 
 
POINTS FAIBLES
 
Si tout est bien en place et fonctionne sans heurts, je n’ai jamais vraiment ri, ni été franchement choquée ou mise mal à l’aise, comme si les dialogues de Calaferte, si finement ciselés et maniant tantôt l’humour, tantôt l’ironie, ne passaient pas totalement.
 
On contemple le tourbillon des personnages tout en restant le plus souvent très extérieur à ce qui se passe sur scène : peut-être la rapidité des enchaînements désamorce-t-elle la puissance du texte ?
 
L’expérience de théâtre que laissaient prévoir le texte et l’ambition d’une mise en scène qui propose « un rêve éveillé, un fantasme » n’a pas vraiment lieu. Pour résumer, on admire la performance tout ne sachant pas très bien ce qu’elle essaye de nous montrer.
 
 
 
EN DEUX MOTS
 
Un spectacle qui rappelle le théâtre de l’absurde de Ionesco, rejoue les rapports de force de celui de Beckett, mais laisse le spectateur à distance.
 
 
 
UN EXTRAIT
 
Ou plutôt deux:
 
 
 
   1 « - J’ai tué Papa.
 
   - Tu as fort bien fait, mon chéri. Viens, que Maman t’embrasse. »
 
  2 « Menteurs, hypocrites, imposteurs, égoïstes, tortionnaires, fourbes, voleurs, débauchés, criminels, vicieux, bourreaux, faussaires, corrompus, assassins, avares, escrocs, bandits, pervers, je vous aime tous, crapules, je vous aime du fond du cœur, dans votre apitoyante et ignoble pourriture, amen. »
 
 
 
L’AUTEUR
 
 Louis Calaferte, né à Turin en 1928, écrit très tôt des textes pour le théâtre, mais c’est par le roman qu’il accède à la notoriété : après Requiem des innocents (1952), il est l’auteur de Septentrion, paru en 1963. Ce roman autobiographique, évoquant les expériences de l’auteur mais aussi ses opinions intellectuelles et spirituelles, fait scandale en raison de la manière très libre dont la sexualité y est abordée. Il est censuré jusqu’en 1982. 
 
L’œuvre de Calaferte pour la scène se constitue dans les années 1960 à 1980 : il obtient notamment le Prix international Ibsen pour Les Miettes (1978). Un riche, trois pauvres est créé en 1986. 
 
Auteur extrêmement prolifique d’essais, poèmes, romans, carnets de voyage, Louis Calaferte est mort à Dijon en 1994.
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