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Science
Des scientifiques découvrent des lacs cachés sous des centaines de mètres de glace au Canada et on pourrait y découvrir des formes de vie jamais rencontrées auparavant
Publié le 23 avril 2018
Découverts par hasard sur l'île de Devon dans le Grand Nord canadien, deux lacs subglaciaires ont provoqué beaucoup d'émoi dans une communauté scientifique peu connue mais dont les travaux sont très prometteurs : les astrobiologistes.
Warwick Vincent est professeur en limnologie (science des eaux intérieures) à l’Université Laval et l’auteur de plusieurs livres sur ce sujet, dont ‘Lakes : A Very Short Introduction’ (OUP, 2018)
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Découverts par hasard sur l'île de Devon dans le Grand Nord canadien, deux lacs subglaciaires ont provoqué beaucoup d'émoi dans une communauté scientifique peu connue mais dont les travaux sont très prometteurs : les astrobiologistes.

Qu’est-ce que ces lacs, découverts sous la glace du grand nord canadien, ont de particulier pour susciter tant d’enthousiasme, d’excitation, dans la communauté scientifique ?

 
 
Warwick Vincent : Je pense que c’est une découverte majeure, très excitante en effet. Et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce qu’en astrobiologie, on porte un grand intérêt à la question des limites de la vie, sur sa capacité à être retrouvée au delà de notre planète. On s’intéresse donc aux environnements extrêmes, aux habitats extrêmes. On sait par ailleurs que s’il y a de l’eau liquide, il peut y avoir de la vie, et cela s’est toujours vérifié sur notre planète. 
 
Cette découverte indique l’existence d’un autre groupe d’écosystème,  dans le nord du Canada, où il y a potentiellement un écosystème composé de vies microscopique qui s’est développé là depuis des millions d’années. 
 
De plus, la découverte d’un tel lac augmente la probabilité de la vie en dehors de notre planète. En astrobiologie, il y a un grand intérêt concernant notamment Europe (le satellite de Jupiter) où l’on sait qu’il y a de l’eau liquide, mais probablement avec une salinité assez élevée. Les recherches actuelles estiment que l’eau y est à une température de moins dix degrés. La salinité est un élément intéressant : je travaille en Arctique, en Antarctique, et j’ai été président pour la protection des lacs sub-glaciaires, notamment le lac Vostok, qui se trouve sous l’Antarctique. Cela change nos perspectives, parce que pour la plupart, on a pensé que ces environnements étaient salins et pas d’eau douce. On avait déjà observé les communautés d’organismes extrêmophiles - qui savent vivre dans des conditions extrêmes - dans le « Deep Lake » qui est dans l’Antarctique-est, et qui est un lac à la surface dont la température est constamment de -10 °C, mais qui ne gèle pas parce qu’il a un léger niveau de salinité. Maintenant, on a quelque chose de potentiellement semblable, mais qui est caché et préservé par une épaisse couche de glace, comme dans le cas du lac Vostok. C’est donc un environnement particulièrement intéressant pour rechercher des extrêmophiles, avec une stratégie de la vie potentiellement très intéressante. 
 
Et enfin il y a un intérêt historique pour comprendre le passé de notre planète, parce qu’on a affaire à des lacs qui sont enfouis sous de très importantes couches de glaces depuis très très longtemps. Il y a par exemple beaucoup de débats pour savoir jusqu’où, à telle ou telle période, s’est étendue telle ou telle couche de glace. Cela permet aussi de poser la question sur la façon dont la vie a pu substituer pendant ces longues périodes de temps. Ces lacs sont des sortes de refuges, d’arches dans lesquelles ont pu se maintenir la vie à un certain moment de l’histoire où notre planète a connu un très important refroidissement. 
 
Voilà, cela fait une très longue liste de raisons pour lesquelles cette découverte est majeure et en effet, très excitante !
 
 
 

Quelle est la prochaine étape désormais, maintenant qu’on a découvert ces lacs ?

 
Oui c’est une étude qui va prendre du temps, à commencer par du temps d’observation pour bien comprendre la dynamique de cet écosystème. Et en plus on parle de deux lacs séparés : on doit savoir s’il y a eu du réseautage, quels sont les liens hydrologiques entre les deux environnements. Et à plus long terme, ce qui est encore plus intéressant, il s’agira de faire un forage pour obtenir un échantillon. C’est une opération qui demande beaucoup d’attention, parce que c’est très compliqué de forer dans ces conditions. Il y a eu beaucoup de discussion à ce sujet avec le lac Vostok en Antarctique, où le forage a longtemps échoué. On a tenté de faire autrement sur un forage dirigé par les Britanniques dans le lac Ellsworth mais cela a aussi échoué. Finalement, ce sont les Américains qui ont réussi avec un forage dans le lac Whillans. Ils ont trouvé une grande diversité de micro-organismes qui vivait dans cet écosystème, et des processus intéressants pour du carbone, maintenir les processus biologiques dans ces conditions extrêmes, sans lumière, etc. 
 
Durant cette opération, il y avait beaucoup de discussion concernant la façon de procéder pour minimiser les risques de contamination. On parle en effet dans ces cas d’environnement inhabituellement « vierges » qu’on souhaite protéger et conserver en l’état sur le long terme. C’est un endroit important pour la biodiversité de notre planète. Il est donc très important de procéder de façon très soigneuse. Ensuite, pour obtenir des éléments microbiologiques et effectuer des analyses ADN, il faut s’assurer absolument qu’il n’y a pas contamination. Cela fait deux bonnes raisons, pour le court terme et évidemment pour le long terme. 
 
Que ce soit pour les lacs d’Antarctique ou désormais ceux de l’Arctique, il y aura beaucoup d’intérêt, c’est certain. Tout cela va être, de toute façon, suivi par les chercheurs partout dans le monde, et aussi par le grand public, car il est intéressant de comprendre comment fonctionne la vie dans ces environnements extrêmes, ces êtres à la limite de la vie. 
 
 

Et sur le beaucoup plus long terme, on irait donc chercher à vérifier ces expériences terrestres… dans l’espace ?

 
Oui, c’est une possibilité, et on souhaite un jour partir à l’exploration de ces environnements qui sont à l’extérieur de notre planète. D’ailleurs une bonne nouvelle en ce sens : un programme de la NASA a reçu le budget pour continuer à développer une sonde permettant d’étudier certaines zones précises qui intéressent beaucoup les astrobiologistes. Tout ceci va beaucoup être suivi par la communauté dans les années à venir.
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AUSTRAL98
- 25/04/2018 - 01:08
Ectoplasme
Il semble qu'un ectoplasme nommé Trudeau en soit déjà issu.