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Le coup de coeur de la semaine - "Place publique" : Le tandem le plus efficace du cinéma français ?
Publié le 22 avril 2018
Avec "Place publique", cette fois encore Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri réussissent admirablement leur coup. Mais ont-ils jamais raté quelque chose ensemble, ces deux-là ?
Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Avec "Place publique", cette fois encore Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri réussissent admirablement leur coup. Mais ont-ils jamais raté quelque chose ensemble, ces deux-là ?

RECOMMANDATION

EXCELLENT

THEME

C’est un film comme seul sait en écrire l’indéfectible et si singulier  tandem Jaoui-Bacri, un film choral  (ou presque) qui dénonce, avec un humour à la fois décapant, subtil et désenchanté, certains travers de notre société,  en l’occurrence ici, ceux du snobisme, de la course à la célébrité et  du jeunisme à tout va.

Castro, star vieillissante du petit écran, en pleine décélération d’audience (Jean-Pierre Bacri en personne), se rend à la pendaison de crémaillère d’une productrice en vogue, aussi survoltée qu’impitoyable ( Léa Drucker). Il va y retrouver, entre autres, Hélène, son ex-femme, qui s’est accrochée  à ses idéaux tiers-mondistes  de jeunesse avec une persévérance  qui frise désormais le dogmatisme, et Nina, leur fille à tous les deux, qui s’est vengée  dans un livre autobiographique de son  enfance ratée entre ses  deux parents absents (pour des motifs exactement  opposés). Tout en attendant impatiemment sa nouvelle compagne  (Hélena Noguerra), beaucoup trop jeune pour lui  et qui tarde à venir, Castro va croiser aussi à cette soirée « chiquissime », des mondains, des arrivistes, des paysans « parisianophobes » (pardon pour ce néologisme !) et des youtubeurs pour le moins mal élevés…

Les « entrechoquements » de Castro avec tous ces gens là vont donner lieu à une comédie  humaine  très réjouissante…

POINTS FORTS

-Quel plaisir de retrouver le tandem Jaoui-Bacri  aux commandes d’un film. Avec eux, question script, c’est toujours de « la belle ouvrage », du travail de dentellière. Leurs histoires sont construites pour durer par delà les années, et leurs dialogues ne concèdent  ni facilité stylistique, ni approximation langagière. Leurs mots sont choisis et agencés à la virgule près…Un plaisir pour les amoureux de la langue française.

-Le regard du duo sur la société est aigu. Ils chopent, comme peu, les défauts de leurs congénères, avec certes, beaucoup d’ironie, mais sans aucune méchanceté, ce vilain défaut  dont ils savent bien  qu’il  va souvent de pair avec la bêtise obtuse.

- Dans ce Place publique, il faut saluer aussi la réussite d’un challenge rarement tenté au cinéma, parce que très difficile à tenir sous peine de tomber dans l’ornière du théâtre filmé : celui d’avoir fait tenir l’histoire en un seul temps (une soirée) et un seul lieu (le jardin d’une propriété), à la manière des pièces classiques. Parce qu’elle a été parfaitement maîtrisée, cette option scénaristique a renforcé la structure du film. Elle a préservé  ce dernier de tout éparpillement, lui a donné cette  haute tenue, et ce, sans jamais nuire  à sa richesse visuelle.

-La réalisation proprement dite est d’une belle fluidité, qui passe d’un personnage à l‘autre, d’une scène à l’autre,  sans  aucune rupture de ton. Il faut souligner aussi la splendeur  de l’image d’Yves Angelo (un des meilleurs directeurs  photo français), et aussi la séduction  de la musique, si savamment simple et  si entraînante,  de Fernando Fiszbein .

-De Léa Drücker à Kévin Azaïs  en passant par Héléna Noguerra,  Frédéric Pierrot et bien sûr Agnès Jaoui, la distribution est idéale. Mention spéciale à Jean-Pierre Bacri, plus que jubilatoire dans son rôle de ronchon cynique et angoissé. Il porte perruque avec un aplomb irrésistible. Son numéro de danse funky, puis son imitation  d’Yves Montand, désopilants, resteront dans les annales.

 POINTS FAIBLES

D’aucuns reprocheront peut-être aux «  Jaoui-Bacri » d’avoir émoussé leurs flèches  contre les dérives sociétales. Peut-être. Mais le temps ayant passé, leurs flèches se sont naturellement recouvertes de  nostalgie. Ce qui explique que la critique sociale, qui est toujours au centre de leur film, soit moins frontale, moins apparemment virulente.  Sa drôlerie s’est teintée de mélancolie. Elle n’en est que plus déchirante.

EN DEUX MOTS

Ils prennent leur temps pour faire un film les Jaoui-Bacri ! Depuis leur dernier opus, Au bout du conte, cinq ans se sont écoulés… Mais les revoilà,  et en pleine forme, avec cette comédie douce amère,  dans laquelle il taclent, une fois de plus l’arrogance et la vulgarité des puissants, vrais ou  tels qu’ils l’apparaissent  aujourd’hui sur les réseaux sociaux . Place publique a bien sûr ce ton qui n’appartient qu’à  ces inséparables et qui fait qu’on les aime, un ton  mâtiné de drôlerie, d’alacrité, d’ironie, d’humanisme et, donc, de tendresse. 

UN EXTRAIT

Ou plutôt deux:

- « On voulait parler de cette nouvelle frénésie de vouloir se faire reconnaître, même de son groupe d’amis, par un like sur Facebook, qui valide le petit déjeuner que l’on vient de filmer et de poster… Andy Warhol a eu à la fois raison et tort : ce n’est pas un quart d’heure mais une minute de célébrité auquel tout le monde prétend aujourd’hui. Mais autrement, il a vu tout juste » ( Jean-Pierre Bacri, comédien scénariste).

- «Ça faisait longtemps qu’on voulait parler du politiquement incorrect, de la façon dont toute tentative de pensée éthique est ringardisée et s’expose au grand ricanement de l’époque : «  le politiquement correct ». »  (Agnes Jaoui, comédienne, scénariste, réalisatrice).

LA REALISATRICE

Déterminée, fantasque, engagée (viscéralement à gauche) et indiscutablement talentueuse… Agnès Jaoui, née à Antony le 19 octobre 1964 dans une famille juive d’origine tunisienne, est l’une des artistes françaises les plus douées de sa génération, puisqu’elle est à la fois comédienne, scénariste, réalisatrice, chanteuse et compositrice…

Toute petite, elle lit énormément, commence à écrire à l’âge de onze ans et, dans la foulée, s’inscrit au club de théâtre de son école. A quinze ans, elle entre au Cours Florent, poursuit parallèlement ses études, fait hypokhâgne et s’inscrit au cours d’art dramatique du théâtre des Amandiers de Nanterre dirigé par Pierre Romans et Patrice Chéreau.

En 1987, ce dernier lui donne un rôle dans Hôtel de France, et la même année Jean-Michel Ribes la met en scène  dans l’Anniversaire de Pinter, où elle rencontre son futur compagnon Jean-Pierre Bacri.

Ils écriront ensemble, pour le théâtre (dont, en 1992,  Cuisine et dépendances, en 1994, Un Air de famille  qui sera porté au grand écran par Cedric Klapiesch), et pour le cinéma ( dont Smoking, no smoking, réalisé par Alain Resnais en 1994, On connaît la chanson, encore réalisé par Resnais). En 2000, Agnes Jaoui se lance, seule, dans la réalisation en  portant  sur  le grand écran Le Goût des autres qu’elle a co-écrit avec son compagnon. Ce film fera 5 millions d’entrées et remportera 4 Césars.

Tout en poursuivant sa carrière de comédienne et en entamant  une carrière de chanteuse avec la publication d’un premier album, Canta,  Agnes Jaoui   ne cessera plus de réaliser.

Place Publique, qu’elle a co-écrit et joue avec Jean-Pierre Bacri est  son 5° film en tant que réalisatrice.

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