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Quand les réseaux sociaux se retournent contre la gauche

Publié le 22 avril 2018
Les réseaux sociaux, lieux de tous les combats dans le sillage des Printemps arabes, sont désormais mieux appréhendés par tous les acteurs du spectre politique.
François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’IRIS.Il enseigne sur le campus virtuel de l’Université de Limoges, au Celsa Paris IV à l’IRIS et à l’Institut des Hautes Études Internationales.Spécialiste des stratégies de l'information ...
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François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’IRIS.Il enseigne sur le campus virtuel de l’Université de Limoges, au Celsa Paris IV à l’IRIS et à l’Institut des Hautes Études Internationales.Spécialiste des stratégies de l'information ...
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Les réseaux sociaux, lieux de tous les combats dans le sillage des Printemps arabes, sont désormais mieux appréhendés par tous les acteurs du spectre politique.

Atlantico : Si les réseaux sociaux ont souvent été vu comme des outils particulièrement efficace pour les groupes progressistes, démocratique et généralement de gauche, dans le sillage du Printemps arabes, il semblerait qu’ils soient devenus pour leurs utilisateurs une arme à double tranchant ces derniers temps, dans le sens où l’opposition aux « révoltes » semble beaucoup plus promptes et à même de répondre aux offensives de communication numérique. Partagez-vous ce constat ?

François-Bernard Huyghe : Oui. Mais le phénomène remonte à plus loin : on s'est en effet aperçu que les réseaux sociaux servaient les mobilisations de manifestants, d'activistes, "d'en bas", celles qui se font en dehors des partis traditionnels, à partir de 2009 en Iran. Et puis bien évidemment, pendant le printemps arabe, on a vu fleurir toute une littérature célébrant le pouvoir des réseaux sociaux. On a donc eu tendance à les penser comme des outils d'expression permettant de révéler la vérité sur les crimes de Ben Ali par exemple, ou comme des outils très pratiques pour organiser une manifestation, répandre des mots d'ordre ou éviter la police, sachant que chacun peut avoir Twitter ou Facebook dans sa poche. 

Les réseaux sociaux ont en effet d'excellente qualité pour cela, en dehors du fait qu'ils sont bon marché et très facile à utiliser. D'une part ils permettent à tout le monde de s'exprimer, où permettent d'envoyer une photo de la répression policière. Cela permet de se mobiliser "en horizontale" avec les personnes qui sont comme vous, qui partagent vos indignations et peuvent les relayer. Et cela permet de mobiliser les médias, et aussi les médias de l'étranger. Pour un groupe contestataire, c'est donc tout bon en ce que cela économise des tracts, de l'organisation, de l'argent et de l'énergie etc. 

Évidemment, ce phénomène et cet enthousiasme a depuis baissé, et ce pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il n'y a pas que les défenseurs des droits de l'Homme et les gentils progressistes qui savent utiliser les réseaux sociaux. Le sommet de ce phénomène est l'élection de Donald Trump, lors de laquelle les médias mainstream qui étaient très majoritairement pro-Hillary Clinton ont été effarés de constater que les trumpistes et leurs éventuels soutiens étrangers pouvaient se rassembler sur les réseaux sociaux, s'exciter entre eux et répandre des "fake news" – ou en tout cas des nouvelles défavorables à Hillary Clinton. Le point de vue politique est donc devenu plus nuancé sur les réseaux sociaux. 

Il y a un autre facteur qui a joué : l'État et les institutions ou les entreprises qui ont dû faire face à des crises de réputation sur les réseaux sociaux ne sont pas stupides et ont réagi. Ils ont appris à gérer les cas de crise pour pouvoir apporter rapidement des démentis prouvés à des informations lancées par des protestataires. 

Un exemple : cela a circulé très vite sur les réseaux sociaux qu'il y a eu quelqu'un mis dans le coma à la suite de l'évacuation policière de Tolbiac. Mais le démenti circule lui aussi très vite, même pour ceux qui sont prompt à se dire que les médias sont au service du pouvoir, du capital etc. C'est devenu un terrain de bataille non plus seulement pour les contestataires "ceux d'en bas" etc. mais aussi dans le camp adverse, ou faire voter les gens… c’est donc devenu beaucoup plus stratégique et ouvert. 

Facebook a été particulièrement critiqué par les « militants » et « web activistes » ces derniers temps comme un lieu de censure ou de contrôle de l’information. Les réseaux sociaux sont-ils idéologiquement opposés à une certaine utilisation « contestataire » de leurs canaux d’expression ?

Cela ne joue par ailleurs pas particulièrement pour ou contre la gauche dans ce cas. Les « populistes » utilisent énormément les réseaux sociaux pour faire de la réinformation ou de la contre-information parce qu’ils estiment, à tort ou à raison, que les médias sont au service d’Emmanuel Macron, de l’ordre établi, du système, etc. Il y a un courant protestataire de droite qui utilise beaucoup les réseaux sociaux pour dire que les médias nous donnent une vision biaisée et fallacieuse de la réalité, que cela va mal, qu’il y a plus de problèmes avec les musulmans qu’on ne le raconte etc.

Et c’est un relais pour certaines prises de partie non-conventionnelles, par exemple les partisans de Poutine ou de Bachar El Assad qui sont rares dans les médias traditionnels. 

C’est donc certes un outil de lutte contre le politiquement correct, la vérité officielle. Et cela marche pour la droite comme pour la gauche. Et tout le monde l’a compris. 

Pour ce qui est des réseaux eux-mêmes, c’est ambivalent, parce qu’aux yeux de la gauche, Zuckerberg est un vrai capitaliste, mais il rejoint une partie de la gauche libertaire, et c’est pour cela que pendant la campagne présidentielle américaine, il a fait tout ce qu’il a pour lutter contre les fake news ou médias de « réinformation » qui avantageaient Donald Trump. Facebook défavorisait ou retirait même les contenus conservateurs au nom de la lutte contre les « discours de haine » ou autre. Mais l’inspiration des premiers fondateurs est éminament libertaire et refusait tout contrôle et censure de l’Etat sur les médias et paroles. L’open-source a été pensé comme des outils d’émancipation économique et politique. 

Ainsi, les réseaux sociaux sont un lieu d’affrontement au nom de cette émancipation. Mais on parle ici de réseaux qui existent dans des pays démocratiques. 

 
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Liberte5
- 22/04/2018 - 21:58
François-Bernard Huyghe a du mal à reconnaitre
que les réseaux sociaux et surtout les médias hors système permettent la réinformation. Les médias américains soutenaient H. Clinton corrompue et menteuse juqu'à la moelle. La bataille est maintenant plus équilibrée et les fake news officiels sont combattus. Ce qui change la donne.
Iker
- 22/04/2018 - 12:53
Le succès des réseaux sociaux
Vous dites Fake News ... mais qu'elle en est la définition
Orienter l'opinion publique en taisant des informations, en les déformant, parfois avec des titres accrocheurs, ou en sortant les "affaires" que l'on présente comme illégales alors qu'elles sont légales même si elles peuvent-être moralement condamnables, qu'est-ce ?
Les Médias et la caste des "soi-disant Journalistes" n'assistent qu'au retour de bâton de la malhonnêté intellectuelle dont ils ont fait preuve dans le traitement de cette information et donc de leur devoir d'informer des Citoyens ... qui ne l'oublions pas, au travers des impôts via l'aide à la Presse, contribuent fortement à son financement
Deudeuche
- 22/04/2018 - 12:25
@Claramelba
Très bien dit!