En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© NICOLAS ASFOURI / AFP
Boomerang
Quand les réseaux sociaux se retournent contre la gauche
Publié le 22 avril 2018
Les réseaux sociaux, lieux de tous les combats dans le sillage des Printemps arabes, sont désormais mieux appréhendés par tous les acteurs du spectre politique.
François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’IRIS.Il enseigne sur le campus virtuel de l’Université de Limoges, au Celsa Paris IV à l’IRIS et à l’Institut des Hautes Études Internationales.Spécialiste des stratégies de l'information ...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
François-Bernard Huygue
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’IRIS.Il enseigne sur le campus virtuel de l’Université de Limoges, au Celsa Paris IV à l’IRIS et à l’Institut des Hautes Études Internationales.Spécialiste des stratégies de l'information ...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les réseaux sociaux, lieux de tous les combats dans le sillage des Printemps arabes, sont désormais mieux appréhendés par tous les acteurs du spectre politique.

Atlantico : Si les réseaux sociaux ont souvent été vu comme des outils particulièrement efficace pour les groupes progressistes, démocratique et généralement de gauche, dans le sillage du Printemps arabes, il semblerait qu’ils soient devenus pour leurs utilisateurs une arme à double tranchant ces derniers temps, dans le sens où l’opposition aux « révoltes » semble beaucoup plus promptes et à même de répondre aux offensives de communication numérique. Partagez-vous ce constat ?

François-Bernard Huyghe : Oui. Mais le phénomène remonte à plus loin : on s'est en effet aperçu que les réseaux sociaux servaient les mobilisations de manifestants, d'activistes, "d'en bas", celles qui se font en dehors des partis traditionnels, à partir de 2009 en Iran. Et puis bien évidemment, pendant le printemps arabe, on a vu fleurir toute une littérature célébrant le pouvoir des réseaux sociaux. On a donc eu tendance à les penser comme des outils d'expression permettant de révéler la vérité sur les crimes de Ben Ali par exemple, ou comme des outils très pratiques pour organiser une manifestation, répandre des mots d'ordre ou éviter la police, sachant que chacun peut avoir Twitter ou Facebook dans sa poche. 

Les réseaux sociaux ont en effet d'excellente qualité pour cela, en dehors du fait qu'ils sont bon marché et très facile à utiliser. D'une part ils permettent à tout le monde de s'exprimer, où permettent d'envoyer une photo de la répression policière. Cela permet de se mobiliser "en horizontale" avec les personnes qui sont comme vous, qui partagent vos indignations et peuvent les relayer. Et cela permet de mobiliser les médias, et aussi les médias de l'étranger. Pour un groupe contestataire, c'est donc tout bon en ce que cela économise des tracts, de l'organisation, de l'argent et de l'énergie etc. 

Évidemment, ce phénomène et cet enthousiasme a depuis baissé, et ce pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il n'y a pas que les défenseurs des droits de l'Homme et les gentils progressistes qui savent utiliser les réseaux sociaux. Le sommet de ce phénomène est l'élection de Donald Trump, lors de laquelle les médias mainstream qui étaient très majoritairement pro-Hillary Clinton ont été effarés de constater que les trumpistes et leurs éventuels soutiens étrangers pouvaient se rassembler sur les réseaux sociaux, s'exciter entre eux et répandre des "fake news" – ou en tout cas des nouvelles défavorables à Hillary Clinton. Le point de vue politique est donc devenu plus nuancé sur les réseaux sociaux. 

Il y a un autre facteur qui a joué : l'État et les institutions ou les entreprises qui ont dû faire face à des crises de réputation sur les réseaux sociaux ne sont pas stupides et ont réagi. Ils ont appris à gérer les cas de crise pour pouvoir apporter rapidement des démentis prouvés à des informations lancées par des protestataires. 

Un exemple : cela a circulé très vite sur les réseaux sociaux qu'il y a eu quelqu'un mis dans le coma à la suite de l'évacuation policière de Tolbiac. Mais le démenti circule lui aussi très vite, même pour ceux qui sont prompt à se dire que les médias sont au service du pouvoir, du capital etc. C'est devenu un terrain de bataille non plus seulement pour les contestataires "ceux d'en bas" etc. mais aussi dans le camp adverse, ou faire voter les gens… c’est donc devenu beaucoup plus stratégique et ouvert. 

Facebook a été particulièrement critiqué par les « militants » et « web activistes » ces derniers temps comme un lieu de censure ou de contrôle de l’information. Les réseaux sociaux sont-ils idéologiquement opposés à une certaine utilisation « contestataire » de leurs canaux d’expression ?

Cela ne joue par ailleurs pas particulièrement pour ou contre la gauche dans ce cas. Les « populistes » utilisent énormément les réseaux sociaux pour faire de la réinformation ou de la contre-information parce qu’ils estiment, à tort ou à raison, que les médias sont au service d’Emmanuel Macron, de l’ordre établi, du système, etc. Il y a un courant protestataire de droite qui utilise beaucoup les réseaux sociaux pour dire que les médias nous donnent une vision biaisée et fallacieuse de la réalité, que cela va mal, qu’il y a plus de problèmes avec les musulmans qu’on ne le raconte etc.

Et c’est un relais pour certaines prises de partie non-conventionnelles, par exemple les partisans de Poutine ou de Bachar El Assad qui sont rares dans les médias traditionnels. 

C’est donc certes un outil de lutte contre le politiquement correct, la vérité officielle. Et cela marche pour la droite comme pour la gauche. Et tout le monde l’a compris. 

Pour ce qui est des réseaux eux-mêmes, c’est ambivalent, parce qu’aux yeux de la gauche, Zuckerberg est un vrai capitaliste, mais il rejoint une partie de la gauche libertaire, et c’est pour cela que pendant la campagne présidentielle américaine, il a fait tout ce qu’il a pour lutter contre les fake news ou médias de « réinformation » qui avantageaient Donald Trump. Facebook défavorisait ou retirait même les contenus conservateurs au nom de la lutte contre les « discours de haine » ou autre. Mais l’inspiration des premiers fondateurs est éminament libertaire et refusait tout contrôle et censure de l’Etat sur les médias et paroles. L’open-source a été pensé comme des outils d’émancipation économique et politique. 

Ainsi, les réseaux sociaux sont un lieu d’affrontement au nom de cette émancipation. Mais on parle ici de réseaux qui existent dans des pays démocratiques. 

 
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
02.
Changement climatique : Alexandria Ocasio-Cortez déclare que "le monde touchera à sa fin dans 12 ans"
03.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
04.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
05.
Ce biais statistique qui explique pourquoi la redistribution en France est loin d’être aussi efficace qu’on le croyait pour corriger les inégalités
06.
Les patrons américains préfèrent la France de Macron à l’Amérique de Donald Trump et l’idée du « grand débat » leur plait
07.
Pourquoi Oxfam se trompe de combat (et passe totalement à côté de ce qui se passe dans les pays développés)
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
03.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
04.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
05.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
07.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
04.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
05.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
06.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
01.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
02.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
03.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
04.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
Commentaires (4)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Liberte5
- 22/04/2018 - 21:58
François-Bernard Huyghe a du mal à reconnaitre
que les réseaux sociaux et surtout les médias hors système permettent la réinformation. Les médias américains soutenaient H. Clinton corrompue et menteuse juqu'à la moelle. La bataille est maintenant plus équilibrée et les fake news officiels sont combattus. Ce qui change la donne.
Iker
- 22/04/2018 - 12:53
Le succès des réseaux sociaux
Vous dites Fake News ... mais qu'elle en est la définition
Orienter l'opinion publique en taisant des informations, en les déformant, parfois avec des titres accrocheurs, ou en sortant les "affaires" que l'on présente comme illégales alors qu'elles sont légales même si elles peuvent-être moralement condamnables, qu'est-ce ?
Les Médias et la caste des "soi-disant Journalistes" n'assistent qu'au retour de bâton de la malhonnêté intellectuelle dont ils ont fait preuve dans le traitement de cette information et donc de leur devoir d'informer des Citoyens ... qui ne l'oublions pas, au travers des impôts via l'aide à la Presse, contribuent fortement à son financement
Deudeuche
- 22/04/2018 - 12:25
@Claramelba
Très bien dit!