En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© LUDOVIC MARIN / AFP
Viser large
SNCF : faut-il vraiment envisager la concurrence au niveau du rail ou à celui des transports au sens large ?
Publié le 02 avril 2018
Le gouvernement semble peiner à se décider sur la façon de mener sa réforme du système ferroviaire.
Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Erwan Le Noan
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été...
Voir la bio
Loïk Le Floch-Prigent
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Le gouvernement semble peiner à se décider sur la façon de mener sa réforme du système ferroviaire.

Le gouvernement semble peiner à se décider sur la façon de mener sa réforme du système ferroviaire. Se pose la question de l'ouverture de la concurrence. Faut-il vraiment envisager la concurrence au niveau du rail seulement ou à celui des transports au sens large (rail, aérien, route...)  ? 

Erwan Le Noan : L’objectif de la réforme, c’est d’assurer la modernisation de la SNCF pour qu’elle soit prête à se confronter à la concurrence d’autres compagnies de transport ferroviaire. Revoir le statut des cheminots, rationaliser les lignes et les coûts… : toutes ces réformes n’ont de sens que parce qu’elles doivent préparer la SNCF à proposer des offres aussi – voire plus – compétitives que les nouveaux opérateurs qui arriveront bientôt sur le marché. La concurrence immédiate, ce sont donc évidemment d’autres acteurs du transport ferroviaires, français ou étrangers. 

 

La concurrence peut aussi être envisagée de façon plus large, effectivement, en incluant le transport aérien, les trajets routiers (notamment collaboratifs), etc. Mais plus on élargit le champ des alternatives, plus la SNCF a intérêt à être compétitive en qualité et en prix !

 

Loïk Le Floch-Prigent : Le train a toujours été en concurrence avec la route et l'air. Et c'est en fait la seule concurrence réelle quand on regarde bien, puisque le rail est un monopole naturel. Et par conséquent il n'y a pas de possibilité technique de réaliser une véritable concurrence à partir d'un monopole naturel, dans la mesure où en plus c'est un monopole naturel subventionné, c'est-à-dire qu'au moins la moitié des dépenses réelles est supportée par le contribuable et non pas par le consommateur. 

Il n'existe pas aujourd'hui de système, dans le monde entier, concurrentiel à l'intérieur d'un monopole naturel.

Faut-il l'envisager dans des cas précis, pour les trains eux-mêmes, pour les réseaux, pour les petites lignes ou n'est-ce possible que si cela se fait de façon générale, systématique ?

Erwan Le Noan : Dans les réseaux de transport, pour schématiser, il y a plusieurs niveaux de mise en concurrence, puisqu’il faut distinguer le réseau (les rails) des services qui l’utilisent (les trains). Contrairement à ce que l’on entend souvent, la concurrence peut s’exercer à tous les niveaux.

 

Pour le réseau (les rails), on pourrait imaginer le segmenter (par exemple par zone géographique) et lancer des appels d’offres à échéance régulière : l’entreprise proposant la meilleure offre remporterait le monopole temporaire sur une zone ; à l’issue de son contrat elle serait remise en concurrence. L’Etat serait assuré ainsi de payer le meilleur prix pour le meilleur service : dans une zone, le contrat pourrait être attribué à une entreprise publique si elle est la meilleure, dans une autre à une entreprise privée.

 

Pour le transport (les trains), la mise en concurrence arrive. Demain, sur certaines lignes, le consommateur pourra avoir le choix entre un train SCNF ou le train d’une autre compagnie. Les transports régionaux par exemple sont déjà en concurrence et les régions utilisent la possibilité de choisir un autre opérateur que la SNCF, quand ils en trouvent un moins cher, plus efficace et performant. La région PACA le regarde. Xavier Bertrand fait de même dans les Hauts-de-France.

 

Enfin, pour les petites lignes, rien n’oblige au monopole de la SNCF. L’Etat pourrait très bien dire : « la petite ligne entre les villes A et B doit persister, car c’est une mission de service public et nous sommes prêts à payer pour l’assurer même si elle n’est pas rentable. Par contre, nous voulons être sûrs de la payer à son juste prix et pour un service performant, c’est pourquoi nous allons mettre les opérateurs en concurrence : le meilleur, privé ou public, remportera le monopole temporaire sur l’exploitation de la ligne et si, à l’issue de son contrat (ou avant) il n’a pas été bon, nous le remplacerons ».

 

Loïk Le Floch-Prigent : Ce qui est arrivé dans le passé, c'est de considérer qu'un certain nombre de destinations sont réalisées par quelqu'un d'autre. Mais si jamais on met plusieurs intervenants sur une même ligne, on doit payer un régulateur, et un régulateur de régulateur. Il vaut donc mieux que cela soit une compagnie et une seule qui soit maitre d'œuvre d'une ligne marginale. On peut dire que c'est de la concurrence, mais dans les faits cela n'en n'est pas vraiment. Lorsqu'on a cédé la gestion de la ligne Carhaix-Guingamp à une autre compagnie, ce n'est pas de la concurrence, c'est juste dire : "vous avez à gérer cette ligne". C'est toujours possible.

 

Mais à partir du moment où sur une même ligne vous voulez faire rouler plusieurs compagnies, vous devez avoir un régulateur et vous augmentez les coûts. Quand vous avez un sillon, il faut que celui qui exploite le sillon soit celui qui le gère. S'il y a plusieurs personnes sur le même sillon, vous multipliez les coûts par deux. C'est aussi bête que ça. 

La concurrence appliquée à la SNCF doit-elle nécessairement être synonyme de privatisation?

Erwan Le Noan : Non, pas du tout et d’ailleurs personne n’envisage la privatisation de la SNCF compte tenu de son état économique et social : personne n’aurait probablement envie d’acheter ses actions.

 

Le sujet ce n’est pas la privatisation, c’est, d’une part celui de la performance du transport ferroviaire en général, pour la partie "rentable" des lignes ; et c’est celui, d’autre part, du "service public" pour les lignes que l’Etat souhaite préserver et qui ne sont pas rentables. Et pour que ces lignes soient exploitées au meilleur coût, avec la performance optimale, il faut de la concurrence.

 

Loïk Le Floch-Prigent : Les économistes de la commission de Bruxelles ont considéré que les monopoles devaient être cassés pour laisser place à la concurrence. Ça a été le cas pour le téléphone : cela a plus ou moins marché. On s'aperçoit en fin de compte qu'il faut des oligopoles pour que cela marche. Et on en est même à dire qu'il est embêtant d'avoir quatre sociétés de téléphone en France, et qu'il en faudrait trois. Cela veut dire simplement que pour diminuer les coûts, il vaudrait mieux être en oligopole. Quel progrès ! En ce qui concerne l'électricité et le gaz, la moralité de la concurrence a été une augmentation des prix pour le consommateur. On peut continuer à faire ça au nom de l'idéologie de la concurrence, mais un jour le consommateur s'en rendra compte. 

 

En ce qui concerne le rail, c'est ce qui attend les consommateurs. C'est ce qui arrive aujourd'hui en Grande-Bretagne. Ceux qui disent que tout le monde est satisfait du train là-bas ferait bien de traverser la Manche.
 

 

 

 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
02.
Changement climatique : Alexandria Ocasio-Cortez déclare que "le monde touchera à sa fin dans 12 ans"
03.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
04.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
05.
Ce biais statistique qui explique pourquoi la redistribution en France est loin d’être aussi efficace qu’on le croyait pour corriger les inégalités
06.
Les patrons américains préfèrent la France de Macron à l’Amérique de Donald Trump et l’idée du « grand débat » leur plait
07.
Pourquoi Oxfam se trompe de combat (et passe totalement à côté de ce qui se passe dans les pays développés)
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
03.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
04.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
05.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
07.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
04.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
05.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
06.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
01.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
02.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
03.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
04.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
Commentaires (8)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
zelectron
- 05/04/2018 - 01:55
les jeux zizaniques hors syndicats des fonctionnaires
- une t'tite concurrence à couteaux tirés entre les équipes actuelles de la SNCF (ou des autres secteurs de l'état?) pour virer l'équipe perdante ?
cloette
- 04/04/2018 - 06:49
D'accord avec Loic Le Floch
D'accord avec Loic Le Floch-Prigent. La concurrence est parfois un attrape-nigaud . ( pas toujours cela dépend des secteurs bien sûr), mais il est bon qu'un service public existe. Il n'y a qu'à se pencher sur la médecine, il vaut mille fois mieux se faire soigner dans un hôpital qu'une clinique, ou même un semi privé .
ajm
- 03/04/2018 - 18:05
Gares Anglaises.
Je ne sais pas si les Anglais sont contents de leurs trains mais, en tout cas, quand on prend l'Eurostar et que l'on garde en mémoire la gare du Nord et sa faune habituelle, on ne peut qu'être très favorablement impressionné par la gare de Saint-Pancras, sa propreté et l'impression de sécurité qui s'en dégage !