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Conquête spatiale
Vers une nouvelle guerre des étoiles ? Vladimir Poutine lance la Russie à la conquête de Mars
Publié le 16 mars 2018
Dans un documentaire diffusé jeudi 15 mars en Russie, le président russe, qui se prépare à sa réélection, a annoncé envisager une mission spatiale vers Mars à l'horizon 2019.
Olivier Sanguy est spécialiste de l’astronautique et rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace à Toulouse.
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Dans un documentaire diffusé jeudi 15 mars en Russie, le président russe, qui se prépare à sa réélection, a annoncé envisager une mission spatiale vers Mars à l'horizon 2019.
Vladimir Poutine a annoncé que la Russie comptait lancer une nouvelle séquence de missions spatiales, cette fois-ci à destination de Mars, avec une mission annoncée dès 2019. D'un point de vue géopolitique, Vladimir Poutine compte-t-il se servir de la course à l'espace comme d'un vecteur de rayonnement international ? Ou ses ambitions spatiales n'ont-elles qu'une portée nationale, davantage destinées à aiguiser l'esprit patriotique russe, dans l'esprit du slogan de Trump, "Make America great again" ?
 
 
Olivier Sanguy : L'annonce est un peu surprenante, car sur le plan de la mécanique orbitale - difficilement contournable - l'année 2019 n'est pas idéale pour envoyer une mission vers Mars. Le meilleur créneau de lancement vers cette planète se produit en effet environ tous les 2 ans. C'est pourquoi la sonde de la NASA InSight va s'envoler cette année, en 2018, au mois de mai. Elle emporte un instrument français fourni par le CNES (l'agence spatiale française). Après, il faut attendre 2020 pour voir une nouvelle vague de sondes vers Mars avec le rover Mars 2020 de la NASA, une sonde et un rover chinois, une sonde des Émirats Arabes Unis (en projet) et le rover ExoMars 2020 de l'Agence Spatiale Européenne (ESA). Il est à noter que cet ambitieux rover européen sera lancé au sommet d'un lanceur russe Proton dans le cadre d'une coopération. Vladimir Poutine faisait-il allusion à cette mission en se trompant de date ou à une autre ? Il me semble toutefois difficile d'imaginer que la Russie lance par surprise une autre mission vers Mars en 2019. Mis à part ce problème de date, il faut garder à l'esprit qu'en dépit des coopérations entre agences spatiales, l'astronautique conserve un aspect géopolitique très marqué. Ce n'est pas pour rien que dans les métiers du spatial j'ai souvent entendu dire qu'un lanceur était un vecteur de souveraineté. Si l'Europe n'avait pas Ariane 5, elle devrait demander à d'autres pays de lui placer ses satellites sur orbite et ils pourraient refuser : une situation de dépendance impensable ! Vladimir Poutine sait donc très bien qu'un pays comme la Russie doit non seulement protéger son autonomie spatiale en disposant d'une industrie à la hauteur, mais aussi affirmer son statut en jouant un rôle de premier ordre dans le cadre des missions en coopération. Et ce d'autant plus que l'astronautique russe a connu quelques sérieux déboires côté fiabilité dernièrement.
 
 
Sur le plan logistique, le pays a-t-il les infrastructures et les moyens de viser si tôt des missions de grande envergure vers Mars et la Lune ?
 
 
En l'état actuel de son budget spatial, non, du moins sans coopération. La Russie a d'ailleurs manifesté son intérêt pour l'initiative américaine vis-vis de la Lune. Il s'agit là de penser à ce qu'on fera dans le domaine des vols habités après la Station Spatiale Internationale (ISS), c'est-à-dire après 2024 ou 2028. Les projets de la NASA évoquent une station autour de la Lune avec d'éventuelles missions à la surface de notre satellite naturel. En y participant, la Russie peut maintenir son statut de puissance spatiale incontournable dans les vols habités. L'avantage est que la coopération est bien moins lourde sur le plan budgétaire qu'un programme mené seul. Certes, on peut noter que les relations entre Washington et Moscou sont tendues et ne semblent pas favoriser des plans lunaires communs... Pourtant, l'ISS a survécu à des crises diplomatiques encore plus vives. Je rappelle que cette station associe l'Europe, le Japon, le Canada et bien sûr les États-Unis et la Russie. Et qu'en ce moment, les astronautes américains (comme ceux des autres pays) ne peuvent aller vers l'ISS qu'avec les vaisseaux Soyouz russes. En revanche, la Russie pourrait plus probablement mener de façon autonome un programme d'exploration robotique, donc l'envoi de sondes autour de la Lune ou Mars, ou de rovers à la surface. Mais le fera-t-elle ? Budgétairement cela semble très serré. La solution de la coopération est bien plus abordable et peut fournir un prestige tout aussi appréciable à la fois sur le plan international que pour servir le sentiment patriotique au sein de ses propres frontières pour revenir à votre première question.
 
 
Une nouvelle course à l'espace pourrait-elle entraîner une nouvelle vague d'innovation en Russie, à l'instar de Space X, l'entreprise d'Elon Musk aux États-Unis ?
 
 
SpaceX bénéficie des conditions des entreprises privées propres aux structures économiques américaines et qui ne sont pas semblables en Russie. Enfin, sur ce point je ne suis pas spécialiste de l'organisation économique de la Russie donc je me trompe peut-être. En revanche, ce qui manque pour le moment en Russie est cette nouvelle approche que la NASA a développée avec SpaceX et d'autres sociétés privées. La firme d'Elon Musk a pu progresser de façon spectaculaire, car elle a notamment signé un contrat de prestation clé en main, et à tarif fixé à l'avance, au terme duquel elle fournit à l'agence américaine des vols cargo vers l'ISS. Orbital ATK a signé un contrat similaire. Ensuite SpaceX et Boeing ont signé un autre contrat de prestation pour transporter les astronautes de la NASA vers l'ISS. De premiers vols d'essai pour les vols habités dans ce cadre pourraient avoir lieu cette année. Cette privatisation de la desserte de l'ISS est une nouvelle approche des relations entre une agence spatiale et les industriels. C'est une logique qui a réellement soutenu l'émergence de ce qu'on appelle le New Space, une nouvelle façon de penser le spatial. Clairement, le gouvernement américain favorise ainsi une économie spatiale privée, espérant des créations d'emploi et l'essor d'une nouvelle source de richesses. Alors, oui, en Russie, il y a aussi des industries qui fabriquent des lanceurs. La firme Energia fabrique par exemple le lanceur et le vaisseau Soyouz. Mais les relations économiques avec l'agence spatiale russe Roscosmos, donc l'Etat, sont pour le moment plus "classiques".
 
 
Peut-on envisager cette concurrence comme une nouvelle forme d'affrontement URSS-USA ? Quelles sont les innovations par rapport à celle connue sous la Guerre froide ?
 
 
Pour les raisons géopolitiques évoquées précédemment, la concurrence existe toujours dans le spatial même en cas de coopération. Lorsque vous coopérez dans un programme spatial, vous en retirez d'autant plus de bénéfices que vous êtes un partenaire important. Et être un partenaire important implique d'être à la pointe ou du moins de ne pas être trop à la traîne par rapport aux autres. Pour être simpliste, si vous participez à un seul instrument sur une mission scientifique, vous aurez un accès privilégié aux données d'un seul instrument : votre secteur universitaire et scientifique (sans oublier les industriels qui fabriquent l'instrument) est donc moins "irrigué" que si votre position de partenaire et votre savoir-faire font que vous intervenez dans plus d'instruments voire les principaux. Il en va de même pour le prestige qui joue un rôle important pour les politiques. Ce qui a changé par rapport à la Guerre froide, l'innovation pour ainsi dire, est que la logique d'un affrontement via une course à l'espace chacun de son côté n'existe plus dans de tels termes. En théorie on coopère, ce qui n'exclue pas cependant l'émulation voire la concurrence pour savoir qui sera le leader d'une mission donnée et qui seront les partenaires. Et au sein des partenaires, l'émulation consiste à avoir les meilleures places ! Le contre-exemple pourrait être la Chine qui fait cavalier seul avec son programme scientifique automatique lunaire ou martien et qui affiche des ambitions de vols lunaires habités. Mais là aussi, méfions-nous des apparences. La Chine a très clairement envoyé des signaux de coopération, accueillant récemment des expériences européennes sur certaines de ses missions et des accords sont en vue pour que des astronautes de l'ESA séjournent sur orbite dans la prochaine station chinoise. On constate que, dans le cas de la Chine, cette posture de cavalier seul a en fait permis à ce pays de s'affirmer comme un partenaire-leader de premier plan. Comprenez par là que lorsque des Européens iront dans la station chinoise, la Chine pourra s'enorgueillir sur le plan international de les accueillir. Ce sera sans conteste leur programme avec les Européens comme invités et non l'inverse.
 
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