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Victim blaming
Violences conjugales : pourquoi essayer de comprendre n’est pas excuser
Publié le 01 février 2018
Les grands faits divers, à travers leur caractère exceptionnel, ont cette vertu de nous dévoiler l’authentiquement humain au-delà des apparences, le mélange d’étrangeté et de normalité, de complexité et de simplicité, l’ambivalence des sentiments, le jeu de la liberté et du destin.
Eric Deschavanne est professeur de philosophie.A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxièmehumanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina...
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Eric Deschavanne est professeur de philosophie.A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxièmehumanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina...
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Les grands faits divers, à travers leur caractère exceptionnel, ont cette vertu de nous dévoiler l’authentiquement humain au-delà des apparences, le mélange d’étrangeté et de normalité, de complexité et de simplicité, l’ambivalence des sentiments, le jeu de la liberté et du destin.
Impressionnant d’intelligence et de sagesse, Jean-Marc Florand, l’avocat des parents d’Alexia, a trouvé des mots justes et empreints d’humanité pour décrire la singularité d’un acte criminel que rien ne laissait prévoir, par lequel un jeune homme ordinaire au profil de gendre idéal a soudainement basculé dans le Mal, étranglant la femme qu’il aimait puis trahissant la confiance et l’affection que lui témoignaient ses beaux-parents. 
 
Les grands faits divers, à travers leur caractère exceptionnel, ont cette vertu de nous dévoiler l’authentiquement humain au-delà des apparences, le mélange d’étrangeté et de normalité, de complexité et de simplicité, l’ambivalence des sentiments, le jeu de la liberté et du destin. Par contraste, quand le politique s’en mêle, comme un éléphant entre dans un magasin de porcelaine, la complexité humaine laisse place au simplisme idéologique, les êtres de chair et de sang – coupables ou victimes - deviennent des ectoplasmes transparents, des échantillons particuliers représentatifs de catégories générales. L’exploitation idéologique et politique rend alors impossible l’intelligence d’une situation dans ce qu’elle a de singulier. 
 
C’est ce qui s’est passé hier, lorsque Marlène Schiappa - et derrière elle l’ensemble des militantes féministes, journalistes, représentantes d’association, etc. est entrée en scène pour se mêler de ce qui ne la regardait pas. La secrétaire d’Etat, à son corps défendant, a apporté une nouvelle preuve de la bêtise et de l’indécence du néo-féminisme qu’elle défend, lequel est au véritable féminisme ce que le racisme inversé est à l’antiracisme. Qui peut croire que si le « féminicide » était reconnu par la loi et si la société dans son ensemble était persuadé de l’inanité du « victim blaming », le crime de Jonathann Daval sur sa femme Alexia n’aurait pas eu lieu ? Ceux qui comme moi pensent que cette hypothèse est absurde doivent en déduire que Marlène Schiappa ne sert à rien - si ce n’est à abaisser la parole gouvernementale au niveau du café du commerce. 
 
Faisons néanmoins un peu de « victim blaming » : Marlène Schiappa a des excuses, elle est aveuglée par une idéologie débile. Une idéologie qui voudrait par exemple que l’on remplaçât la notion de « drame conjugal » par celle de « crime de genre » ou de « féminicide ». En quoi est-il intelligent de confondre l’acte de Jonathann Daval avec une histoire de viol ou de femme battue ? En quoi est-il intelligent d’utiliser deux catégories distinctes pour désigner, dans un contexte de tensions amoureuses ou familiales, l’acte d’un meurtrier qui tue sa compagne et celui d’une meurtrière qui tue son compagnon ? A la décharge de Marlène Schiappa, là encore, la croyance en de telles inepties est favorisée par l’intoxication médiatique consistant à répéter toutes les trois minutes qu’une femme meurt tous les trois jours tuée son conjoint ou de son ex-conjoint. C’est vrai, mais il est vrai également qu’un homme meurt tous les dix jours tué par sa conjointe ou son ex-conjointe. C’est « moins », objecteront les féministes, en exhibant les femmes-martyrs avec la candeur d’un enfant qui proclame : « j’en ai plus que toi ». La statistique brute et non manipulée pour occulter les victimes mâles suffit néanmoins à détruire l’essentialisme sexiste qui voudrait que la victime d’un drame conjugal soit toujours une femme, et le coupable toujours un homme. 
 
Mais cessons de faire du « victim blaming » : Marlène Schiappa est intelligente et libre, elle doit donc être tenue pour responsable de ses choix idéologiques et de l’indécence de ses propos. Contrairement à ce qu’affirmait Manuel Valls, « expliquer » ne revient pas à « excuser ». Expliquer, c’est expliquer. Le problème de l’explication est de savoir si l’explication est vraie ou fausse. Le rationalisme consiste cependant à admettre qu’il n’y a pas d’effet sans cause. Un avocat est donc en droit d’émettre une hypothèse pour expliquer l’acte reproché à son client. L’inciter au silence ou à renoncer a priori à une explication qui déplait à l’idéologie dominante est rien moins qu’un appel à l’obscurantisme.
 
La « culture de l’excuse » n’est pas fondée sur l’explication (le dévoilement des causes d’un acte) mais sur le parti-pris philosophique indémontrable suivant lequel l’homme est déterminé, privé de libre-arbitre, et donc de la responsabilité de ses actes. Si l’on n’adhère pas à ce parti-pris métaphysique, « l’excuse » n’est possible que si l’on démontre l’altération de la conscience ou l’immaturité (ce qui est possible dans le cas de Jonathann Daval, mais son avocat n’en a pas parlé), ou bien si l’on juge que la cause qui pousse à l’acte fournit en outre une bonne raison de le justifier (ce que personne n’a prétendu dans le cas de Jonathann Daval). 
Le drame passionnel n’est en général pas une excuse, les féministes ont raison sur ce point, mais il peut arriver qu’il le soit, et la notion n’a rien d’illégitime. En guise d’illustration, on peut évoquer un cas particulier de « féminicide » ou de « violence masculine faite au femme » : celui d’un homme que la compassion pousserait à euthanasier sa compagne en fin de vie, subissant d’atroces souffrances et demandant à mourir. Le féminisme condamnerait-il la notion de « drame compassionnel » (car la compassion est une passion) ? Qu’en dirait Marlène Schiappa ? S’opposerait-elle aux circonstances atténuantes au motif qu’il ne faut pas banaliser les violences faites aux femmes ? L’idéologie n’est pas bonne conseillère. Qu’il s’agisse d’identifier la véritable explication ou d’évaluer moralement un acte et son auteur, il est préférable de donner du temps au temps et à l’enquête plutôt que de porter a priori des jugements péremptoires.
 
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ciorane
- 14/03/2018 - 19:06
Cicatrices
Les violences psychologiques faites aux hommes cicatrisent beaucoup moins sûrement que les violences physiques
vangog
- 03/02/2018 - 20:18
Les minorités féministe-activistes ont atteint leur objectif!
Séparer les hommes des femmes...en toute égalité!
essentimo
- 02/02/2018 - 13:14
Dans un cas
comme dans l'autre : il existe la solution de la séparation voire du divorce. Arriver à une telle extrémité au bout de 1o ans de fréquentation puis de 2 ans de mariage est incompréhensible. Ils de dépendaient pas l'un de l'autre - ce qui est souvent le cas de la mère de famille sans emploi -, ils avaient chacun une famille aimante pour se confier. Qu'il ait provoqué la mort dans un moment de rage aurait pu être compréhensible mais non excusable. Ce qui est choquant et mèrite les circonstances aggravantes, ce sont les actions et le cinéma qui ont suivi .