En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© WIKUS DE WET / AFP
Difficultés
Impossible changement en République Démocratique du Congo ? De la crise institutionnelle de 2016 à l’impasse politique en 2018
Publié le 21 janvier 2018
En République Démocratique du Congo, le climat politique, économique, social et sécuritaire se dégrade. La contestation s’amplifie. Chronique d’une chute annoncée.
Roger N’Gbama est chercheur, responsable du groupe Afrique Subsaharienne, Afrique Centrale, Région des Grands Lacs de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE).
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Roger N'Gbama
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Roger N’Gbama est chercheur, responsable du groupe Afrique Subsaharienne, Afrique Centrale, Région des Grands Lacs de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE).
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
En République Démocratique du Congo, le climat politique, économique, social et sécuritaire se dégrade. La contestation s’amplifie. Chronique d’une chute annoncée.

Retour au Moyen-Âge et glissement

Lorsqu’en 1997, Laurent Désiré Kabila avec l’aide du Rwanda et de l’Ouganda chassa le dictateur Mobutu au pouvoir depuis 32 ans, le pays connaissait une mauvaise situation politique, économique et sociale due à une mauvaise gestion. Vingt ans après, la pauvretés’est aggravée, l’indice de développement humain est un des plus bas du monde (176e sur 188), l’espérance de vie a chuté à 59 ans, toutes les infrastructures sont dégradées, le taux de croissance économique est en berne (2,8 % en 2017), l’insécurité s’est généralisée. La dictature est implacable. L’ensemble du pays est retourné au Moyen-Age. Les terribles inondations qui ont fait une quarantaine de morts à Kinshasa dans la nuit du 3 au 4janvier 2018 sont un signe tangible de l’absence totale d’une politique urbanistique. L'intelligentsia congolaise qui a profité des mannes du régime de Joseph Kabila. La fortune de la famille présidentielle est estimée par le rapport Bloomberg 2017 à 15 milliards de dollars. La corruption gangrène la classe politique. Les pays voisins (notamment l’Ouganda et le Rwanda…) profitent de la faiblesse de l’armée congolaise pour piller les richesses de l’est du pays sous la barbe des 18.316 Casques bleus de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RD Congo (Monusco)1. Sur le plan politique, la dictature est implacable. Le Président Kabila a réussi à contourner la Constitution qui l’empêche de briguer un troisième mandant. D’abord par une décision de la Cour constitutionnelle2. Puis par l’Accord de la Saint Sylvestre 2016 signé entre la Majorité présidentielle et l’opposition sous l’égide de la Conférence Episcopale du Congo (CENCO) qui prévoyait des élections en 2017. Or la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a publié sous la pression internationale, un calendrier pour des élections hypothétiques le 23 décembre 2018. D’où colère de l’Opposition et de l’Episcopat : c’est le début d’une crise protéiforme, dont l’impasse en 2018 semble hélas se confirmer.

Crise protéiforme : échec et mat ou poker menteur ?

Contrainte par la pression internationale : le gel des avoirs de l’entourage de Kabila par l’Union Européenne et le Conseil de sécurité des Nations-Unies, la menace du gel des avoirs de la famille de Kabila et après le passage à Kinshasa de Nikki Haley, Ambassadrice des Etats-Unis aux Nations-Unies, envoyé personnel du Président Donald Trump, la CENI publia un calendrier qui prévoit des élections hypothétiques le 23 décembre 2018, sous réserve de disponibilité des financements. L’opposition et la société civile mobilisée par les mouvements citoyens (LUCHA, FILIMBI, Les Congolais Debout de Sindika Dokolo, etc…) contestent ce calendrier et réclament un calendrier consensuel et une transition sans Kabila. C’est une crise politique, constitutionnelle et sécuritaire inédite dont la résolution n’est pas prévue par la loi.

En effet le Président Kabila n’a toujours pas déclaré publiquement qu’il ne sera pas candidat pour un troisième mandat comme le stipule la Constitution. Les mesures de décrispation prévues par l’Accord de la Saint Sylvestre ne sont pas appliquées. L’Eglise catholique à travers le Comité laïc de Coordination (CLC) organisa le 31 décembre 2017 dans tout le pays, une marche pacifique de protestation des catholiques pour demander le respect de l’Accord de la Saint Sylvestre.  Cette marche pacifique est sévèrement réprimée par les forces de l’ordre en causant 5 morts et des centaines d’arrestations. Le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (RASSOP) animé par les leaders politiques de l’opposition Félix Tshisekedi, Vital Kamhere et Moïse Katumbi, a décidé de ne plus se référer à un pouvoir qui a perdu sa légitimité à partir du 31 décembre 2017. L’insécurité règne sur toute l’étendue du territoire où des contestations populaires (Milices KamunaSapu dans le Grand Kasaï, Bundu Dia Kongo au Congo Central, Enyele dans l’Equateur) ont été réprimées avec une violence inouïe causant plusieurs morts et des milliers des déplacés. Plusieurs charniers sont découverts. Quinze Casques bleus tanzaniens de la Monusco ont été tués dans une embuscade au Nord Kivu.  Curieusement, l’intervention de l’Armée ougandaise fût immédiate.

L’inquiétude est grandissante sur l’avenir sécuritaire et politique du pays. Le risque d’une guerre civile est grand. Un bras de fer est engagé entre le pouvoir et l’Eglise catholique. Le premier veut traduire en justice les auteurs de la marche. Le CLC soutenu par l’Archevêque de Kinshasa, le Cardinal Laurent Monsengwo et le Nonce apostolique a appelé les catholiques à une messe à la mémoire des victimes de la répression et prépare d’autres manifestations plus ouvertes. De son côté, l’opposition politique qui est discréditée par des trahisons, des divisions et le vagabondage politique a perdu en crédibilité. Elle doit s’unir, innover pour surprendre et se réhabiliter. Un renouvellement de la classe politique s’avère nécessaire. Devant cette impasse les parties protagonistes s’observent comme dans un jeu d’échecs : qui posera le pion gagnant ? Trois inconnus demeurent : 1/ L’Armée. Va-t-elle sauver la Nation comme au Zimbabwe ? En a-t-elle les moyens ? N’est-elle pas trop muselée, infiltrée et affaiblie ? 2/ Quel rôle va jouer la Diaspora congolaise ? 3/ Quelle attitude adopteront les pays voisins, les institutions régionales et  la Communauté internationale ?

La Géopolitique régionale et internationale

L’attitude des pays voisins sera dictée par la realpolitik. Dans la région des Grands Lacs, les enjeux majeurs sont ceux du contrôle des gisements pétroliers, gaziers et miniers à l’Est de RD Congo3. En Afrique Centrale, la plupart des présidents sont au pouvoir depuis longtemps (Idriss Deby Itno, Paul Biya, Théodoro Obiang Nguema, Ali Bongo Ondimba après son père), d’autres  ont modifié la Constitution pour se faire réélire (Paul Kagame, Denis Sassou NGuesso, Pierre Nkurunziza et Yoweri Museveni ). Ne vont-ils pas appuyer diplomatiquement et militairement Kabila pour éviter qu’un modèle d’alternance (démocratique ou non) ne s’inscrive en Afrique Centrale comme en Afrique de l’Ouest ? L’Afrique du Sud de Jacob Juma va-t-elle proposer une solution à la Zimbabwe ? Que peut faire l’Union Africaine (UA) dont le prochain Président en 2018 sera Paul Kagame, parrain de Joseph Kabila ? Que faut-il attendre de la Communauté internationale qui brille par son ambigüité et soutient une oligarchie opulente prédatrice résidant dans des îlots de luxe?  Pourtant la Communauté internationale a tout intérêt à maîtriser la marmite qui bout sous le couvercle dans la région des Grands Lacs, dont l’explosion aura deux conséquences : 1/ Une déstabilisation dépassant largement le périmètre de l’Afrique Centrale. 2/ Une coulée migratoire vers l’Europe et les Etats-Unis.

Dès lors, comment sortir par le haut de cette impasse mortifère ?

De toute évidence, on ne peut compter sur la bonne volonté de Kabila, il va falloir le dégager. Voici ce que croit Béchir Ben Yahmed de Jeune Afrique sur la situation de la RD Congo6 : « … ses institutions fonctionnent mal, et sa Constitution n’est pas respectée ni appliquée. La RD Congo suivra-t-elle le mauvais exemple du Burundi ? On espère que non. Mais elle a besoin d’aide pour s’en sortir et appelle au secours. »  Ce que je pense : la solution dépend de la société civile et des forces vives de la Nation. Elles ont commencé à se prendre en charge et doivent maintenir la pression malgré les intimidations et la terreur. « Aide-toi et le ciel t’aidera ». Elles doivent aussi préparer la transition. Gouverner c’est prévoir !

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Mots-clés :
congo
Thématiques :
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
02.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
03.
Changement climatique : Alexandria Ocasio-Cortez déclare que "le monde touchera à sa fin dans 12 ans"
04.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
05.
Ce biais statistique qui explique pourquoi la redistribution en France est loin d’être aussi efficace qu’on le croyait pour corriger les inégalités
06.
L'étonnante proposition de Brigitte Macron à Valérie Trierweiler et Carla Bruni-Sarkozy
07.
Les patrons américains préfèrent la France de Macron à l’Amérique de Donald Trump et l’idée du « grand débat » leur plait
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
03.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
04.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
05.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
07.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
04.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
05.
Les patrons américains préfèrent la France de Macron à l’Amérique de Donald Trump et l’idée du « grand débat » leur plait
06.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
04.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
Commentaires (0)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pas d'autres commentaires