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Pour Bernard Laporte, le Grand Stade est une hérésie qui témoigne de la folie des grandeurs des dirigeants actuels du rugby français

Publié le 18 décembre 2016
Bernard Laporte, tout juste nommé président de la Fédération française de rugby, revient sur ses récentes expériences de consultant sur RMC et de commentateur sur TF1 pour la Coupe du monde 2015. Il en appelle à une véritable petite révolution, via un programme de réformes mûrement réfléchi sur le calendrier de la saison, les formations des joueurs, l'organisation de la FFR... Émouvante déclaration d'amour pour le rugby d'hier, d'aujourd'hui et de demain, "Ce Rugby que j'aime" décline sa vision et ses idées rafraîchissantes, enrichies par son expérience et son savoir-faire. Extrait de "Ce rugby que j'aime", de Bernard Laporte, aux éditions Solar (2/2).
Bernard Laporte a été entraîneur de Toulon de 2011 à 2016, ancien champion de France avec Bègles en 1991, puis en 1999 avec le Stade Français. Il a ensuite été sélectionneur des Bleus de 1999 à 2007, avant de devenir Secrétaire d'État au sport et...
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Bernard Laporte a été entraîneur de Toulon de 2011 à 2016, ancien champion de France avec Bègles en 1991, puis en 1999 avec le Stade Français. Il a ensuite été sélectionneur des Bleus de 1999 à 2007, avant de devenir Secrétaire d'État au sport et...
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Bernard Laporte, tout juste nommé président de la Fédération française de rugby, revient sur ses récentes expériences de consultant sur RMC et de commentateur sur TF1 pour la Coupe du monde 2015. Il en appelle à une véritable petite révolution, via un programme de réformes mûrement réfléchi sur le calendrier de la saison, les formations des joueurs, l'organisation de la FFR... Émouvante déclaration d'amour pour le rugby d'hier, d'aujourd'hui et de demain, "Ce Rugby que j'aime" décline sa vision et ses idées rafraîchissantes, enrichies par son expérience et son savoir-faire. Extrait de "Ce rugby que j'aime", de Bernard Laporte, aux éditions Solar (2/2).

Le Grand Stade, quelle hérésie !

C’est un projet pharaonique qui témoigne, hélas, de la folie des grandeurs des dirigeants actuels du rugby français. Un écrin de 82 000 places – dont 14 000 réservées aux VIP – avec pelouse amovible et toit rétractable, appelé à devenir le « Colisée du XXIe siècle », proclamaient-ils avec grandiloquence dans un document de présentation en 2011. Il devait voir le jour en 2018 sur le site de Ris-Orangis, en Essonne, et supplanter le Stade de France, auquel la Fédération est liée par contrat, mais dont elle ne dispose pas en propre. Son coût annoncé – la bagatelle de 600 millions d’euros, dont 400 millions d’emprunt – n’a même pas tempéré les ardeurs du président Pierre Camou et de son bras droit Serge Blanco, chargé du dossier. Depuis qu’ils ont dévoilé leurs premières études sur le Grand Stade en 2010, ils foncent bille en tête, aveugles aux lumières qui s’allument de toutes parts pour les mettre en garde contre un risque de gabegie.

Le monde a changé, le rugby aussi, pas eux. Ils ont gardé leurs vieux logiciels et, aujourd’hui, ne veulent pas se déjuger. Quoi qu’il en coûte au rugby français, et en premier lieu aux clubs amateurs.

Il faut reconnaître qu’au départ l’idée était séduisante. La volonté de la Fédération de posséder son enceinte sportive me semblait légitime. Non seulement elle devait lui permettre d’accroître le rayonnement du ballon ovale en France, mais aussi et surtout de sécuriser ses revenus financiers. Ses dirigeants avaient estimé que la location du Stade de France – 23 millions d’euros annuels pour une vingtaine de matchs joués (finale du Top 14 et rencontres du XV de France) – entravait son développement, d’autant qu’ils ne bénéficiaient pas de l’intégralité des retombées économiques, les recettes des hospitalités étant partagées avec le consortium du Stade de France. Autre argument, ils ne maîtrisaient pas le calendrier des matchs, ce qui les a par exemple contraints à disputer la finale du championnat 2016 au Camp Nou à Barcelone, l’enceinte dionysienne étant réservée pour l’Euro de football. Ils avaient donc évalué leur manque à gagner, entre 1998 et 2008, à 160 millions d’euros.

S’inspirant des fédérations européennes – anglaise, irlandaise, galloise, écossaise et italienne –, la FFR a ainsi décidé de se doter de son propre stade. Après avoir visité ceux de Dallas aux États-Unis (AT&T Stadium), de Gelsenkirchen en Allemagne (Schalke 04) et d’Arnhem aux Pays-Bas (Gelredome), elle s’est lancée dans un projet de complexe modulable et moderne, résolument innovant. Les plans dévoilés n’ont pas d’équivalent en France : l’enceinte de soixante-dix mètres de haut comprend six niveaux, dont une dalle de béton sous la pelouse pour permettre la pratique d’autres activités ; elle abrite un musée dédié au rugby ; les toilettes sont équipées de télévisions ; l’espace VIP est traversé par les joueurs avant de fouler le terrain… Il est prévu qu’elle s’intègre dans un pôle sportif qui s’étalera sur 500 hectares, soutenu par les collectivités locales. Modulable, elle ambitionne d’accueillir d’autres sports (un combat de boxe ou un match de NFL, par exemple), des spectacles et concerts en sus des rencontres de rugby. Et, ce faisant, la Fédé espère rentabiliser la construction dispendieuse de cet antre.

Sauf qu’à mesure que les contours et les détails du dossier sont détaillés, les interrogations et les inquiétudes se multiplient. Premièrement, un nouveau stade de 82 000 places peut-il réellement trouver sa place et son public en Ile-de-France, où coexistent déjà le Stade de France, le Parc des Princes, le stade Jean-Bouin – ces deux derniers venant tout juste de faire l’objet d’importantes rénovations – et bientôt l’Arena 92 du Racing, à Colombes ? Je n’en suis plus si sûr. Deuxièmement, son implantation à Ris-Orangis, en lieu et place de l’hippodrome actuel et de l’ancienne usine Lu de Danone, est-elle optimale ? Il est permis d’en douter, car le site est difficile d’accès. Situé à quarante kilomètres de Paris et à soixante kilomètres de l’aéroport Charles-de-Gaulle, il est aussi relativement éloigné des stations de transports en commun les plus proches, mal desservies par les RER C et D – qui, par ailleurs, n’offrent aucune garantie sur un cadencement plus important de leurs trains, seuls à même de gérer l’afflux de supporters. D’autant que les Bleus n’ont pas vocation à jouer tous leurs matchs à Paris. Parce qu’ils représentent l’ensemble des Français, ils doivent aller à leur rencontre et se déplacer en province, où un certain confort les attend : pas moins de huit stades sont sortis de terre, flambant neufs, ou se sont refaits une beauté pour pouvoir accueillir l’Euro de football en juin dernier. Inspirons-nous des Blacks, qui disputent leurs rencontres internationales alternativement à Auckland, Wellington, Christchurch ou Dunedin !

Extrait de Ce rugby que j'aime, de Bernard Laporte, publié aux éditions Solar. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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