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Comment Armand Peugeot et Louis Renault sont devenus les ingénieurs des temps nouveaux
Publié le 10 décembre 2016
François Miquet-Marty a mené une enquête exclusive à travers deux siècles de défis jusqu'à nos jours, en France et en Europe, aux États-Unis et en Asie. Un voyage à la source des richesses où les aventures de plus de 200 entreprises sont passées au crible, complétées par des entretiens avec des créateurs et des dirigeants d'exception. Alors que s'affirment des modèles novateurs et que menace la concurrence asiatique, l'enjeu du succès durable est essentiel et se pose en termes inédits. Extrait de "Secrets de croissance", de Francois Miquet-Marty, aux éditions Michalon 1/2
Sociologue et sondeur, François Miquet-Marty est président de Viavoice, institut d’études et de conseil en opinions. Il a notamment publié L’Idéal et le Réel : enquête sur l’identité de la gauche (Plon, 2006).
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Sociologue et sondeur, François Miquet-Marty est président de Viavoice, institut d’études et de conseil en opinions. Il a notamment publié L’Idéal et le Réel : enquête sur l’identité de la gauche (Plon, 2006).
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François Miquet-Marty a mené une enquête exclusive à travers deux siècles de défis jusqu'à nos jours, en France et en Europe, aux États-Unis et en Asie. Un voyage à la source des richesses où les aventures de plus de 200 entreprises sont passées au crible, complétées par des entretiens avec des créateurs et des dirigeants d'exception. Alors que s'affirment des modèles novateurs et que menace la concurrence asiatique, l'enjeu du succès durable est essentiel et se pose en termes inédits. Extrait de "Secrets de croissance", de Francois Miquet-Marty, aux éditions Michalon 1/2

En France, les origines de Peugeot sont également une histoire d’inventeurs soucieux d’entrer dans le nouveau monde ouvert par les révolutions industrielles, d’en figurer parmi les promoteurs, de le faire advenir. Mais à la différence d’autres initiateurs de grandes entreprises, à la différence d’Eugène Schueller (L’Oréal) ou de Henry Ford, les fondateurs des automobiles Peugeot ne furent pas des personnes isolées, sans ressources, expérimentant des hypothèses nouvelles dans l’exiguïté d’un deux-pièces ou d’un garage. La création de la firme, à la fin du xixe siècle, s’inscrit dans le sillage d’une famille d’industriels. Établie à Montbéliard (Doubs) depuis des siècles, dans une région pour beaucoup protestante, ouverte aux échanges entre la France, la Suisse et l’Allemagne, la famille Peugeot saisit très tôt les opportunités de la révolution industrielle. Dès le xviiie  siècle, Jean-Pierre Peugeot avait développé à Montbéliard des activités diversifiées dans le tissage et dans la teinturerie. Il avait fondé un imposant moulin à grains. En 1810, ses fils transformèrent le moulin en une fonderie car ils pressentaient les opportunités d’un monde nouveau. De fait, la fonderie produisait de grandes quantités de couteaux, lames de scies, ressorts pour horlogerie, outillage, articles, ménagers, etc.

Mais au sein de la dynastie Peugeot, c’est Armand qui exerça un rôle décisif au cours de la seconde moitié du xixe  siècle. Né en 1849 dans le Doubs, diplômé de l’École Centrale de Paris, Armand succéda, avec son cousin Eugène (HEC), à la tête de l’entreprise « Peugeot » que dirigeaient leurs pères respectifs, les frères Jules et Émile. Souvent qualifié de visionnaire, Armand s’est en réalité nourri des expériences naissantes ailleurs. Il était, comme tant d’autres à l’époque (notamment John S. Pemberton pour Coca-Cola), un capteur du monde en émergence. Armand Peugeot partit pour l’Angleterre, au cœur de la révolution industrielle, à Leeds, Il en revint en 1871. En un siècle, la population de Leeds avait presque décuplé, portée par une croissance industrielle majeure, accompagnée par le développement des transports (canal, chemin de fer). Là, Armand découvrit la nouvelle métallurgie, et surtout une activité en plein essor : le bicycle.

De retour sur ses terres du Doubs, conjuguant l’esprit de rupture et de novation avec cette forte culture protestante locale, Armand engagea la véritable modernisation de l’entreprise autour, dans un premier temps, de cette idée neuve du bicycle, et malgré l’opposition de son cousin Eugène. 

Des années plus tard, Armand se consacra à un nouveau défi : celui des voitures automobiles, dont il conçut d’abord un prototype avec un moteur à vapeur (Peugeot « Type 1 », tricycles dotés de chaudières à vapeur), avant d’élaborer en 1891 un exemplaire doté d’un moteur à explosion. Armand dut alors affronter l’opposition déterminée de sa famille et, tenace, il prit son autonomie pour fonder, en 1897, la Société des Automobiles Peugeot. Se ralliant enfin à l’idée, Eugène lança sa propre activité automobile, sous la marque prometteuse « Lion Peugeot ». Il fallut attendre le décès d’Eugène, en 1907, avant que les deux activités ne fusionnent.

À compter de cette date, l’histoire de Peugeot s’accélère. Robert, fils d’Eugène, prit la tête de la maison et en 1912, à Sochaux, dans la périphérie de Montbéliard, et inaugura le fameux site industriel.

Autre saga  : l’histoire de Renault est indissociable de la vie de Louis Renault, né en 1877 à Paris, aux premières années de la Troisième République, et meurt en détention au terme de la Seconde Guerre mondiale, en octobre 1944. Louis était issu d’une famille de la bourgeoisie parisienne. Il grandit dans un univers de marchands, héritant ainsi d’une culture commerçante et, avec ses frères, d’un patrimoine financier  : son père Alfred, à l’origine tailleur à Saumur, s’était établi à Paris en tant que négociant en tissus, avant de se reconvertir dans l’investissement au sein de plusieurs sociétés (fournitures pour tailleurs, boutons, soieries, etc.) et louait par ailleurs des locaux qu’il achetait. Au terme de son existence (Alfred décéda en 1892), il avait acquis une fortune significative grâce à des filiales détenues à Londres et à Lyon.

Dès l’adolescence, la vie de Louis rappelle singulièrement celle de Henry Ford. À l’école, Louis n’était pas considéré comme un bon élève. Pour qualifier son travail, les appréciations de « faible », de « médiocre » apparaissaient. Sans bonne orthographe ni grande appétence pour les mathématiques, il ne révéla jamais d’inclination pour les études au sens propre du terme. En revanche, déjà enfant, Louis Renault développa une passion profonde pour le bricolage et les activités manuelles. Il était un constructeur. Par ailleurs et comme la plupart des futurs grands créateurs d’entreprises de l’époque, il fut habité par la tentation du départ. Alors qu’il était au petit lycée Condorcet à Paris, Louis fit une fugue, prenant clandestinement le train à la gare Saint-Lazare pour se rendre à Rouen. À quatorze ans, passionné d’inventions et de mécanique, il avait établi un atelier dans la résidence secondaire de Boulogne-Billancourt, où il développait sa créativité sur les moteurs. Son ambition consistait alors à « utiliser le progrès technique pour rendre la vie plus facile » 40. Il était abonné à L’Électricien, revue internationale d’électricité et de ses applications et nourrissait son savoir par des expérimentations constantes. Dans son atelier il ajouta une chaudière, un établi, une forge, une tour... Il rencontra notamment le fameux Léon Serpollet (1858-1907), inventeur de moteurs à vapeur, qui fournissait par ailleurs à Armand Peugeot le moteur de la fameuse « Type 1 ». Louis n’était pas un bricoleur médiocre, au contraire : en 1897, il imagina un générateur de vapeur et de gaz dilatés permettant d’améliorer le fonctionnement des chaudières, invention dont il déposa le brevet.

En 1898 fut fondée la société « Renault Frères » : Louis, qui souhaitait conserver un statut de salarié pour se consacrer à l’innovation, ne fut pas associé au capital. L’entreprise fut créée par ses deux frères : Marcel et Fernand. En moins de trois mois, avec son ami Edward Richet, il construisit une voiture automobile. Leur innovation – qui à la vérité fut moins une rupture radicale que la poursuite d’innovations conçues par d’autres – fut la fameuse « prise directe » : entre la boîte de vitesses et le pont arrière, Louis remplaça les courroies et les chaînes par un arbre de transmission articulé, supprimant pour partie les points de fragilité. La « Voiturette » vit le jour, voiture à pétrole plus performante que celles qui existaient alors. Ce modèle prit part aux premières compétitions automobiles : Paris-Rambouillet, Paris-Trouville, Paris-Ostende. Il remporta des victoires en compétition mais également des succès commerciaux : 71 exemplaires de « Voiturette » furent alors vendues. La date mythique fut celle du 24 décembre de cette même année 1898 : une « Voiturette » conduite par Louis Renault lui-même gravit la rue Lepic à Paris avec deux hommes à bord, et atteignit triomphalement la place du Tertre en haut de Montmartre. L’exploit obtint un retentissement médiatique et lança symboliquement les voitures Renault.

Passionné, intransigeant, jugé autoritaire, travailleur insatiable, Louis Renault affirmait  : «  J’ai toujours aimé l’indépendance. Qu’est-ce qui pouvait, plus que l’automobile, répondre à ces deux caractéristiques : vitesse et indépendance ? » Le patron de Renault ajoutait deux obsessions : « voir grand » et « faire vite ». La rapidité de mise en œuvre des projets, de réalisation des voitures, a toute sa vie compté parmi ses leitmotivs. Il craignait de voir le temps et les procédures menacer le succès de ses idées. Industriellement et symboliquement, l’aventure Renault débuta en 1899 avec l’installation d’une usine sur l’île Seguin, à proximité de la propriété familiale de Billancourt. Dès cette année 1899, en six mois 29 « Voiturettes » furent produites. Après le premier moteur « deux cylindres » en 1902, la guerre de 1914 ouvrit à Renault une funeste opportunité de développement. Le ministère de la Guerre attribua à Renault 31 marchés, de construction de taxis, moteurs d’avions, d’obus, de tanks, d’ambulances, etc. Les célèbres « taxis de la Marne », réquisitionnés pour convoyer les militaires vers le front confé- rèrent une notoriété sans égale à la marque.

Extrait de "Secrets de croissance - L'entreprise-métamorphose - Nouvel âge de l'entreprise", de Francois Miquet-Marty, publié aux éditions Michalon. Pour acheter ce livre,  cliquez ici

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