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Le jour, Mr Wolff épluche des déclarations d’impôts pour ses clients dans son bureau d’un centre commercial de banlieue. Mais on apprend rapidement que, dans son temps libre, c'est un tueur au sang froid.
THE DAILY BEAST
Un déroutant Ben Affleck dans 'Mr Wolff', film sur un comptable autiste
Publié le 01 novembre 2016
Avec Jen Yamato
C’est de très loin le film hollywoodien le plus étrange de l’année.
Jen Yamato est journaliste au Daily Beast. Elle couvre les sujets de la rubrique "divertissement".
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C’est de très loin le film hollywoodien le plus étrange de l’année.
Avec Jen Yamato

Copyright The Daily Beast - Jen Yamato

Dans le thriller inclassable "Mr. Wolff" (titre original "The Accountant", ou "le comptable"), Ben Affleck a tombé son armure de Batman pour enfiler un autre costume de combattant du crime : des lunettes, un costume sérieux, et des stylos sagement alignés dans la poche de sa chemise. Le jour, il épluche des déclarations d’impôts pour ses clients dans son bureau d’un centre commercial de banlieue. Mais on apprend rapidement que, dans son temps libre, il est un tueur au sang froid qui se bat avec des chiffres – ou un fusil sniper, ou un couteau, ou ses mains nues, ou même la ceinture qu’il porte autour de son pantalon propret. Dans ce film de genre savoureux, audacieux et au propos étonnamment sérieux, le personnage joué par Ben Affleck est un expert-comptable doté d’une palette de compétences très particulières.

Dans "Mr. Wolff", il y a autant de "Taken" que de "Rain Man". C’est un méli-mélo de genres, un fourre-tout souvent frustrant mais étonnement divertissant qui a au moins le mérite d’annoncer clairement la couleur avec son concept central : Ben Affleck s’affiche clairement, à 100%, comme le premier assassin autiste d’Hollywood. Cela ne suffit pas à en faire un bon film, mais "Mr. Wolff" reste tout à fait regardable, grâce à ses touches fugaces de brio excentrique (et dans son genre franchement bizarre de thriller pour père de famille, où l’on passe en revue tout le répertoire des blagues de comptable).

Réalisé par Gavin O’Connor, le réalisateur de "Warrior", le film est basé sur un script de Bill Dubuque (auteur de "The Judge") pioché dans la Blacklist (qui recense les meilleurs scénarios qui n'ont encore jamais été portés à l'écran, ndlr.). "Mr. Wolff" affiche un parti pris si audacieux qu’il est dommage que le film soit si peu homogène. Ben Affleck joue Christian Wolff, un loup solitaire silencieux et méticuleux dont l’autisme de haut niveau lui donne un talent naturel dans l’art de la comptabilité – particulièrement quand ses clients, maîtres du crime organisé et cartels douteux, ont besoin qu’il fouille des montagnes de paperasse et de chiffres pour reconstituer un puzzle cohérent quand du cash a mystérieusement disparu.

Une vie entière dédiée au combat brutal au corps-à-corps et au maniement des armes fait aussi de lui le choix naturel lorsque que ces problèmes de comptabilité ont besoin d’être directement pris en main. On imagine que le classement Yelp de sa petite entreprise doit être impeccable. Christian Wolff est redoutablement efficace dans son travail, se frayant un chemin au couteau et au pistolet à travers des bâtiments entiers remplis de dangereux personnages, toujours avec la même précision sereine qu’il utilise pour résoudre des équations mathématiques complexes.

Le mystère de l’identité de Christian Wolff est suggéré dès l’ouverture du film, quand le sévère directeur du Trésor américain Ray King (J.K. Simmons) engage une analyste récalcitrante, Marybeth Medina (Cynthia Addai-Robinson), pour le chasser, avec les seules miettes d’information dont il dispose : des photos d’un homme non identifié en costume et l’intuition qu’il est la clé d’une grosse affaire. Pendant ce temps, le comptable a accepté sa toute dernière mission, consistant à traquer 61 millions de dollars qui ont disparu des comptes d’une entreprise de robotique cybernétique dirigée par Lamar Black (John Lithgow).

Mais, alors que Christian Wolff commence à résoudre l’équation menant au coupable, les dirigeants de la société commencent à mourir les uns après les autres, perturbant son enquête, et mettant à rude épreuve ses capacités pour garder la tête hors de l'eau au milieu du chaos. Dans un monde normal, il devrait s’enfermer dans un placard pour écouter du métal et battre la mesure en tapant sur ses tibias avec une cheville de bois. (Si vous cherchez un portrait réaliste du mode vie des individus atteint d’un trouble du spectre autistique, vous ne le trouverez pas ici). Mais au lieu de cela, cette fois, il part en fuite avec Dana (une charmante et volubile Anna Kendrick), la nouvelle recrue matheuse qui est aussi dans la confidence au sujet du problème de comptabilité, et affronte un assassin aussi sombre que haut en couleurs (Jon Bernthal), le tout avec la police fédérale à ses trousses.

Une fois l’intrigue lancée, "Mr. Wolff" est éblouissant d’action : c’est un feu d’artifice de balles qui fusent et d’humour espiègle. Un des moments les plus délectables se résume à un simple signe de la main – un minuscule geste impromptu qui se trouve être la répartie la mieux placée du film. D’autres temps forts arrivent quand très le secret Mr. Wolff baisse sa garde à contrecœur face à l’impétueuse Dana, qui découvre son repère sacré : un van de 10 mètres carrés rempli d’œuvres d’art hors de prix et de cash en petites coupures, un tiroir rempli de faux passeport digne des meilleurs espions placé à côté d’un sabre laser Star Wars méticuleusement rangé.

Pendant ce temps, malheureusement, nous délaissons régulièrement le présent pour nous plonger en flash-back dans le passé de Christian Wolff. Certains pères apprennent à leur fils à utiliser leurs poings pour se défendre dans la cour de récréation. Comprenant que le trouble cognitif de son fils serait un marqueur de différence stigmatisant, le père célibataire de Wolff, vétéran de l’armée, soumet son fils pendant des années à un entrainement brutal aux art-martiaux afin que faire de lui un battant, et non une victime. Une idée provoquante dont la sincérité est renforcée par le rôle central dans le scenario de l’école du petit Wolff, façon X-men, spécialisée pour accueillir les enfants présentant des troubles développementaux. Le film enseigne à son public captif qu’aux Etats-Unis, un enfant sur soixante-huit est diagnostiqué comme ayant un trouble du spectre autistique. Nous devrions apprendre à ces enfants que c’est ce qui les rend différent qui les rend spécial – même si la leçon à en tirer est que les enfants autistes peuvent devenir des assassins au sang-froid, eux aussi.

Assez admirablement, Gavin O’Connor ne semble pas inquiet que ce mélange des genres et des tons à en donner le tournis ne finisse par épuiser la patience des spectateurs. C’est comme cela et pas autrement : c’est un drame-thriller mystérieux sur un tueur à gages qui exalte l’autisme comme une sorte de superpouvoir méconnu. Les défauts du film n’enlèvent rien à cette raison d’être audacieuse, bien que "Mr. Wolff" ait beaucoup de failles. D’abord, il y a plus de personnages que le film ne peut en gérer. Le film oscille entre des exposés narratifs ronflants, des scènes d’action sanglantes, de trop nombreux flash-backs, et de brefs moments de romantisme et d’humour. Et cette insistance opiniâtre du film à vouloir porter en étendard un éloge de l’autisme hyper violent (et interdit aux mineurs non accompagnés aux Etats-Unis) est un terrain cinématographique inexploré, c’est le moins que l’on puisse dire.

Au fond, le film ressemble plutôt à un mélange de "La Mémoire dans la peau" et "Un homme d'exception" — au point qu’on retrouve un Ben Affleck fronçant les sourcils en se concentrant très fort devant des tableaux de calculs savants inscrits sur les portes et fenêtres en verre de son bureau, exactement comme John Nash. Tragiquement, Ben Affleck a déjà une image assez fade, et la dernière chose dont il a besoin est de jouer un personnage froid comme un glaçon et dénué d’humour qui se débat pour comprendre et exprimer des signaux émotionnels. On voit bien que l’acteur tente désespérément de donner à son héros surdoué une forme d’authenticité, mais la plupart du temps cela tombe à plat et parait involontairement artificiel, du moins lorsqu’il n’est pas en train d’utiliser sa concentration redoutable pour terrasser ses ennemis. Ben Affleck est un acteur taillé pour des rôles de crétins émotifs, qui exploitent son profil de bon pote naturellement beauf et sympa. Mais son personnage douloureusement discipliné s’exprime en chuchotant avec un air coincé et souffle méthodiquement sur ses mains avant de faire quoi que ce soit, qu’il soit en train de dîner ou de réaliser un audit. Ben Affleck peine à exprimer le malaise viscéral de son personnage face à toute situation sociale et son désir intense de ressentir les connections humaines qui lui échappent. Ce rôle ne lui va pas : au cours des deux heures du film, il ne parvient à réaliser de quelques rares variations sur le thème du regard stoïque.

C’est le film hollywoodien le plus étrange de l’année : un thriller criminel engagé, un film d’action social, et le seul film qui peut mettre à l’honneur à la fois le mathématicien du 19ème siècle Carl Gauss et les peintures Dogs Playing Poker avec la même ferveur. Et lorsque Ben Affleck parvient à exprimer l’inconfort et la timidité du héros autiste, on en redemande. Je ne m’attendais pas à ce que son style de jeu étrange me manque lorsqu’il n’était pas à l’écran, mais cet évènement très improbable s’est produit lors d’une scène insupportable et interminable de la troisième partie. L’astuce la plus habile de Gavin O’Connor est de parvenir à retenir Mr. Wolff à l’écart du précipice, juste assez longtemps pour donner envie de revoir le comptable dans les scènes suivantes. Il atteint le sommet de son potentiel dans la scène de climax, quand il envahi par la force dans une immense villa de luxe assiégée, éteignant une catharsis émotionnelle au milieu d’une fusillade. Jason Bourne aurait probablement été capable de faire cela aussi… mais aurait-il su vous aider à optimiser votre déclaration de revenus ?

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