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Haro sur les baudettes : Vogue a déclaré la guerre aux blogueuses de mode
Publié le 01 octobre 2016
C’est la dernière polémique qui agite le monde de la mode : les critiques reprochent aux blogueurs d'"inaugurer la mort du style". Les blogueurs rétorquent que cette critique est hypocrite, et qu’il s’agit purement et simplement de "harcèlement de cour de récréation".
Lizzie Crocker est journaliste pour The Daily Beast.
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C’est la dernière polémique qui agite le monde de la mode : les critiques reprochent aux blogueurs d'"inaugurer la mort du style". Les blogueurs rétorquent que cette critique est hypocrite, et qu’il s’agit purement et simplement de "harcèlement de cour de récréation".

The Daily Beast - Lizzie Crocker

Cette semaine, avant de s’envoler pour la Fashion Week de Paris, les rédacteurs et les critiques de mode du magazine Vogue ont fait le bilan de la Fashion Week de Milan. Et ils se rejoignent dans un consensus général : les collections étaient fabuleuses, mais les blogueurs et blogueuses de mode habillés pour se faire remarquer et une farandole d’énergumènes arborant des accoutrements ridicules ont été insupportables.

La Fashion Week de Paris a ainsi démarré avec une délicieuse querelle opposant les équipes du magazine Vogue, qui se prend très au sérieux, et les "blogueurs qui se changent toutes les heures de la tête aux pieds pour enfiler des tenues qu’ils sont payés pour porter", et qui, selon Sally Singer, directrice de l'innovation numérique chez Vogue.com, "annoncent la mort du style".

Depuis des années maintenant, les critiques de mode renommés et expérimentés ne cachent pas leur dédain à l’égard des blogueurs mode et autres influenceurs.

En 2013, Suzy Menkes avait lancé un débat similaire dans T Magazine, accusant les blogs de mode urbaine de perpétrer "un cirque médiatique où les personnes sont célèbres pour être célèbres", s’attirant les foudres de blogueurs influents comme Leandra Medine (auteur du site Man Repeller) et Susie Lau (de Susie Bubble).

Cette fois, le mépris s’est affiché avec une rudesse inégalée. S'engouffrant dans la brèche ouverte par Sally Singer, une critique de Vogue.com a pointé du doigt l'"horrible" tas de blogueurs et de photographes amassés aux abords des défilés et les femmes "pathétiques… désespérées" qui s’apprêtent dans l'espoir d'être immortalisées. Une autre a brimé les "pauvres" femmes qui "cherchent à attirer l’œil des objectifs dans des vêtements d’emprunt".

Une autre encore a raillé l’invasion des premiers rangs des défilés par des blogueurs aux dents qui rayent le parquet, et qui arborent des tenues prêtées par des grands couturiers, à des années-lumières d’être des vraies "stars du street style". Elle affirme que chercher le style "dans ces premiers rangs achetés et corrompus" revient à "aller dans un club de strip-tease pour trouver le grand amour".

Elle a trouvé tout cela "ridicule" et franchement assez "embarrassant", tout particulièrement au vu du contexte et de "tout ce qui se passe dans le monde. "(Avez-vous pensé à vous inscrire sur les listes électorales ? N’oubliez pas le débat de lundi !)". Voilà au passage un peu d’esbroufe politique démagogique, au cas où nous croirions que les rédacteurs de Vogue ne se préoccupent que de mode.

Franchement, les podiums improvisés autour des podiums sont ridicules. Le spectacle qui se joue autour des défilés de mode est une sorte de théâtre de l’absurde.

Les personnes aux accoutrements les plus excentriques ressemblent à des oiseaux exotiques ou à des créatures d’un autre monde, drapées dans des couches de fourrure et de plumes et portant d’énormes sacs qui s’apparentent davantage à des installations d’art contemporain.

Le street style a évolué, passant de photos d’inconnus stylés repérés aux abords des défilés (pensez à Bill Cunningham et aux débuts du blog The Sartorialist de Scot Schuman) pour évoluer vers des photos mises en scènes de mannequins "en-dehors de leurs heures de service". Et – oui – il y a aussi des blogueuses et influenceuses telles que Susie Buble, Leandra Medine, Chiara Ferragni, ou encore l’illustratrice devenue papesse du street style, Jenny Walton.

Mais l’hypocrisie de Vogue tient au fait que nombre de ces blogueuses et influenceuses sont régulièrement immortalisées par le photographe maison, Phil Oh, et ce bien souvent au côté des rédactrices de Vogue eux-mêmes.

De fait, leurs commentaires à côté de la plaque sonnent faux, et semblent aussi absurdes que les scènes qu’ils critiquent. Il n’est pas étonnant que des blogueurs comme Susie Buble et Bryan Boy leur aient renvoyé la balle (ce dernier ayant qualifié leur comportement de "pur et simple harcèlement de cour de récré").

"Ce qui m’a choqué, c’est à quel point les commentaires étaient malveillants et biaisés. Ils manquaient clairement de sommeil", commente dans un e-mail au Daily Beast la mannequin australienne Zanita Whittington, devenue une blogueuse très populaire - qui est d’ailleurs apparue sur Vogue.com (elle a aussi publié une longue contre-attaque sur son blog). "Franchement, je n’ai pas été surprise qu’ils puissent penser de telles choses, nous sommes tous coupables de répandre quelques ragots, et je sais ce que certains journalistes pensent du chaos qui règne autour des défilés. Mais publier ça ?".

Elle s’étonne également que tous les commentateurs, trop occupés à critiquer les scènes dont ils étaient témoins, oublient de reconnaître à quel point ce spectacle est "très prisé par les magazines et les créateurs, faute de quoi il n’y aurait pas autant de photographes pour en faire leur gagne-pain. [La presse mode] alimente elle-même la demande. C’est la quintessence de l’hypocrisie".

Les critiques de Vogue croient peut-être détenir le monopole de l’art de la mode. Mais comme l’ont souligné Susie Bubble et Bryan Boy, les blogueurs qui portent des créations offertes par des designers lorsqu’ils se rendent aux défilés ne sont pas si différents des journalistes de mode qui mettent en avant des pièces de designers dans leurs articles (et viennent se montrer lors de leurs shows) pour satisfaire leurs annonceurs.

La principale différence, argue Susie Bubble sur Twitter, est que "les blogueurs n’ont malheureusement pas de titres et autres journaux prestigieux derrière lesquels se cacher, mais se représentent par eux-mêmes, seuls".

Pour sûr, Sally Singer et les autres journalistes qui ont participé à l’assaut contre les blogueurs sont tous de talentueux écrivains et éditorialistes.

Leurs critiques des défilés sont généralement pertinentes et rigoureuses – ce qui n’est pas facile quand vous couvrez depuis des semaines des collections qui s’enchaînent sans discontinuer (les critiques de films subissent la même pression pendant les festivals). Et, comme l‘un d’entre eux s’est senti obligé de le rappeler, ils sont loin d’être incultes politiquement et culturellement.

C’est d’ailleurs l'une des raisons pour lesquelles leurs commentaires sont si incongrus. Ils semblaient plus enracinés que jamais dans la bulle médiatique du milieu de la mode, tout en essayant désespérément de prouver qu’ils ne font pas partie du cirque.

Cela n’a pas de sens. Anna Dello Russo, grand reporter pour Vogue Japon, a été l'une des premières stars mondiales de la mode urbaine. Et, qu’elle le veuille ou non, Sally Singer est un élément incontournable des blogs de mode urbaine sur Vogue.com.

Et pourtant, l'une des remarques les plus cinglantes et déplacées est venue de Sally Singer, qui a conseillé aux blogueurs de "trouver un autre travail".

L’ironie est que nombre d’entre eux ont bâti des carrières florissantes. Certains ont signé de gros contrats publicitaires (Jenny Walton est l’égérie de la nouvelle campagne publicitaire Mansur Gavriel) et d‘autres, comme Leandra Medine et Susie Bubble, sont devenues leur propre marque. Les blogueuses sont extrêmement influentes dans l’industrie de la mode.

Vogue.com a brillamment couvert la métamorphose de l’industrie de la mode, des collections de prêt-à-porter en vente immédiate ("see-now-buy-now"), jusqu’aux top-modèles expertes des médias comme les sœurs Hadid et Kendall Jenner.

Le site Web publie des centaines de photos de mode urbaine récoltées chaque saison lors des quatre principales Fashion weeks du monde.

Peut-être que ce que nous avons entendu cette semaine était un cri du cœur poussé par la vieille garde à l’attention de ceux qui effritent son pouvoir historique, ceux qui ont imposé le changement dans le milieu de la mode, et continuent de peser en ce sens. Le monde de la mode, bien sûr, est assez grand pour les deux camps – même si le sacro-saint premier rang ne l’est pas forcément.

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