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L'édito de Jean-Marc Sylvestre
Les dix raisons pour lesquelles les hommes politiques ne sont pas à la hauteur des enjeux
Publié le 24 septembre 2016
La campagne qui démarre est nulle. Les candidats à la présidentielles le disent eux-mêmes, le débat tourne en rond autour de détails médiocres et accessoires par rapport aux enjeux. Un débat sans idées, sans projets, sans expertises. Un combat de nuls.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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La campagne qui démarre est nulle. Les candidats à la présidentielles le disent eux-mêmes, le débat tourne en rond autour de détails médiocres et accessoires par rapport aux enjeux. Un débat sans idées, sans projets, sans expertises. Un combat de nuls.

Si la campagne présidentielle se joue sur le burkini, sur le rôle d'Astérix le gaulois dans la détermination de nos origines, sur le fait de savoir qui est de gauche (et de quelle gauche), sur des défilés de mode… Si elle porte sur des querelles personnelles pour savoir – comme à l'école maternelle autrefois – qui est le plus beau, qui est le plus grand ; alors cette campagne ne servira à rien. Ni pour la droite qui est au bord du pugilat, ni pour la gauche qui est en risque d'étouffement, ni pour le pays.  

Si ça continue, on va réussir à faire cette campagne en ne parlant ni de chômage, ni d'Europe – sauf pour dire qu'elle ne marche pas –, ni de pourvoir d'achat, ni de dettes, ni d'éducation formation... etc.

Parce que pendant ce temps, le pays est crevé de dettes, avec un appareil de production essoufflé, sous le poids des impôts, alors que les océans où nous devrions naviguer sont en pleine tempête. 

La France c'est le Titanic. L'orchestre continue de jouer pour les riches sur le pont supérieur et les élites continuent de danser, ou de s'invectiver. 

"C'est nul !", dit l'opinion publique qui rejette en bloc tous les vieux acteurs et l'opinion publique a surement raison, le débat est nul. La classe politique ne parvient pas à s'écarter de ses vieux démons. Peu importe si le fond est sous-traité pourvu que par la forme ils puissent occuper les écrans de télévision. 

Le plus grave c'est que les hommes politiques le savent, qu'ils se plaignent d'être enfermés dans un débat nul. 

Et le comble c'est que le thème même de la nullité est devenu un sujet de débat. 

"À droite, dit l'un des candidats, tous les arguments sont nuls. Si on persiste à se complaire dans une telle nullité on va tous finir par se faire la guerre"

"La politique pourrait avoir une autre classe", dit un autre de gauche mais (pas encore candidat) ... L'ancien président, qui se sentait sans doute visé, a ajouté "que si le débat est aussi nul c'est que les candidats ne font rien pour lui donner de la hauteur."

C'est un peu vrai.

Si le débat est nul est-ce à dire que c'est parce que les hommes politiques sont nuls ? Les dix raisons de le croire tout en pensant que ça n'est pas toujours de leur faute.

  • Les hommes politiques ne sont pas complètement nuls. Ils ont tous faits des études correctes ou presque (mais les collections de diplômes ne donnent pas de garanties), ils connaissent la science du pouvoir et de la politique et la plupart ont su accéder au pouvoir. Beaucoup ont même fait des diagnostics assez justes, avec des programmes de redressement cohérents. D'autres, en revanche, n'ont pas brillé par la fulgurance de leurs pensées. 

  • Si les hommes politiques ne sont pas tous nuls pour accéder au pouvoir, ils sont assez médiocres pour exercer le pouvoir. En fait comme Machiavel l'avait mis en évidence, ils font tout pour accéder et pour garder le pouvoir sauf ce qu'il faudrait qu'ils fassent, c'est à dire délivrer des résultats. Parce que le grand déficit des responsables politiques est un déficit de résultats.

  • Si les hommes politiques ne sont pas nuls, ils sont toutefois incapables de gérer la collectivité. Ils ne savent pas faire. 

  • Il faut reconnaitre que depuis dix ans, la politique n'attire pas les meilleurs éléments de la société française. Les élites ont tendance à s'orienter vers le pouvoir économique, les grandes entreprises et l'international. Faut dire qu'avec la mondialisation et l'Europe, l'État a perdu beaucoup de son influence et de son pouvoir. Ajoutons que, contrairement à une idée reçue, la politique permet de gagner sa vie, certes. Mais moins bien que dans toutes les activités du privé.  

  • Le système politique français ne facilite pas l'émergence de gens nouveaux et compétents. La Vème république et l'élection du président au suffrage universel à deux tours ont donné à l'élection présidentielle un rôle clef dans la sélection des élites aptes au pouvoir. Cette élection structure le marché politique en deux blocs, un bloc de droite, un bloc de gauche. 

Pour participer à la compétition il faut être soit de gauche, soit de droite. Or la gauche comme la droite correspondent à des familles politiques anciennes dont le socle idéologique ne correspond plus à la demande de l'opinion. D'où le décalage entre l'opinion et le personnel politique. 

  • L'opinion publique est aujourd'hui partagée en deux sensibilités. Il existe une partie de l'opinion qui est très moderniste, qui adhère à l'évolution du monde en concurrence et en mutation. Il existe une autre partie de l'opinion qui est plus conservatrice, plus frileuse et qui préfère se recroqueviller sur des valeurs plus traditionnelles. Les deux parties de l'opinion ne sont pas antagonistes. Elles peuvent collaborer, mais politiquement ce clivage ne recoupe pas le clivage des partis. 

Ce clivage entre disons, les modernes et les anciens, passe au travers de la droite et au travers de la gauche .Il y a gauche, les leaders plus modernes, plus européens, plus ouverts à la mondialisation. L'aile occupée par Manuel Valls, Emmanuel Macron, Michel sapin, et même François Hollande.  Il y a aussi à gauche, des leaders plus conservateurs et surtout plus attachés à des valeurs traditionnelles de la gauche, les Hamon, Montebourg, Aubry, Duflot, qui développent un discours plus radical.

On trouve dans la grande famille de droite, un même clivage entre des libéraux convaincus et des conservateurs attachés aux cultures nationales. Ce phénomène n'est pas nouveau, mais il a pris une importance qui empêche chaque parti de trouver une majorité de gouvernement qui soit forte et cohérente. 

  • Compte tenu de ce décalage entre l'offre et la demande politique, chaque camp est obligé de caricaturer ses positions pour cristalliser son électorat. Et qui dit caricature, dit souvent simplification. La simplification alimente évidemment ce sentiment de nullité. 

  • Pendant des décennies, la démocratie a vécu dans des pays en croissance économique forte. Les candidats aux élections pouvaient faire des promesses et une fois élus, ils pouvaient tenir les promesses. Aujourd'hui, les promesses faites ne sont pas réalisables. Il n'y a plus de croissance et les caisses sont vides. Les hommes politiques continuent de vendre du rêve mais se retrouvent en porte-à-faux, une fois élus. 

  • L'opinion publique est un peu coupable parce qu'elle demande à juste titre du rêve. L'opinion publique supporte mal la vérité et la nécessite de l'effort. On a forcément en démocratie, les hommes politiques que l'on mérite .

  • Les candidats honnêtes se privent de vendre du rêve. Ils ont fait des programmes sérieux. Ces programmes sont en général des succès de librairies mais jusqu'alors ils n'ont pas facilité une élection. Donc on met en sourdine le rêve pour l'instant, mais on n'ose pas pour autant à dire la vérité sur une situation désastreuse. Résultats, on se réfugie dans la nullité.  La simplification engendre la caricature, la nullité débouche sur le populisme.

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lepaysan
- 25/09/2016 - 23:56
pas que du rêve
Les français ne veulent pas que du rêve, ils sont exaspérés de vivre dans un pays ou l'on ne peut plus rien faire, plus rien dire, ou les délinquants sont traités comme des rois et ou les politiques se perdent dans une "Com" à laquelle plus personne ne croit.
Nous sommes un des pays les plus riche du monde avec le plus de prélèvements et on nous explique qu'il n'y a pas de fric, mais l'argent passe ou ? je n'ose croire qu'il passe dans l'idéologie ...
Hieros888
- 24/09/2016 - 22:44
Parce que la forme, c'est le fond qui remonte à la surface
Merci, M. Sylvestre, pour l'intelligence de vos analyses que je lis avec délectation. Une seule chose, pitié, ne donnez pas de grain à moudre à la fonte des cerveaux en cours avec des expressions comme : "délivrer des résultats". Outre qu'aucun résultat n'a jamais été prisonnier, cet anglicisme lourdingue constitue lui aussi, déjà, une micro-défaite de la pensée française.
lafronde
- 24/09/2016 - 22:30
Gestion decevante, fruit de la Démocratie.
Comme le rappelle l'auteur, gérer une collectivité et tenir son budget est une compétence très différente de se faire élire à sa tête en promettant des rentes. La Démocratie selectionne le candidat obtenant le plus de suffrage. Point. Peu importe par quel moyen ! Ayant promis la Lune ! A crédit si possible ! Bref nous élisons le démagogue en chef. Le seul intermède de bien commun sous la Ve République fut réalisé sous de Gaulle, appelé par l'Histoire, et Pompidou, appelé par de Gaulle. La IVe a aussi connu la démagogie : promesse de l'Algérie française, et la IIIe aussi : promesse de la Paix définitive. Ensuite si on veut un service efficace, on le décentralise, et on met des entreprises en concurrence pour le délivrer. L'usager captif et contribuable change sa casquette pour celle plus seyante et mieux écoutée de client intermittent et nomade. Un service public coûte toujours plus cher qu'un service privé astreint à la concurrence, et à l'élimination de ses rentes internes. Faute de reprendre et d'exercer leur responsabilités sociale qui naguère étaient les leurs, les français risquent d'être déçu encore très longtemps en s'en remettant encore à l'Etat et ses politiciens.