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Clash de valeurs : quand les craquements entre l'Europe des fondateurs et celle de Visegrad sont de plus en plus difficiles à masquer

Publié le 14 septembre 2016
Au cours du Sommet de Bratislava le 16 septembre prochain, les divergences sur le terrain des valeurs entre d'une part le groupe de Visegrad, Hongrie en tête, et d'autre part les membres fondateurs de l'Union européenne seront au cœur des discussions. Ces désaccords portent sur trois points essentiels : l'accueil des réfugiés, l'attitude à l'égard de l'islam et la fédéralisation de l'Europe.
Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné...
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Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est...
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Au cours du Sommet de Bratislava le 16 septembre prochain, les divergences sur le terrain des valeurs entre d'une part le groupe de Visegrad, Hongrie en tête, et d'autre part les membres fondateurs de l'Union européenne seront au cœur des discussions. Ces désaccords portent sur trois points essentiels : l'accueil des réfugiés, l'attitude à l'égard de l'islam et la fédéralisation de l'Europe.

Atlantico : Le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Jean Asselborn, a déclaré que la Hongrie devrait être expulsée de l'UE car les politiques du pays sont selon lui en désaccord avec les valeurs européennes. Il a par ailleurs accusé le président Orban de traiter les réfugiés comme des animaux sauvages. Dans quelle mesure la position de Jean Asselborn est-elle symptomatique de tensions de plus en plus vives entre l'Est et l'Ouest de l'Europe sur le terrain des valeurs ? Quelles sont les deux visions qui semblent s'affronter ? Alors qu'aura lieu le 16 septembre prochain le Sommet de Bratislava, ces divergences grandissantes pourront-elles être ignorées ?

Cyrille Bret : La position du ministre des Affaires étrangères luxembourgeois est symptomatique d'une divergence qui s'est exprimée depuis plus d'un an entre d'une part les membres fondateurs de l'Union européenne -le couple franco-allemand et le Benelux- et d'autre part, les anciennes démocraties populaires et anciens Etats du bloc soviétique.

La divergence porte sur trois points. Le premier point concerne l'attitude à l'égard des migrants et des réfugiés. Les pays du groupe de Visegrad (V4) refusent la politique de l'axe franco-allemand d'accueil des réfugiés ainsi que la décision d'il y a un an de répartir les réfugiés selon des quotas entre les Etats membres. Le deuxième point de distinction porte sur l'attitude à l'égard de l'islam et du christianisme : tous les pays du V4 -et en particulier la Hongrie- revendiquent la défense de l'identité chrétienne de l'Europe et refusent l'implantation de communautés musulmanes sur leur terrain. Sur cet aspect, les pays du V4 sont capables de fédérer bien au-delà des anciens pays de l'Est, notamment en Autriche, au Danemark et en Allemagne. Enfin, le troisième point a trait à l'attitude à l'égard de la fédéralisation de l'Europe. Les pays du groupe du V4 n'ont recouvré leur pleine souveraineté que très récemment et ne sont donc  pas prêts d'abandonner leur souveraineté au profit d'un projet fédéral. Ils reprennent ainsi l'euroscepticisme anti-fédéraliste qui était anciennement occupé par les Britanniques.

Ces divergences seront placées au centre des discussions. Le sommet informel de Bratislava sous présidence slovaque s'attachera à discuter de tous les points d'actualité : le Brexit sera le principal d'entre eux mais il sera également question des politiques de sécurité et de l'accueil des migrants. Les membres de l'Europe méditerranéenne ont été réunis le 9 septembre en Grèce par Alexis Tsipras en Grèce et les membres du V4 se sont réunis le 6 septembre en Pologne pour déterminer une position commune. Le sommet de Bratislava est annoncé comme celui qui résoudra le Brexit mais il sera surtout le thermomètre qui permettra de tester la température en Europe après le Brexit.

Florent Parmentier : L’élargissement de l’Union européenne a été une réponse technique à un défi politique de réunification de l’Europe à la chute des systèmes communistes. Les pays concernés étaient en quête d’arrimage à l’UE, et ont accepté de jouer le jeu du rapprochement avec l’Europe, ce qui passait par l’adoption de nombreuses règles et l’imitation du modèle démocratique. Malheureusement, ce travail de reprise de l’acquis communautaire a eu deux inconvénients politiques : d’une part, il a paradoxalement contribué à épuiser le processus démocratique, vidant les possibilités d’une alternance puisqu’il s’agissait de la seule voie de rattrapage proposée, quelle que soit la majorité en place ; cela a notamment entraîné une abstention record lors des scrutins européens. D’autre part, le processus s’est très peu intéressé aux perdants de la transition : le problème n’est pas seulement d’ordre économique, il est également culturel, avec un rejet du libéralisme politique qui constitue le cœur du message européen chez les anciens membres.

La tension entre le Ministre luxembourgeois, issu d’un des pays fondateurs, et le Président hongrois n’est donc pas étonnante ; ce qui est nouveau, c'est plutôt les conséquences politiques de cette opposition, qui vont jusqu’au paroxysme – évoquer l’expulsion d’un Etat, alors que la construction européenne s’est construite sur une suite de compromis.

Le dilemme se révèle dans toute sa clarté : un cœur carolingien des fondateurs qui affirme ses valeurs européennes, et des Etats tentés par l’affirmation de valeurs nationales au détriment du processus de construction européenne. Ce que l’on appelle "populisme" ne désigne pas un retour pur et simple à des formes de régimes autoritaires fascisants, mais une tentation pour des pratiques illibérales auxquelles l’Etat de droit fait barrage. La Hongrie n’est pas devenue l’Azerbaïdjan, et n’en prend pas non plus le chemin.

Il n’est pas certain que le Sommet de Bratislava suffise à éteindre les divergences ; il est même vraisemblable qu’elles perdureront, dans la mesure où elles ne sont pas réductibles à des intérêts économiques, mais à des passions politiques.

Les positions de l'Est et de l'Ouest sont-elles conciliables ou doit-on se résigner à ce que deux systèmes de valeurs ne puissent coexister ?

Florent Parmentier : Si l’opposition entre libéralisme politique et retour à l’ordre traverse assez largement l’Europe, il faut se garder d’une lecture uniquement géographique. Le meilleur exemple de cela est certainement l’Autriche, berceau de l’Etat de droit moderne avec Kelsen et géographiquement centre-européen, où se rejouera une élection présidentielle le 4 décembre prochain, après l’annulation du scrutin de mai 2016. Les mouvements populistes sont en réalité souvent en phase avec les orientations d’une démocratie illibérale, étant bien moins regardante sur la situation des minorités, plus favorable à un Etat fort et aux valeurs traditionnelles. Les tendances vers plus ou moins de libéralisme se retrouvent dans différentes sociétés à l’Ouest comme à l’Est, c’est l’enjeu du débat politique à l’heure du terrorisme.

Il est vrai que le groupe de Visegrad (République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Pologne) porte une position forte sur les migrants, mais il n’est pas à même de faire valoir son point de vue sur un ensemble de sujets, à la fois par sa capacité d’entraînement réelle mais limitée, mais aussi en raison de divisions internes sur divers sujets, comme les relations avec la Russie.

L’heure n’est plus au dédain des préoccupations centre-européennes : la convergence ne sera pas automatique. Peut-être est-ce le prélude à une recomposition des processus d’intégration sur le continent autour d’un noyau dur.  

Cyrille Bret : La coexistence de deux systèmes de valeurs est impossible car les valeurs européennes, plus que des valeurs morales, sont des principes juridiques. C'est l'objet de l'article 2 du traité sur l'Union européenne (le TUE) qui  énonce tous les principes fondamentaux de l'Union européenne - droits humains, respect de la personne humaine et Etat de droit-.  

Par ailleurs, il existe une force de rappel : l'argent, la Hongrie et la Pologne étant les premiers récipiendaires du Fonds structurel européen. Ainsi, deux discours continueront certainement de s'affronter mais pas deux systèmes de normes fondamentales en matière de droit. Les besoins économiques de l'Est permettront de préserver la solidarité européenne.

Au regard des différents désaccords, quelles avancées peut-on attendre du sommet de Bratislava, censé relancer le projet européen après le départ du Royaume Uni ?

Cyrille Bret : Il s'agit d'un sommet informel puisque le Premier ministre britannique n'est pas invité alors que le Royaume-Unis fait toujours partie de l'Union européenne. Il s'agit aussi d'un sommet qui marque le véritable début de la présidence slovaque de l'Union européenne de Robert Fico.

On peut attendre du sommet de Bratislava une clarification des positions. Il y a une triple fenêtre d'opportunité pour faire entendre sa voix : tout d'abord, le Brexit qui ré-ouvre une négociation générale sur l'alternative entre Europe fédérale et Europe des nations ; deuxièmement, l'affaiblissement d'Angela Merkel suite aux élections locales en Allemagne ; troisièmement, la continuation de la crise des migrants.

A Bratislava, l'avancée majeure sera que l'on connaitra les principales positions en présence mais il n'y aura aucune proposition très ferme. A cet égard, la déclaration des positions communes du V4 du 6 septembre montre que, sur la construction européenne après le Brexit, les termes restent encore assez généraux.

Florent Parmentier : "l’Europe renaît par ses crises" : cette antienne ne manquera pas de réapparaître dans les commentaires au sujet du Sommet de Bratislava. L’enjeu de celui-ci concerne en premier lieu la question de la liberté de mouvement, essentielle pour l’Union européenne, mais menacée par le Brexit ainsi que par la question des migrations et celle du terrorisme. Elle concerna également les questions de sécurité et de défense, et probablement les moyens de relancer l’économie et l’emploi, notamment en faveur des populations fragilisées. Les Européens ne voudront pas dédier exclusivement leur attention à la question du Brexit pendant le Sommet, mais celui-ci devra bien sûr proposer des pistes en tirant la leçon des conséquences du vote.

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Anouman
- 14/09/2016 - 19:26
Visegrad
Le problème est sans doute que ces pays sont dirigés par des gens plus en phase avec leurs opinions publiques. Ainsi en France je serais curieux de savoir combien sont favorables à une fédération. Pour ce qui est de l'immigration un sondage montre que les français commencent à en avoir ras le bol. Il faudra bien qu'un jour les gouvernements se mettent en phase avec leurs opinions publiques au lieu de vouloir leur imposer leur huile de foie de morue "c'est pour ton bien".
Carl Van Eduine
- 14/09/2016 - 17:55
Anaphore encore !
Si être populiste, c'est de refuser la mondialisation qui ramène mon salaire à un niveau du tiers-monde, je suis populiste. Si être populiste, c'est refuser qu'au nom de l'émigration, je sois colonisé par une culture qui challenge la mienne depuis des siècles, et qui chez certains m'ont déclaré la guerre, je suis populiste. Si être populiste c'est accueillir l'étranger qui vient dans la pleine adhésion à mes valeurs, et qui souhaite simplement les enrichir de sa sensibilité, sans vouloir me circonvenir ou me détruire, je suis populiste. Si être populiste, c'est juger que le grand capital _ les nouveaux nobles _, et le fonctionnariat _ le nouveau clergé _ s'enrichissent toujours plus à mon détriment, _ moi le Tiers Etat salarié du privé ou chômeur _ , je suis populiste. Si être populiste c'est voir qu'il est aisé d'être libéral sous les ors de l'industrie et de la République, mais ni dans les campagnes désertifiées ni dans les banlieues abandonnées, je suis populiste. Car j'ai assez vécu pour savoir que l'anathème vertueux des puissants habille leur méchanceté, comme leur bienveillance doucereuse masque leur intérêt. Je ne veux pas de leur droit qui me tue.
Eolian
- 14/09/2016 - 12:05
correction:
"....Wat mir sin"