En direct
Best of
Best of du 4 au 10 mai 2019
En direct
Atlanti-culture
Un certain Brooklyn, hors des clichés : impressionnant
Publié le 09 juillet 2016
"Gravesend", dans Brooklyn-New York, vu par William Boyle: la marque indélébile d'un quartier. Remarquable.
François Duffour est chroniqueur pour Culture-Tops et avocat au Barreau de Paris. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos,...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
François Duffour pour Culture-Tops
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
François Duffour est chroniqueur pour Culture-Tops et avocat au Barreau de Paris. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos,...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
"Gravesend", dans Brooklyn-New York, vu par William Boyle: la marque indélébile d'un quartier. Remarquable.

L'auteur

William Boyle, disquaire, vit à Gravesend, quartier sud de Brooklyn, là où il est né. Son  roman s'intitule précisément "Gravesend" et l'intrigue s'y déroule de bout en bout, signe manifeste de l'attachement de l'auteur pour ce lieu. Un premier roman, noir ou désabusé, publié aux Etats-Unis en 2013 chez Broken Rivers Book, éditeur spécialisé dans ce genre littéraire et qui poursuit aujourd'hui sa carrière en France, chez Rivages/Noir. François Guérif, figure emblématique de cette maison d'édition, a dû apprécier l'ouvrage de Boyle pour lui attribuer le n° 1000 de ses publications et braquer ainsi un projecteur sur l'auteur dans une généreuse expression d'estime.

Boyle le disquaire est plutôt "vinyle", confie écrire en écoutant la musique, le rock instrumental version "Dirty Three", le jazz aussi.

Thème

Duncan D'Innocenzio est mort seize ans plus tôt, victime d'une chasse à l'homme menée par une bande de petites frappes de quartier sans envergure à la tête de laquelle sévit Roy Calabrese, un vrai dur celui-là.  Le prétexte de cette poursuite mortelle,  l'homosexualité de Duncan ; plus banalement, la haine de l'autre, la bêtise, l'émulation du groupe au service d'un engrenage fatal. Roy n'a pas tué Duncan de ses mains, mais sans Roy, Duncan ne serait pas mort.

Conway, résolu à venger son frère, attend la sortie de tôle de son meurtrier, prend quelques cours de tir prodigués par McKenna, policier réformé, nourrit sa rancune, fourbit ses plans… Le jour venu, la gâchette reste muette… Conway, incapable congénital, subit à son tour la loi de Roy qui agit à front renversé et s'offre en victime expiatoire de son crime.

Vont entrer en scène quelques belles figures qui émaillent l'histoire d'une grande puissance suggestive, toutes issues de la communauté italo-américaine, gavée de pesto, de pâtes au jus, de chips Doritos et de broccoli-ketchup.

Alessandra Biagini, une belle fille sexy qui est allée tenter sa chance à Los Angeles pour décrocher un cachet minable dans un film de série B et quelques spots de pub, est revenue au bercail auréolée de la gloire de l'exil ; Stéphanie Dirello, son amie de lycée, ingrate à souhait, désespérément vierge, vit recluse avec une mère possessive et stupide qui l'asservit.

Le neveu de Roy, Eugène Calabrese erre quant à lui dans le mythe du héros familial et trouvant son oncle anéanti par sa longue détention, veut l'aider à renouer avec le crime pour restaurer son blason. Sweat est son factotum,  Monsieur Natale, son mentor, un mafieux au physique de gorille régnant sur les tapis de jeux, engloutissant burgers mac et pintes de bière H 24.

Et puis les parents de tous ceux-là, les immigrés  de la génération d'avant, Pop, le père de Duncan et de Conway, Monsieur Biagini, le père d'Alessandra, Ellain, la mère d'Eugène et la sœur de Roy, braves gens héritiers de la Société d'hier, fréquentant la messe du Père Villani, implorant la grâce de Dieu pour leurs enfants perdus, réunissant leurs familles le dimanche après l'office, vantant encore les vertus de l'école et du travail dans un concert de voix qui ne suscite plus d'envie ni d'espoir.

Points forts 

- Une bonne trame romanesque. Certes, la messe est dite d'emblée et l'issue sans surprise. Mais le suspense va résider dans l'accomplissement de la sentence, voulue par les deux protagonistes. En somme, le lecteur sait où il va mais le chemin reste à découvrir.

- Un bon style, très imagé, un aréopage de jeunes et de vieux, nourri de ce mélange de cultures; l'héritage lointain de l'Italie catholique, du pêché et de la crainte de Dieu pour la génération d'hier, le rêve américain déçu pour leur progéniture.

- Une bonne peinture de Gravesend, si près de Manhattan et finalement si loin, un quartier "trash" situé au sud de Brooklyn qui allie l'ambiance "destroy" des murs lézardés et tagués, des maisons de bois quasi ruinées, des escaliers en ferraille dans l'esprit de Lower East Side avant l'intervention des bobos, un brassage d'origines et de cultures italiennes, portoricaines et chinoises.

Points faibles

- L'usage surabondant de noms propres, ceux des rues, des bars, des groupes de rock, des marques de bière ou d'alcool, des plats, qui un temps confèrent une certaine poésie au récit pour dans certaines pages placer le lecteur en état d'overdose.

- La crédibilité relative du personnage de Roy, voyou repenti, dans sa démarche de mortification.

En deux mots

Un livre désabusé sur un monde désabusé, plus qu'un polar haletant. Une étude sociologique peut être un peu convenue de cette Amérique des ghettos où flirtent l'envie, la haine et la mort.

Avec cette belle idée de faire d'un quartier le centre de l'histoire, ce quartier qui a façonné les personnages et qui agit sur tous comme un aimant, les seuls qui en soient sortis y étant revenus, sans autre espoir que d'y vivre mal et d'y mourir. L'intérêt du livre est sans doute là, dans ce déterminisme du lieu qu'on a l'impression d'avoir parcouru de toutes parts au terme de sa lecture, au point de se sentir sad and dangerous comme dans la chanson de Dirty Three, groupe privilégié de l'auteur.

Une phrase

Ou plutôt deux extraits

-"Si je peux vous donner un autre conseil, Monsieur Calabrese, c'est de vous montrer adorable envers votre mère. Préparez des excuses de toute beauté. Offrez-lui des fleurs. Soyez aux petits soins pour elle. Un jour, elle sera malade, en fin de vie, il ne lui restera plus beaucoup de temps mais suffisamment pour que vous soyez assis à son chevet à lui répéter : "j'aurais du mieux me comporter envers toi quand j'en avais encore l'occasion"…

-"Le lendemain matin, assis à coté de Pop à la messe, Conway se sentait encore saoul comme un cochon. Il ne s'était ni douché ni brossé les dents. Au petit déjeuner, il avait avalé trois cachets d'aspirine, les faisant descendre avec du jus de tomate dopé au tabasco, puis avait tenté d'ingurgiter un toast, ce qui s'était avéré impossible. Il avait l'estomac noué et la poitrine aussi, un peu comme s'il souffrait d'asthme. Et il voyait Ray Boy partout où il posait son regard".

Recommandation

ExcellentExcellent

Livre 

"Gravesend"

de William Boyle

Ed. Rivages

POUR DECOUVRIR CULTURE-TOPS, CLIQUEZ ICI : des dizaines et des dizaines de critiques sur chaque secteur de l'actualité culturelle

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Thématiques :
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Attention danger politique pour Emmanuel Macron : voilà pourquoi l’électorat en marche est à manier avec grande précaution
05.
Cancer : Non, on ne peut pas affamer les cellules malades, mais il est possible d’optimiser son alimentation
06.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
07.
Une directrice de collège alerte sur "l'hypersexualité" des élèves de 6e et de 5e
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
03.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
04.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
05.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
06.
Le Monde a découvert une nouvelle et grave pathologie : la droitisation des ados !
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
De l'art d'utiliser les morts : et Nathalie Loiseau enrôla Simone Veil dans sa campagne
06.
Emmanuel Macron, l’Europe, le RN et les Gilets jaunes : un cocktail détonnant de vérités et d’erreurs intellectuelles ou politiques majeures
Commentaires (0)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pas d'autres commentaires